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Agenda


08

Avril 2026

Les micro-fermes, un modèle qui contribue au renouveau agricole ?

Académie d'Agriculture de France

« Les micro-fermes, un modèle qui contribue au renouveau agricole ?»

 

Informations générales :

Le 8 avril à 14h30.

Séance organisée par les sections 1 et 7

Informations générales :

Le 8 avril à 14h30.

Séance organisée par les sections 1 et 7

Dans l’Europe des 27, les petites agricultures représentent plus des deux tiers des exploitations agricoles. Les micro-fermes relèvent de ce segment de l’agriculture, le qualificatif « micro » mettant l’accent sur un dimensionnement de l’activité « très petit » par rapport au reste des agricultures. Si l’image des micro-fermes est souvent associée au maraîchage, à un plafond de surface cultivée (1,5 ha par actif) et à l’agriculture urbaine, les derniers travaux scientifiques ouvrent au contraire le champ d’observation. Ils montrent que les micro-fermes ne sont ni spécifiques à un type d’espace, ni liées à un plafond bien défini de dimensionnement et qu’elles développent une diversité de systèmes d’activité. Cette diversité se manifeste à tous les niveaux : combinaison d’activités agricoles et non agricoles, d’ateliers de production, diversité de variétés végétales et d’espèces animales.

Peu visibles dans le panorama des agricultures en France, les micro-fermes sont absentes des représentations statistiques agricoles. La nouvelle catégorie « micro-exploitation » ajoutée lors du dernier recensement de 2020 est davantage liée à un changement sémantique qu’à la création d’une catégorie permettant d’apprécier l’ampleur et la pluralité de ce monde social à l’échelle nationale. Micro-ferme n’est clairement pas synonyme de micro-exploitation. Seules des études ciblées ont été menées sur des échantillons localisés au nord de la Loire (Morel, 2016) et en Nouvelle-Aquitaine (Toublant, 2024) , ou répartis sur plusieurs régions (projet Casdar MMBIO, 2019-2023 ). Cette invisibilité statistique empêche la connaissance, la compréhension et donc la reconnaissance de cette forme d’agriculture.

Des travaux menés depuis près de dix ans reconnaissent pourtant son intérêt dans le renouvellement des actifs agricoles, dans la recherche d’une agriculture durable et dans la reterritorialisation de l’agriculture La loi d’avenir de 2014 a joué un rôle significatif en permettant de lier le seuil de reconnaissance du statut social non plus uniquement à une surface (surface minimale d’installation ou SMI) mais à un niveau d’activité (activité minimale d’assujettissement ou AMA) apprécié par la surface, le temps de travail et le revenu. Il semble qu’une majorité des micro-fermes ont bénéficié de cette reconnaissance et entrent dès lors dans le champ des agricultures professionnelles. Toutefois, les avancées quant à la reconnaissance s’arrêtent là. Sur les territoires, les micro-fermes sont peu connues, peu soutenues malgré leurs nombreuses fonctions bénéfiques. Quant aux politiques publiques nationales et européennes, leurs soutiens sont extrêmement limités.

Ces formes originales de petite agriculture ne sont pourtant pas anodines. Alors que les petites exploitations continuent de disparaître (plus rapidement que les autres segments), les demandes d’installation en micro-fermes, qui relèvent majoritairement du maraîchage, semblent être une forme d’installation privilégiée, d’après des données issues des PAIT des chambres d’agriculture et du réseau FNAB. Elles jouent par ailleurs un rôle significatif dans les territoires par la création de lieux (de production, de vie, de sociabilité), par la participation aux systèmes alimentaires localisés (circuits courts et de proximité), par le développement d’une agriculture respectueuse des milieux, par la transformation des paysages (hétérogénéisation favorable à la biodiversité), par les liens tissés avec les habitants et les acteurs du territoire, etc. Elles répondent aux attentes d’une demande sociale souhaitant à la fois nouer des liens directs avec les agriculteurs et agricultrices, disposer d’une meilleure connaissance de leurs conditions de vie et des modalités de production pour s’assurer que leur acte d’achat favorise le développement d’une transition agroécologique forte (conduisant non pas uniquement au changement des pratiques mais à un changement de modèle de développement agricole).

