Céréales : le pétrole influence les cours, avec moins d’ampleur
AFP le 11/03/2026 à 18:00
Largement décorrélés des réalités agricoles, les cours des céréales de Paris à Chicago ont oscillé toute la semaine au gré des variations du pétrole, bien que moins vigoureusement que l'or noir, suivant les événements et anticipations liés à la guerre au Moyen-Orient.
« Les opérateurs ont désormais les yeux davantage rivés sur les prix du pétrole que sur les actualités agricoles », constate Sébastien Poncelet, d’Argus Media France. « C’est le yoyo permanent du pétrole qui dirige. On aurait pu penser que ce serait la situation au Moyen-Orient ou le blocage du détroit d’Ormuz. Mais ce n’est même pas ça, puisque le pétrole réagit par anticipation de ce qui peut se passer », souligne l’analyste.
Sur Euronext à Paris, le cours du blé a ainsi atteint près de 210 euros la tonne, avant de redescendre à 204 mardi ; même mouvement pour le colza.
Tendance identique aussi à Chicago pour le maïs et le blé, qui a chuté depuis lundi avec la déclaration de Donald Trump sur une guerre « quasiment » terminée.
Des fluctuations toutefois largement moins marquées que celles du baril de brut : le blé sur Euronext a gagné 5 % quand le pétrole prenait 50 %…
« Cela fait plus de six mois que les prix des céréales ont très peu bougé, donc le fait que ça bouge un peu plus donne l’impression d’un événement. Mais on n’est pas revenu sur des prix très hauts », souligne M. Poncelet : on reste sur une faiblesse des cours « compliquée pour les producteurs ».
Les fondamentaux agricoles (état des récoltes, météo, demande, etc.) « ne pèsent plus rien » dans ce contexte, résume Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage. « Les gens font des allers-retours sur les marchés, on a l’impression que les financiers ne savent plus trop quoi faire, c’est de la spéculation à court terme », relève-t-il.
Le blé, parmi toutes ces matières premières agricoles, a marqué les oscillations les plus nettes, de part et d’autre de l’Atlantique.
Depuis le conflit en Ukraine, cette denrée est devenue « un marqueur de géopolitique », note Sébastien Poncelet : « quand il y a un choc géopolitique et cette envie d’acheter des matières premières, il y a le réflexe blé, la céréale qui nourrit les hommes ».
Les engrais, problème mondial
Au-delà des yoyos court-termistes des céréales, les analystes suivent surtout l’impact du conflit sur les engrais, produits et exportés en masse par les pays du Golfe mais bloqués eux aussi par la guerre.
« Où qu’on soit dans le monde on est impacté par ce blocage au Moyen-Orient », qui a fait flamber les prix des fertilisants de toutes origines, note l’expert d’Argus Media.
« Parce qu’on est sur des matières premières, substituables, ce n’est pas qu’un problème pour les pays s’approvisionnant dans le Golfe persique, c’est un problème des pays du monde entier utilisant les engrais. Comme pour le pétrole. » Beaucoup d’achats d’engrais ont été réalisés en amont pour le printemps.
Mais « si le blocage dure au-delà du mois de mars, on pourra commencer à poser des questions pour le bon approvisionnement des cultures tardives de l’hémisphère nord comme le maïs, et des cultures de l’hémisphère sud » comme le blé, souligne M. Poncelet.
Enfin s’il se prolonge « au-delà d’un, deux ou trois mois », se posera la question de la récolte 2027, non seulement de ses rendements mais aussi des choix de cultures que les agriculteurs pourraient faire pour réduire leurs besoins en intrants : le soja, qui n’a pas besoin d’engrais azoté, pourrait-il par exemple remplacer le maïs ? D’ores et déjà, dans l’hémisphère nord, « même si l’approvisionnement est largement assuré, les prix ont bondi. Cela pourrait perturber les mélanges utilisés pour les semis cette année », souligne Arlan Suderman, de StoneX.
« Cela aurait certaines répercussions, et c’est ce qui préoccupe actuellement le marché », dit l’analyste américain, évoquant « davantage d’inquiétudes pour l’avenir ».