Académie d'agriculture de France

Les variétés modernes de plantes cultivées sont-elles plus ou moins rustiques que les anciennes ?


André GALLAIS, Membre de l'Académie d'Agriculture de France le 10/03/2020 à 06:00

La rusticité d'une variété est le résultat de différents facteurs : la résistance aux agresseurs, l'adaptation au milieu physique, l'exigence modérée en différents éléments nutritifs... Cependant, les variétés modernes sont souvent dites moins rustiques, mais qu'en est-il vraiment ? Nous allons voir, pour les plantes de grande culture, que les critiques ne correspondent pas toujours aux faits ou sont mal formulées.

Les variétés modernes sont plus résistantes aux maladies

Prenons l’exemple de la culture du blé, qui peut être à l’origine de la critique sur l’augmentation de la consommation de fongicides. Différentes expériences ont bien montré que le progrès génétique sans fongicides est plus important qu’avec fongicides, du fait de l’amélioration de la résistance aux maladies. L’amélioration des plantes cherche en effet à réunir dans une même variété le maximum de gènes de résistances.

Les variétés modernes réunissent donc différentes sources de résistance ce qui contribue à diminuer la consommation de fongicides. La recherche de résistances aux maladies permettra de réduire très significativement, sans perte importante de rendement, l’utilisation de fongicides dans le plan Ecophyto2025.

Les variétés modernes valorisent mieux l’azote et l’eau

Pour l’azote :

D’abord une remarque : les variétés modernes étant plus productives, et comme il est impossible d’avoir une production de biomasse sans azote, il est logique qu’elles consomment plus d’azote, ce qui est sans doute à l’origine du reproche qui leur est fait à ce sujet. Mais à production égale, la consommation d’azote n’est pas supérieure, et est même souvent inférieure grâce à l’amélioration de l’efficacité de l’azote.

L’exemple le plus net est celui de la betterave, chez laquelle la combinaison des techniques culturales et de l’amélioration génétique a permis de diviser pratiquement par deux la quantité d’azote apporté à l’hectare, alors que le rendement continue d’augmenter régulièrement.

Il faut toutefois admettre qu’en sélectionnant directement à faible fumure azotée, il est probable que l’on mettrait au point des variétés plus performantes dans cette condition que les variétés sélectionnées à forte fumure.

Pour l’eau :

Les variétés modernes des cultures estivales, comme le maïs, consomment plus d’eau que les vieilles puisqu’elles produisent plus de grain et de biomasse. Cependant, elles demandent moins d’eau pour une même quantité produite.

Là encore, il est probable qu’en sélectionnant directement en conditions de sécheresse, des variétés plus
performantes pour ces conditions pourraient être mises au point.

Les performances des variétés modernes ne sont pas moins stables que celles des anciennes variétés

Chez le maïs, dans les conditions de culture françaises, il a été montré que l’amélioration génétique des rendements a été beaucoup plus forte en conditions défavorables qu’en conditions favorables, voir graphique ci-dessous.

D’une façon plus générale, l’amélioration de la productivité peut être vue comme le résultat d’une série d’adaptations à différents milieux, qui fait que non seulement les variétés modernes sont plus productives, mais ont aussi des performances assez stables lorsque le milieu au sens large (physique ou biotique) varie. Cela est dû au fait qu’elles réunissent des gènes d’adaptation à différentes conditions.

Les variétés modernes, en moyenne, n’apparaissent donc pas moins rustiques que les variétés anciennes. Sur la base de leur résistance aux maladies, de leur valorisation de l’azote et de l’eau, et globalement de leur adaptation à différentes conditions, elles peuvent même être considérées généralement comme plus rustiques.

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