Les micro-fermes sont néanmoins soumises à de nombreuses contraintes qui les fragilisent et peuvent conduire à une remise en cause de leur viabilité à moyen ou long terme :

- à l’installation, elles souffrent d’un problème d’accès au foncier (concentration des terres dans des fermes déjà grandes, spéculation, accaparement), d’un manque de formations et de soutiens spécifiques, d’un manque d’exemples et de références, d’un manque de considération par la plupart des acteurs du champ organisationnel de l’installation, etc.

- en post-installation, elles souffrent d’un manque d’accompagnement (notamment parce que les structures capables de les accompagner sont elles-mêmes très peu soutenues), d’un manque de lien entre pairs, d’un manque d’infrastructures de mutualisation (approvisionnement en matière organique, transformation de certaines productions, distribution notamment sur les « derniers km »), d’une coexistence difficile avec les autres modèles agricoles, d’une difficulté d’agrandissement pour permettre l’évolution de leur système d’activité, d’une difficulté de recrutement d’associé(e)s ou de salarié(e)s, etc.

En résumé, la méconnaissance de ce type de fermes les rend invisibles ou caricaturées, voire dévalorisées, et donc non prises en compte dans les politiques publiques, alors qu’elles représentent sans doute une des voies à développer pour renouveler les actifs et les modèles agricoles – un sujet prégnant, notamment en France. Dans ce contexte, l’objectif de la séance est de porter à connaissance cette forme d’agriculture et d’en expliciter les principaux défis.

Retrouvez-nous en direct sur notre chaîne YouTube à partir de 14h30 :

https://www.youtube.com/channel/UCxERz8wtBBH9VXfgJOfVODA

Animateur(s) : Christine AUBRY Yves BRUNET Antoine MESSÉAN

Programmation :

Introduction

Christine AUBRYYves BRUNET

Exposé(s)

  • État des connaissances sur les systèmes de production micro-maraîchers

Alix BELL, Chargée de mission recherche et développement en systèmes légumiers et maraîchage biologique à l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab)

  • Par-delà le micro-maraîchage, un modèle agricole et alimentaire fortement territorialisé, renouvelant l’intérêt des petites agricultures pour relever les défis du siècle

Damien TOUBLANT, Ingénieur agronome, docteur en géographie et jeune chercheur de l’UMR Passages (CNRS-UBM), actuellement postdoctorant en géographie à l’UMR TREE (CNRS-UPPA)

  • Évaluation multicritère de la viabilité des micro-fermes : une double approche normative et compréhensive

Bernard DEL'HOMME, Maître de conférences en science de gestion à Bordeaux Sciences Agro

Conclusion

Antoine MESSÉAN

Peu visibles dans le panorama des agricultures en France, les micro-fermes sont absentes des représentations statistiques agricoles. La nouvelle catégorie « micro-exploitation » ajoutée lors du dernier recensement de 2020 est davantage liée à un changement sémantique qu’à la création d’une catégorie permettant d’apprécier l’ampleur et la pluralité de ce monde social à l’échelle nationale. Micro-ferme n’est clairement pas synonyme de micro-exploitation. Seules des études ciblées ont été menées sur des échantillons localisés au nord de la Loire (Morel, 2016) et en Nouvelle-Aquitaine (Toublant, 2024) , ou répartis sur plusieurs régions (projet Casdar MMBIO, 2019-2023 ). Cette invisibilité statistique empêche la connaissance, la compréhension et donc la reconnaissance de cette forme d’agriculture.

Des travaux menés depuis près de dix ans reconnaissent pourtant son intérêt dans le renouvellement des actifs agricoles, dans la recherche d’une agriculture durable et dans la reterritorialisation de l’agriculture La loi d’avenir de 2014 a joué un rôle significatif en permettant de lier le seuil de reconnaissance du statut social non plus uniquement à une surface (surface minimale d’installation ou SMI) mais à un niveau d’activité (activité minimale d’assujettissement ou AMA) apprécié par la surface, le temps de travail et le revenu. Il semble qu’une majorité des micro-fermes ont bénéficié de cette reconnaissance et entrent dès lors dans le champ des agricultures professionnelles. Toutefois, les avancées quant à la reconnaissance s’arrêtent là. Sur les territoires, les micro-fermes sont peu connues, peu soutenues malgré leurs nombreuses fonctions bénéfiques. Quant aux politiques publiques nationales et européennes, leurs soutiens sont extrêmement limités.

