Pneumatiques

Y. Dutemple : « Le défaut d’usure des pneus concerne le quart des machines »


TNC le 12/02/2021 à 05:54
L’ETA mariligérienne Provost-Lairie a délégué à l’un de ses fournisseurs la surveillance périodique de l’usure des pneumatiques de son parc matériel, en partie visible sur ce cliché. (©Yoann Dutemple)

L’ETA mariligérienne Provost-Lairie a délégué à l’un de ses fournisseurs la surveillance périodique de l’usure des pneumatiques de son parc matériel, en partie visible sur ce cliché. (©Yoann Dutemple)

« Je conseille de vérifier le parallélisme toutes les 2 000 à 3 000 h et dans tous les cas lors du renouvellement du premier jeu de pneus avant », indique Yoann Dutemple, cogérant de l’ETA Provost-Lairie. (©Yoann Dutemple)

« Je conseille de vérifier le parallélisme toutes les 2 000 à 3 000 h et dans tous les cas lors du renouvellement du premier jeu de pneus avant », indique Yoann Dutemple, cogérant de l’ETA Provost-Lairie. (©Yoann Dutemple)

L’ETA Provost-Lairie, dont le parc matériel compte une soixantaine de tracteurs et d’automoteurs, connaît bien les problèmes de défaut d’usure des pneumatiques. L’un de ses gérants, Yoann Dutemple, partage son expérience sur la question.

« La dépense annuelle consacrée aux pneumatiques représente 70 à 80 000 € par an, indique Yoann Dutemple, gérant avec deux autres associés de l’ETA Provost-Lairie à Marsac-sur-Don (Loire-Atlantique). Ce montant comprend les prestations de dépannage, les achats en urgence… » L’entreprise, qui emploie une trentaine de salariés dont 20 permanents, propose tous types de prestations aux agriculteurs sur une zone à cheval sur la Loire-Atlantique et l’Ille-et-Vilaine.

Le parc compte une soixantaine de machines comprenant tracteurs, automoteurs de récolte et de pulvérisation ainsi qu’une une chargeuse télescopique. « La durée de vie des pneumatiques de nos machines dépend de l’utilisation. Mais en moyenne, nous les changeons toutes les 3 000 h à l’avant et toutes les 4 000 à 4 500 h à l’arrière. » Selon le responsable, l’usure la plus prononcée s’observe sur les machines passant beaucoup de temps sur la route.

« Je conseille de vérifier le parallélisme toutes les 2 000 à 3 000 h et dans tous les cas lors du renouvellement du premier jeu de pneus avant », indique Yoann Dutemple, cogérant de l’ETA Provost-Lairie. (©Yoann Dutemple)

« Les pneus de l’automoteur de pulvérisation s’usent vite, compte tenu des allers-retours répétés entre les parcelles et la ferme. Il en est de même pour les épandeurs et tonnes à lisier qui passent plus de la moitié du temps sur la route. Cette année, l’un de mes chauffeurs a ainsi parcouru au lisier plus de 70 000 km ! » Afin de réduire l’usure des roues avant, une inversion gauche/droite est conseillée sur la route.

Intervenir à temps

L’entrepreneur rencontre fréquemment un défaut d’usure (anormale ou prématurée) des pneumatiques. « Ce phénomène concerne le quart de nos machines, poursuit Yoann Dutemple. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la préparation dans les ateliers des concessionnaires n’est pas toujours suffisante et les parallélismes ne sont pas vérifiés systématiquement. Le défaut de parallélisme touche un dixième environ des véhicules de notre parc. Je conseille d’ailleurs d’évaluer ce point-là toutes les 2 à 3 000 h et dans tous les cas lors du renouvellement du premier jeu de pneus avant. En cas de détection précoce, un réglage suffira. Mais s’il n’est pas repéré à temps, il sera nécessaire de changer des pièces. Nous intervenons donc sitôt le défaut repéré. »

« L’usure la plus prononcée s’observe sur les tracteurs et automoteurs passant beaucoup de temps sur la route. »

La prépondérance (voir encadré) constitue un autre problème auquel doit faire face l’ETA. « Les machines de notre parc sont récentes et chaussées principalement de leur monte d’origine, donc peu concernées. Mais nous avons été confrontés à cette situation par exemple en montant des roues étroites. En travaillant tel quel 1 000 h de plus, nous aurions probablement dû changer le pont ! » L’entreprise a confié à l’un de ses fournisseurs la surveillance périodique de l’usure des pneumatiques de son parc pour anticiper les problèmes.

