Des milliards de pertes pour une agriculture française en voie de disparition ?


TNC le 03/09/2026 à 11:51
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Les canicules et la sécheresse historiques ont provoqué des pertes exceptionnelles pour le secteur agricole français, qui craint pour son avenir. (© Adobe Stock_neenawat555)

Avec la rentrée vient aussi l’heure des premiers bilans d’un été catastrophique pour le secteur agricole. En attente du plan d’urgence du gouvernement, dont l’annonce prévue le 3 septembre a été décalée de quelques jours, les différents syndicats agricoles tirent la sonnette d’alarme et mettent en avant leurs solutions pour sortir de la crise en s’adaptant au changement climatique.

Difficile de chiffrer l’ampleur des pertes qu’a subi l’agriculture au cours de l’été, d’autant plus que l’épisode de sécheresse n’est pas terminé. Les syndicats agricoles s’accordent en tout cas sur un point : toutes les productions et toutes les zones du territoire sont concernées.

Après avoir reçu les préfets pour un état des lieux plus précis des dégâts sur le terrain, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, devait annoncer le 3 septembre un ensemble de mesures de soutien pour accompagner le secteur agricole dans la crise. Ces annonces ont cependant été retardées « de quelques jours » pour finaliser les concertations entre les ministères, a fait savoir le cabinet de la ministre.

Une réaction massive à tous les niveaux

Pour la FNSEA, qui s’est exprimée le 2 septembre, les agriculteurs ne sont pas à quelques jours près, mais il faudra néanmoins annoncer rapidement des montants conséquents et des mesures efficaces pour redonner de la trésorerie aux exploitants qui, aujourd’hui, hésitent à poursuivre la production.

Le syndicat appelle à un soutien généralisé, au-delà des fonds publics, avec le concours des consommateurs, des distributeurs et des industriels pour rémunérer correctement les producteurs, ainsi que celui des banques et des assurances.

Les coopératives dans « l’angle mort »

Les coopératives ne pourront de leur côté que difficilement contribuer à cet effort généralisé souhaité par la FNSEA : avec une collecte en recul de 10 à 35 %, des outils sous-utilisés de 15 à 50 %, et des pertes de chiffre d’affaires dépassant parfois 100 M€, elles subissent également de plein fouet les conséquences des aléas climatiques de l’été, a alerté la Coopération Agricole le 1er septembre.

Les coopératives lancent donc elles aussi un appel « à toute la chaîne alimentaire à jouer collectif » : rouvrir sans attendre les négociations commerciales avec la grande distribution et la restauration hors domicile, pour « adapter les contrats à la réalité des volumes et des coûts ».

Une contribution par l’impôt ?

Le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) a de son côté proposé le 31 août un Livre blanc de solutions pour soutenir les jeunes installés face à une crise qui les fragilise particulièrement : relèvement du plafond de l’épargne de précaution, gel des fermages, mais aussi, à plus long terme, la sanctuarisation de 10 % du budget Pac pour l’installation. Pour pallier l’urgence actuelle, JA défend l’idée d’une contribution généralisée sur l’impôt, comme en 1976, pour financer les investissements dédiés à la transition climatique en agriculture.

Un « quoiqu’il en coûte »

La Confédération paysanne a également détaillé un contre-plan d’action, le 27 août, appelant le Gouvernement à mettre les moyens pour éviter la disparition des fermes. Le syndicat demande une aide forfaitaire de 5 000 € par exploitation en difficulté, mais également une réforme générale de l’assurance et du partage de l’eau, les outils actuels étant inadaptés au changement climatique.

Une facture à 5 milliards d’euros pour les pertes de fourrage

Du côté des éleveurs de ruminants, le constat est tout aussi amer. Dans un secteur où la décapitalisation est amorcée depuis plusieurs années, la sécheresse pourrait accélérer de façon dramatique la baisse des cheptels, ont prévenu la FNB, la FNPL, la FNO et la FNEC le 1er septembre. Le manque de fourrage représenterait ainsi 300 € par animal, soit un montant total de 5 milliards d’euros, ont estimé les syndicats.

Une priorité : éviter au maximum les arrêts d’activité

Quel que soit le syndicat, l’inquiétude est partagée quant au risque de voir les agriculteurs arrêter leur activité. Une enquête réalisée par la chambre d’agriculture Charente Maritime-Deux Sèvres dresse ainsi un portrait alarmant du moral des exploitants : 91 % se disent en souffrance psychologique, et 64 % envisagent d’arrêter leur activité. Si ces chiffres ne peuvent probablement pas être généralisés à l’ensemble du territoire, ils restent un bon indicateur de l’état d’esprit d’une profession aujourd’hui particulièrement fragilisée.