Ces formes originales de petite agriculture ne sont pourtant pas anodines. Alors que les petites exploitations continuent de disparaître (plus rapidement que les autres segments), les demandes d’installation en micro-fermes, qui relèvent majoritairement du maraîchage, semblent être une forme d’installation privilégiée, d’après des données issues des PAIT des chambres d’agriculture et du réseau FNAB. Elles jouent par ailleurs un rôle significatif dans les territoires par la création de lieux (de production, de vie, de sociabilité), par la participation aux systèmes alimentaires localisés (circuits courts et de proximité), par le développement d’une agriculture respectueuse des milieux, par la transformation des paysages (hétérogénéisation favorable à la biodiversité), par les liens tissés avec les habitants et les acteurs du territoire, etc. Elles répondent aux attentes d’une demande sociale souhaitant à la fois nouer des liens directs avec les agriculteurs et agricultrices, disposer d’une meilleure connaissance de leurs conditions de vie et des modalités de production pour s’assurer que leur acte d’achat favorise le développement d’une transition agroécologique forte (conduisant non pas uniquement au changement des pratiques mais à un changement de modèle de développement agricole).

Les micro-fermes sont néanmoins soumises à de nombreuses contraintes qui les fragilisent et peuvent conduire à une remise en cause de leur viabilité à moyen ou long terme :

- à l’installation, elles souffrent d’un problème d’accès au foncier (concentration des terres dans des fermes déjà grandes, spéculation, accaparement), d’un manque de formations et de soutiens spécifiques, d’un manque d’exemples et de références, d’un manque de considération par la plupart des acteurs du champ organisationnel de l’installation, etc.

- en post-installation, elles souffrent d’un manque d’accompagnement (notamment parce que les structures capables de les accompagner sont elles-mêmes très peu soutenues), d’un manque de lien entre pairs, d’un manque d’infrastructures de mutualisation (approvisionnement en matière organique, transformation de certaines productions, distribution notamment sur les « derniers km »), d’une coexistence difficile avec les autres modèles agricoles, d’une difficulté d’agrandissement pour permettre l’évolution de leur système d’activité, d’une difficulté de recrutement d’associé(e)s ou de salarié(e)s, etc.

En résumé, la méconnaissance de ce type de fermes les rend invisibles ou caricaturées, voire dévalorisées, et donc non prises en compte dans les politiques publiques, alors qu’elles représentent sans doute une des voies à développer pour renouveler les actifs et les modèles agricoles – un sujet prégnant, notamment en France. Dans ce contexte, l’objectif de la séance est de porter à connaissance cette forme d’agriculture et d’en expliciter les principaux défis.

Retrouvez-nous en direct sur notre chaîne YouTube à partir de 14h30 :

https://www.youtube.com/channel/UCxERz8wtBBH9VXfgJOfVODA

Animateur(s) : Christine AUBRY Yves BRUNET Antoine MESSÉAN

Programmation :

Introduction

Christine AUBRYYves BRUNET

Exposé(s)

  • État des connaissances sur les systèmes de production micro-maraîchers

Alix BELL, Chargée de mission recherche et développement en systèmes légumiers et maraîchage biologique à l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab)

  • Par-delà le micro-maraîchage, un modèle agricole et alimentaire fortement territorialisé, renouvelant l’intérêt des petites agricultures pour relever les défis du siècle

Damien TOUBLANT, Ingénieur agronome, docteur en géographie et jeune chercheur de l’UMR Passages (CNRS-UBM), actuellement postdoctorant en géographie à l’UMR TREE (CNRS-UPPA)

  • Évaluation multicritère de la viabilité des micro-fermes : une double approche normative et compréhensive

Bernard DEL'HOMME, Maître de conférences en science de gestion à Bordeaux Sciences Agro

Conclusion

Antoine MESSÉAN

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