Sols vivants

Avancer en groupe vers l’agriculture de conservation des sols


TNC le 07/12/2018 à 18:06
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Avec "l'initiative Sols vivants", TFT veut accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement. (©TNC)

 Guillaume Lecuyer et Guillaume Bruniaux dans une parcelle avec un couvert type

Guillaume Lecuyer et Guillaume Bruniaux dans une parcelle avec un couvert type "biomax" comprenant une dizaine d'espèces (dont phacélie, féverole, moutarde d’Abyssinie, radis chinois et avoine). Précédent blé et culture suivante betterave.  (©TNC)

Pour les plantations de pommes de terre 2019, Éric Proot teste le pré-buttage d'automne sur une parcelle.   (©TNC)

Pour les plantations de pommes de terre 2019, Éric Proot teste le pré-buttage d'automne sur une parcelle.   (©TNC)

Depuis janvier 2018, l'ONG The forest trust (TFT) a lancé "l’initiative Sols vivants" dans les Hauts-de-France pour accompagner les agriculteurs vers des pratiques régénératrices dans leurs systèmes céréaliers et industriels. Au programme : échange entre agriculteurs, partage et acquisition de références techniques sur les techniques de protection des sols, en particulier sur l’agriculture de conservation des sols. Guillaume Bruniaux et Éric Proot nous expliquent leurs expériences.

Stockage de carbone dans les sols, régénération de la biodiversité, réduction des intrants… : l’agriculture de conservation des sols (ACS), qui réunit aujourd’hui 4 % des agriculteurs français, présente de multiples avantages. Cependant, se lancer dans cette technique « implique de revisiter le système global de son exploitation avec les trois principes fondamentaux (couverture permanente des sols, absence de travail du sol et allongement des rotations) comme fil conducteur », selon l’Apad (Association pour la promotion de l’agriculture durable). Il faut alors « accepter de changer ses pratiques, se former, expérimenter, changer ses repères, devenir le pilote de son sol ». « Accompagner les agriculteurs dans cette transition » : telle est la mission que s’est donné l’ONG The forest trust (TFT) avec le lancement de « l’initiative Sols vivants », explique Milena Till, manager chez TFT. « Depuis janvier 2018 avec l’aide de l’Apad et d’Icosystème, un projet pilote a démarré dans les Hauts-de-France et est ouvert à tous les agriculteurs volontaires ». Cette initiative pourrait rapidement se développer dans d’autres régions françaises.

Tours de plaine, échanges et acquisition de références techniques

Aujourd’hui, le projet regroupe 13 agriculteurs du nord de la France, certains dans des systèmes céréaliers et d’autres avec des cultures industrielles et légumières. Au programme : tours de plaine (un par mois environ), échanges entre agriculteurs, partage d’expériences et acquisition de références techniques. Pour les aider dans leurs réflexions, les agriculteurs peuvent compter sur Guillaume Lécuyer, ingénieur agronome chez TFT, en charge de l’animation du groupe « Initiative Sols vivants » et de la partie expérimentation.

Parmi les agriculteurs : Guillaume Bruniaux, installé en polyculture-élevage porcin à Davenescourt (Somme), cultive sur 200 ha céréales, colza, lin, pois protéagineux et betterave à la limite entre le Santerre et le Plateau picard. Il travaille en techniques culturales simplifiées depuis près de 20 ans. Au départ, c’était surtout pour limiter les charges de mécanisation et améliorer la fertilité de son sol : « on retrouvait des pailles intactes dans le fond du labour deux ans après ». L’agriculteur s’est tourné « naturellement vers l’ACS il y a deux ans ». Objectifs : « limiter la problématique ray-grass/vulpin sur les terres et produire avec le moins de coût possible ».

Le groupe Sols vivants lui permet de ne pas se sentir seul dans cette transition : « nous pouvons partager nos bonnes pratiques et acquérir des références avec les expérimentations de chacun », commente l’agriculteur. Pour se lancer en ACS, « l’important est de se sentir prêt, le frein est avant tout psychologique ».

Guillaume Bruniaux se préoccupe aussi de trouver des couverts plus performants. Il mettait déjà de la moutarde classique avant que cela ne soit obligatoire : « c’était simple et économique ». Puis au fil du temps, il a ajouté de l’avoine rude et utilise maintenant des couverts multi-espèces. Ne connaissant pas les conditions météorologiques à l’avance, mélanger plusieurs espèces maximise les chances de réussite du couvert. Il teste, cette année, dans ses couverts type « biomax » de nouvelles espèces comme la moutarde d’Abyssinie. Pour le choix, il a notamment recours à un outil d’aide à la décision, Acacia (Aide à la création de mélanges de couverts variétaux, développé par le GIEE Magellan), qui lui permet d’ajuster les doses de chacune des espèces en fonction de ses objectifs. Les couverts doivent « produire un maximum de biomasse pour recycler les éléments minéraux, assurer une bonne couverture du sol afin de limiter la levée des adventices, favoriser l’activité biologique, maintenir et développer la structure du sol, etc. », explique Guillaume Lécuyer. Les différentes espèces du couvert ont chacune une action spécifique et « participent directement et indirectement à l’entretien de la structure du sol ».

Autres techniques mises en place par Guillaume Bruniaux sur son exploitation : le colza associé avec à la féverole depuis deux ans. Cette dernière est bénéfique pour l’azote et a une action insecticide, contre les larves d’altises. L’agriculteur essaye aussi de jouer sur la densité du couvert et de la culture en place « pour limiter le salissement (notamment ray-grass et vulpin) et ainsi le recours au glyphosate ».

Tout à construire pour les cultures industrielles

Pour les cultures industrielles, cela s’avère plus compliqué : peu de références sont disponibles à ce sujet. Il faut essayer de « limiter le travail du sol et intégrer des couverts performants au maximum, en particulier dans les sols limoneux », précise Guillaume Lécuyer. En betterave, l’agriculteur de Davesnecourt a arrêté le labour depuis une dizaine d’années et teste pour les prochains semis la technique du strip-till : un passage à l’automne sur la ligne de semis et semis au printemps.

Du côté de Rosières-en-Santerre (Somme), Éric Proot cultive, lui, blé, betterave, pois et haricot vert en dérobé, ainsi que des pommes de terre sur 150 ha. Quasiment depuis son installation dans les années 2000, il a fait le choix de ne plus utiliser sa charrue au profit du décompacteur dans ses limons battants. Résultats : « fini la semelle de labour dans les parcelles et les terres se montrent plus filtrantes », observe l’agriculteur. Il essaye aussi de travailler avec des couverts plus complexes (environ 6-7 espèces), notamment des légumineuses afin de limiter la fertilisation azotée.

Pour les défauts de structure liés à la culture de pomme de terre, Éric Proot et d’autres agriculteurs du groupe testent le pré-buttage d’automne pour les prochaines plantations. « Cette étape a été réalisée cet automne sur terre sèche et j’ai semé aussitôt un couvert multi-espèces pour maintenir les buttes jusqu’au printemps », confie l’agriculteur. Il existe peu de références techniques concernant ces pratiques, beaucoup de choses restent à faire ! « Le groupe permet d’échanger entre agriculteurs pour trouver une méthode qui fonctionne », ajoute Éric Proot. À ce sujet, TFT et le Gitep (groupement d’intérêt technique et économique de la pomme de terre) a aussi été développé pour obtenir des références, aujourd’hui deux essais sont en cours. Rendez-vous l’année prochaine pour voir les premiers résultats !