À la retraite, Claude et Yannick sont devenus « enquêteurs terrain » auprès des agriculteurs


TNC le 28/01/2026 à 05:28
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Les enquêtes sont remplies avec l'agriculteur sur une tablette. (© maxbelchenko/adobestock)

Pour ne pas perdre le lien avec l’agriculture, Claude Rousset et Yannick Rolland sont devenus « enquêteurs terrain » au moment de leur passage à la retraite. Ils témoignent sur cette activité et nous présentent en quoi elle consiste.

Garder le lien avec l’agriculture. C’était le souhait de Yannick et Claude une fois arrivés à la retraite. L’activité d’enquêteur terrain leur a permis de satisfaire cette envie.

« Nos enquêteurs terrain sont majoritairement des personnes retraitées qui travaillaient dans l’agriculture, en tant qu’exploitant, ou dans le para-agricole, et qui ne veulent pas lâcher le métier, appuie Mikaël Ménager, directeur général ADquation. Cela leur permet de garder un contact social. Nous avons aussi des conjoint(e) s d’agriculteurs. Pour tous, c’est une activité complémentaire. »

Elle consiste à visiter un certain nombre d’agriculteurs appartenant à un panel pour réaliser des questionnaires en lien avec leurs cultures, leurs pratiques culturales et les produits qu’ils utilisent.

Cela fait maintenant un an que Yannick Rolland a rejoint le réseau d’enquêteurs terrain. Producteur de légumes pour d’Aucy et éleveur de 180 vaches laitières – il a été le premier éleveur a installé un robot de traite en Bretagne dans les années 1990 – Yannick a été pendant 15 ans de l’autre côté de la tablette, en étant agriculteur panéliste.

« À ma retraite, on m’a proposé de devenir enquêteur pour mon département, le Morbihan. Lorsque j’ai commencé, il y a un an, je ne savais pas si cela allait me correspondre et avec le temps, je m’aperçois que j’aime beaucoup. Cela me permet d’avoir une activité pendant ma retraite et surtout de garder le lien avec les agriculteurs. »

Aujourd’hui son panel est constitué d’une centaine d’agriculteurs bretons, du Morbihan mais aussi d’Ille-et-Vilaine, avec des exploitations de tailles différentes, et des pratiques diverses. « Je trouve cela très enrichissant cette diversité de situations », se réjouit le jeune retraité. « En ayant été agriculteur, je connais aussi leurs contraintes, leurs problématiques, et les échanges sont intéressants. »

Une diversité de profils

Claude Rousset, ancien commercial dans l’agroéquipement, connaît bien, lui aussi, l’agriculture. « J’ai passé ma vie à rencontrer des marchands de machines et des agriculteurs. À la retraite, je voulais garder ce contact avec les exploitants agricoles et trouver une petite activité sans concurrencer mon ancien employeur. Alors j’ai cherché sur internet et trouvé une annonce d’ADquation pour devenir enquêteur terrain », se remémore l’ex technico-commercial.

Depuis 5 ans, il sillonne les routes du Loiret et de la Seine-et-Marne pour visiter la petite centaine d’agriculteurs de son panel. « Cela m’occupe 5 à 6 semaines par an, en décembre-janvier puis en mai-juin. Je les vois donc deux fois par an. Je rencontre aussi bien des agriculteurs-éleveurs, que des agriculteurs plus « industriels » ou avec des cultures spécifiques, avec de 50 à 600 ha ! » apprécie Claude.

« À la fin de l’automne — de début décembre à mi-janvier — nos 85 enquêteurs interrogent les agriculteurs sur leurs pratiques pour les céréales semées à l’automne, dans le cadre de l’enquête « Panel protection des cultures », explique Solène Gaudard, coordinatrice des enquêteurs chez ADquation. Ils les questionnent sur leur SAU, les surfaces cultivées par culture, les variétés semées (certifiées ou semences de ferme) et à quelle dose, les traitements réalisés (herbicides, fongicides, anti-limaces), les pratiques (labour, semis direct, etc). On retourne les voir au printemps pour savoir ce qu’ils ont fait dans leurs champs. Et enfin, on les recontacte avant ou juste après la récolte pour connaître les derniers traitements réalisés. »

Pendant ces phases d’enquête, chaque enquêteur organise son planning de rendez-vous à sa guise. Une liberté appréciée par Yannick et Claude. « J’aime organiser mon planning le soir. Je le fais en fonction de mes autres activités. Quand j’y suis, j’y suis à fond ! », s’enthousiasme Yannick.

Des rendez-vous physiques

La réponse au questionnaire s’effectue au domicile de chaque exploitant, en face-à-face. L’enquêteur remplit sur une tablette les réponses de l’agriculteur. Pour chaque culture, un questionnaire.

« Une enquête, c’est environ 30 à 45 minutes, explique Claude Rousset. J’essaie de voir 5 à 7 agriculteurs dans une journée, je peux faire jusqu’à 300 km ».

« On couvre toute la France. Sur décembre-janvier, nous avions 3 300 enquêtes qui devaient être réalisées en l’espace d’un mois. Les enquêteurs terrain ne sont pas payés à l’heure mais au questionnaire rempli : si un agriculteur produit 5 cultures, il y aura 5 questionnaires à remplir et l’enquêteur sera payé pour les 5 », précise Mikaël Ménager. Leurs frais de déplacement sont aussi couverts.

Agriculteur à la retraite, Yannick Rolland est enquêteur terrain pour ADquation. Il garde ainsi le contact avec l’agriculture, et cela lui permet de financer différentes activités de loisirs, comme les road-trips en moto. (© Yannick Rolland)

« Bien sûr je ne fais pas cette activité pour l’argent mais ça m’apporte un complément de revenu pour ma retraite, et ça finance mes loisirs, j’adore les road-trips en moto ! » nous confie l’ancien éleveur breton.

Recruter de nouveaux panélistes

Tous les ans, ils doivent interroger les mêmes agriculteurs, c’est le principe d’un panel (échantillon représentatif de la population agricole, interrogé régulièrement, et constant d’une année sur l’autre).

Si certains arrêtent leur activité agricole ou ne souhaitent plus participer, les enquêteurs doivent en trouver des nouveaux. « S’ils en recrutent, ils sont payés pour cela », complète Anaïk Gaudard, coordinatrice recrutement à ADquation.

Très impliqué dans les organisations agricoles bretonnes, Yannick Rolland dispose d’un réseau conséquent d’agriculteurs ce qui lui a permis de trouver facilement de nouveaux panélistes. Pour Claude, le recrutement se fait beaucoup par le bouche à oreille, ou parfois les repreneurs acceptent de poursuivre. « Les plus jeunes ont un peu plus de mal à communiquer et donner leurs informations », note-t-il.

« Certains producteurs sont très heureux de partager leurs enregistrements et leurs pratiques, cela leur permet aussi de se préparer à un éventuel contrôle qui pourrait survenir sur l’exploitation », pointe de son côté l’enquêteur breton.

Une fois les enquêtes réalisées et compilées, les agriculteurs panélistes reçoivent une fiche de synthèse sur les différentes cultures de leur rotation, pour pouvoir comparer leurs pratiques avec celles des autres exploitants de la région.

De son côté, ADquation commercialise ses enquêtes auprès d’agrofournisseurs et des coopératives. Cela leur permet de comprendre les pratiques et de suivre dans le temps leur évolution.

En 2025, ce sont ainsi 18 800 interviews qui ont été réalisées partout en France par 85 enquêteurs terrain.