Académie d'agriculture de France

Le bien-être animal : quelle définition ?


Bernard DENIS, Membre de l'Académie d'Agriculture de France. le 09/10/2020 à 15:47
(©Pixabay)

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L'opinion publique est de plus en plus sensible aujourd'hui à la question du bien-être animal. Il n'existe pas de définition officielle le concernant, ce qui contribue à expliquer que des points de vue différents s'expriment, certains d'entre eux étant susceptibles de conduire à des positions radicales à l'égard de l'élevage.

Dans cette publication de l’Académie d’agriculture de France (téléchargeable en bas d’article), Bernard Denis ne tente pas de proposer une définition à proprement parler, se contentant de cerner ce qu’est le bien-être animal d’une manière succincte, en envisageant d’abord les conceptions classiques, puis en évoquant une évolution récente du concept et, enfin, en suggérant un abord pragmatique de la question.

L’expression « bien-être animal » était déjà utilisée, rarement, au XIXe siècle, sans que l’on se penche sur sa définition exacte. Aujourd’hui, on tend à considérer qu’elle est une mauvaise traduction de l’anglais welfare, mot qui désigne certes un état, mais aussi un objectif d’action pour atteindre cet état, ce qui n’est pas le cas en français. Par ailleurs, il est des circonstances où parler de bien-être ne manque pas de surprendre, comme par exemple les conditions de transport ou d’abattage des animaux. Logiquement, il vaudrait mieux parler de qualité de vie mais l’emploi généralisé de bien-être animal oblige d’une certaine manière à conserver l’expression.

Les conceptions classiques

Classiquement, en l’absence de définition officielle ou largement consensuelle, on peut estimer qu’il y a trois manières d’appréhender le bien-être des animaux :

L’approche minimaliste, qui considère que l’absence de maladie ou de blessure et, pour les animaux de ferme, le maintien d’un niveau de production satisfaisant, constituent un témoin suffisant de l’état de bien-être.

L’approche maximaliste, qui retient pour le bien-être animal la définition que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait donnée de la santé des humains en 1946 : « La santé est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Le fait nouveau était alors d’introduire, pour l’Homme, les dimensions psychologiques et sociales.

– Entre ces deux extrêmes, diverses approches ont été proposées, la plus connue étant celle dite des cinq libertés ou des cinq principes (rapport Brambell, 1965) :
1. absence de faim et de soif
2. confort physique
3. bonne santé physique et absence de blessures et de douleurs
4. possibilité d’exprimer le comportement normal de l’espèce
5. absence de peur et de détresse.


Aucune de ces trois approches n’est une définition à proprement parler du bien-être des animaux et chacune continue d’être défendue par ses partisans. Une autre opinion vient s’ajouter à elles, qui contourne le problème de la définition en préférant parler de bientraitance. L’argument de ses tenants est qu’il ne sera jamais possible de savoir ce qu’est le bien-être, faute de pouvoir se mettre à la place des animaux. La bientraitance désigne ce que l’Homme considère a priori comme confortable pour ces derniers, même s’il est impossible d’échapper à un certain anthropomorphisme dans le choix. Les adeptes de la bientraitance considèrent que celle-ci se confond finalement avec le bien-être et soulignent que les pratiques retenues arbitrairement seront toujours susceptibles d’évoluer.

L’absence de définition officielle du bien-être et, pour beaucoup, le recours préférentiel à la notion de bientraitance, n’empêchent évidemment pas de corriger les modes d’élevage dans une direction jugée plus favorable aux animaux.

Des chercheurs se sont donné récemment pour but d’objectiver la question… Pour en savoir plus, consultez la publication ci-dessous.

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