Alimentation

Paris et l’UE présentent une femme à la direction de la FAO


AFP le 17/12/2018 à 18:16

La France et l'Union Européenne (UE) ont déposé lundi une candidature unique à la direction de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) : celle de Catherine Geslain-Lanéelle, experte des systèmes agricoles et alimentaires mondiaux.

Le dépôt de candidature d’une femme pour succéder au brésiliano-italo-américain José Graziano da Silva, 69 ans, dont le mandat de directeur-général de la FAO expire fin juillet 2019, a été officialisé lundi, a indiqué à l’AFP l’agence coordonnant la candidature de la France et de l’UE. Catherine Geslain-Lanéelle, 55 ans, ingénieure agronome et des eaux et forêts, a passé « 30 ans de carrière » au sommet des instances gouvernementales agricoles et alimentaires en France. « J’ai obtenu le 15 octobre » le soutien du conseil des ministres de l’agriculture de l’Union européenne pour une « candidature unique » de l’UE à ce poste, explique-t-elle à l’AFP au cours d’un entretien.

À l’international, Catherine Geslain-Lanéelle a dirigé de 2006 à 2013 l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), basée à Parme en Italie, qui délivre les avis scientifiques sur les risques associés à la chaîne alimentaire. À ce poste, elle s’est frottée aux sujets polémiques qui opposent les industries agroalimentaires et la société, des OGM au clonage, en passant par les nanotechnologies, les biotechnologies et l’antibiorésistance. Au début de sa carrière, elle avait aussi mené des projets de coopération liés à la viticulture ou aux céréales en Chine et en Égypte. En France, Catherine Geslain-Lanéelle a été directrice de la performance économique et environnementale au ministère de l’agriculture et de l’alimentation pendant cinq ans, jusqu’en juin 2018, travaillant aux côtés du ministre Stéphane le Foll puis de son successeur Stéphane Travert.

Dans le cadre de la COP21, elle a piloté la mise en place de la plateforme internationale « 4 pour 1000»  destinée à encourager le captage du carbone dans les sols agricoles pour lutter contre le réchauffement climatique. Selon elle, l’agence onusienne a un « défi considérable » à relever dans les décennies à venir. Sa mission première, la lutte contre la faim et la malnutrition dans le monde, se trouve en effet bousculée par la montée des enjeux liés au réchauffement climatique. « Il faudra à la fois produire plus pour bien nourrir 9 milliards d’être humains sur terre tout en réduisant l’impact sur les écosystèmes et en faisant face au changement climatique » résume Catherine Geslain-Lanéelle.

« Nouvelle dynamique »

Un défi qu’elle compte relever en impulsant « une nouvelle dynamique autour des 194 pays membres » de l’agence onusienne. « Aucun pays ne peut régler seul tous les défis qui se posent » dit-elle, en évoquant par exemple, avec le réchauffement climatique, la montée de la propagation des « maladies vectorielles », transmises par un insecte, qui affectent les troupeaux ou les hommes. « Une question est au cœur de l’avenir de l’humanité : comment sortir de la pauvreté des dizaines de millions de petits fermiers et développer en même temps des systèmes de production alimentaires qui aident à mieux vivre » dit-elle. Catherine Geslain-Lanéelle espère que le soutien européen augmentera ses chances. Aucun autre candidat ne s’est encore déclaré mais les dossiers de candidatures pour ce poste très politique peuvent être déposés jusqu’au 28 février. En 2011, l’Europe s’était divisée, avec une candidature autrichienne et une espagnole. « La FAO n’a pas été dirigée par un Européen depuis 40 ans, et jamais par une femme » souligne Catherine Geslain-Lanéelle.

Les candidats seront auditionnés début avril et l’élection aura lieu la semaine du 22 juin.