Recyclage

Les éleveurs pourront bientôt se débarrasser des pneus usagés


TNC le 03/12/2019 à 05:57
À force d'utiliser les vieux pneus, ceux-ci s'abiment et des parties métalliques peuvent ressortir, trouer la bâche et pire : se retrouver dans l'ensilage. (©TNC)

À force d'utiliser les vieux pneus, ceux-ci s'abiment et des parties métalliques peuvent ressortir, trouer la bâche et pire : se retrouver dans l'ensilage. (©TNC)

Que faire de ses pneus usagés ? Les brûler, les abandonner dans la nature ou encore s'en débarrasser lors d'une manifestation sont bien entendu des choses à proscrire ! Une opération de grande envergure est actuellement en train de s'organiser pour collecter ces pneus qui disparaissent petit à petit des silos.

Auparavant très utilisés par les éleveurs, les pneumatiques usagés disparaissent peu à peu des silos d’ensilage. Les boudins et sacs prennent l’avantage, il existe aussi d’autres techniques pour lester les silos comme les tapis, la paille ou encore le couvert végétal.

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Il y a quelques mois, les médias grand public se sont emparés du sujet pour en faire une véritable polémique. La rumeur expliquait que les vaches mangent des pneus car leurs prairies et les champs en seraient jonchés. On se rappelle d’ailleurs de cet article du Parisien titré «  Désormais, les vaches ne mangeront plus de pneus ». Bien-sûr, les professionnels de la filière ont réagi pour rétablir la vérité.

En revanche, une vraie problématique apparaît dans ces élevages qui abandonnent les pneus en faveur des boudins ou autres lestages : que faire des vieux pneus inutilisés ? Il semblerait que les choses bougent…

Ensivalor pour structurer et collecter les pneus usagés

Le 15 juillet dernier, les entreprises de la filière pneumatique ont signé une charte en faveur du recyclage des pneus sur les exploitations agricoles. L’objectif est d’en collecter 15 000 t/an, soit 2,3 millions de pneus (la quantité totale estimée sur l’hexagone est de 800 000 t, soit 123 millions de pneus). L’opération est nommée Ensivalor.

« Le dispositif est actuellement en train de se mettre en place entre les metteurs sur le marché des pneus [manufacturiers, constructeurs et distributeurs, NDLR] en collaboration avec des institutions comme les chambres d’agriculture ou la FNSEA pour leurs connaissances du monde agricole mais aussi pour structurer et faire remonter les projets en régions. », explique Hervé Domas, directeur général d’ Aliapur (entreprise spécialisée dans la collecte et le recyclage des pneus). « Les collectes devraient démarrer en 2020, même si certaines ont déjà eu lieu, comme celle de la FDSEA 76 récemment. »

Audrey N’Diaye de la FNSEA explique : « L’opération de la Seine Maritime s’est mise en place en dehors de la structure Ensivalor : les porteurs de projets ont eux-mêmes négocié les coûts de collecte et ont trouvé des sponsors, mais ça reste des partenaires privés. » Ses propos sont complétés par ceux de Lise Mopin de l’APCA : « La structure Ensivalor que nous montons permettra aux futurs porteurs de projets de bénéficier de financements de la part des metteurs sur le marché et d’autres entités et/ou collectivités selon les secteurs.

Se débarrasser des pneus en élevage : quel cheminement ?

Les premières collectes via Ensivalor devraient voir le jour début 2020. Ce sont les régions où les projets sont les plus avancés qui bénéficieront d’un premier accompagnement, comme les Pays de la Loire. Hervé Domas explique : « Les opérations seront globalisés par territoire. Bien entendu, il n’y a aucune obligation pour les agriculteurs : ceux qui souhaitent conserver des pneus peuvent le faire. D’ailleurs, la priorité sera donnée aux agriculteurs qui cessent leur activité pour éviter les errances dans la nature. En revanche, tous les agriculteurs auront droit à ce service. Il sera simplement limité en quantité de part la faible valorisation des pneus usagés. Ces derniers partent en combustible dans les cimenteries, ce qui limite la collecte à 15 000 t de pneus/an. »

« Le fait d’organiser le ramassage par points de collecte permettra de limiter les coûts, estimés à 150 €/t. Grâce à Ensivalor, la moitié sera prise en charge par les metteurs en marché. L’autre moitié sera à la charge des agriculteurs avec si possible des aides territoriales, de l’Ademe ou des collectivités. Cela pourra varier d’un secteur à l’autre. »

À l’APCA, Lise Mopin explique : « Nous sommes dans la première phase du projet. Il faut qu’on actualise les estimations de gisement, dont les dernières remontent à 2008. C’est aujourd’hui difficile d’avoir une vision nationale mais une chose est sûre : ce sont les régions de l’Ouest et du Massif Central qui contiennent le plus de pneus usagés. »

En attendant la mise en place des collectes, Hervé Domas recommande aux éleveurs de stocker les pneus qui ne servent plus à l’abri ou au moins sous une bâche : « L’eau qui stagne dedans sont de vrais nids à moustiques et il faut éviter ça. » Il rappelle aussi : « Impossible pour les agriculteurs de les apporter en déchetteries, elles sont réservées aux particuliers. »