Guillaume Canet - "Au nom de la terre"

« Nous devons tous faire quelque chose pour que ce fléau cesse. »


Communication agricole le 22/09/2019 à 15:34
Guillaume Canet (©Nord Ouest Films)

Guillaume Canet (©Nord Ouest Films)

Ce mercredi 25 septembre sort en salles le film "Au nom de la Terre". Construit comme une saga familiale, celui-ci porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années. Entretien avec Guillaume Canet, qui y incarne un agriculteur surendetté, poussé au suicide.

Christophe Rossignon, le producteur du film, raconte que vous avez eu un tel coup de cœur pour « Les Fils de la terre », le documentaire d’Edouard Bergeon, qui traitait déjà partiellement de son histoire familiale, que vous avez immédiatement envisagé d’en tirer vous-même une fiction.

J’avais visionné ce documentaire une semaine avant le tournage de « Mon garçon », de Christian Carion, un film où je devais vivre à l’écart de l’équipe, sans portable ni ordinateur. Durant cette période de solitude, ce doc m’a habité d’une manière incroyablement forte, les dix dernières minutes notamment, dans lesquelles Edouard évoque l’histoire de son père. Il y avait vraiment matière à un long métrage très fort. Christophe m’a appris que le projet était déjà en route et qu’il le produisait. Quelques temps après cette conversation, Edouard et lui me proposaient d’interpréter Pierre, le père. J’en ai été très heureux.

Christian Bergeon, le père d’Edouard, agriculteur en difficulté dans les années quatre-vingt-dix, s’est suicidé. Dans quel état d’esprit s’engage-t-on dans un tel rôle ?

C’est à la fois une fierté de se le voir confier et une angoisse incroyable. Je pensais sans arrêt : « Est-ce que je vais être à la hauteur de ce que cet homme a vécu ? Est-ce que je vais réussir à retranscrire les souvenirs d’Edouard ? » Lui et moi avons évidemment beaucoup échangé et de manière très précise sur son histoire. Sa mère m’a également confié énormément de détails importants sur son mari. C’était indispensable.

Saviez-vous avant de vous engager sur ce film qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours ?

Non, je l’ai découvert à cette occasion, lorsque j’ai vu le documentaire. A ce niveau, je vois cela comme de la non-assistance à personne en danger. Nous devons tous faire quelque chose pour que ce fléau cesse.

Vous avez vous-même grandi à la campagne…

Oui. C’est un milieu que je connais et auquel je suis très attaché. J’ai cet amour de la terre qu’ont les agriculteurs ; un amour indéfectible qui explique les difficultés dans lesquelles ils se retrouvent aujourd’hui. La terre, c’est toute leur vie. La plupart d’entre eux exploitent leurs champs depuis des générations et sont incapables de se détacher de cette appartenance à la terre ; quitte à travailler quatorze heures par jour, à ne pas gagner plus de 350 Euros par mois et à passer maintenant pour des empoisonneurs. On leur a dit qu’il fallait faire du rendement, fabriquer à moins cher avec des pesticides et ils l’ont cru de bonne foi. Aujourd’hui, beaucoup sont malades à cause de toutes les substances qu’ils ont respirées et peinent à se sortir de l’impasse où ce système économique qui ne fonctionne pas les a plongés – il faut des années pour passer au bio. Ils se retrouvent à la fois malades, insultés et pauvres. Ils sont complètement démunis.

Au-delà des difficultés rencontrées par votre personnage, l’amour de la terre transcende littéralement cette famille, qu’on sent véritablement liée et animée du bonheur d’être ensemble.

C’est le regard d’Edouard enfant puis adolescent sur les siens ; un regard empli d’affection et de tendresse, où la passion du terroir joue effectivement un rôle important. Anthony Bajon, Veerle Baetens, Rufus, Samir Guesmi, et tous les acteurs qui composent cette tribu la rendent sublime.

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