« Mieux vaut se concentrer sur la prépondérance plutôt que sur le choix de la marque. »

« Très peu de pneus souffrent d’un défaut d’usure ou d’une usure prématurée par construction , remarque Patrice Goislot, responsable ligne de produit pneus agraires pour le groupe Simon (réseau Profil+). Outre un réglage de parallélisme inadapté ou une mauvaise utilisation, les problèmes d’usure anormale concernent essentiellement un mariage pneu avant/arrière inadapté. » Une bonne adéquation exige ainsi le respect de la prépondérance (c’est-à-dire l’écart de distance parcourue par les roues avant et par les roues arrière) par rapport à la valeur fournie par chaque constructeur. Pour les tracteurs à quatre roues motrices inégales, celle-ci varie entre 3 et 6 %.

C’est pour cette raison que le pont avant doit être débrayé sur la route. Une prépondérance trop importante risque d’entraîner une usure excessive des pneus avant par ripage et une fatigue des composants de la transmission (notamment de l’embrayage du pont avant qui peut agir en limiteur de couple). En-deçà de cette plage, l’usure progressive du pneu conduit assez vite à une prépondérance négative : le pont avant est alors « poussé » par les roues arrière. Il perd une grande partie de son efficacité. De plus, la direction du tracteur devient instable en particulier sur terrain meuble.

Choix éclairé

Pour choisir une monte de pneumatiques adaptés à son tracteur, il est nécessaire de connaître le rapport de pont également appelé rapport de synchronisme (indiqué dans la documentation du tracteur ou par le concessionnaire) ainsi que la circonférence de roulement des pneumatiques souhaités, indiquée dans la documentation fournie et différenciant les manufacturiers pour une même dimension. « Le problème lié une prépondérance inadaptée surgit très souvent lors du premier remplacement du jeu de pneus avant », se désole Patrice Goislot. Les pneus arrières sont alors partiellement usés et il est indispensable de prendre en compte cette usure dans le choix de la monte pneumatique avant.

Pourtant, plus de la moitié des équipements sont chaussés sans respecter les valeurs préconisées par le constructeur. Mieux vaut se concentrer sur la prépondérance plutôt que sur le choix de la marque. Si le client refuse nos préconisations, on lui conseille d’acheter ailleurs chez un négociant moins scrupuleux, car on sait qu’il risque de réduire de moitié la durée de vie de ses pneus et, dans le pire de cas, la casse ! » 

« Une pression inadaptée constitue un autre facteur de risque ». Il convient d’ajuster la pression selon la situation de travail et surtout en fonction de la masse supportée par l’essieu. Mieux vaut augmenter cette pression pour les trajets routiers. Un sous-gonflage génère trop de flexion sur la carcasse des pneus, préjudiciable s’ils ne sont pas adaptés pour ça. « Le type de conduite, la forme des routes ou la répartition de masse par essieu peuvent également jouer sur l’usure des pneumatiques ».

Afin d’améliorer les performances de traction d’un engin à quatre roues motrices inégales, les essais sur le terrain ont démontré que la distance parcourue par les roues avant doit être légèrement supérieure à celle des roues arrière. Cet écart est nommé prépondérance. (©A. Abadia)

En fin de saison, Yoann Dutemple recense ses besoins pour l’année à venir et sélectionne deux ou trois marques en fonction de leur qualité et selon l’utilisation envisagée. « Nous choisissons alors le moins cher parmi ces marques. L’achat de nos pneus est coordonné avec d’autres entrepreneurs de même taille. » Avec cette stratégie de négociation par le volume, ils obtiennent de meilleurs tarifs !