Académie d'Agriculture de France

Les alternatives aux antibiotiques en élevage


Arlette LAVAL, Membre de l'Académie d'agriculture de France le 08/04/2021 à 13:56
(©Getty Images)

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Lorsque l’on parle d’alternatives aux antibiotiques en santé animale, il faut différencier les alternatives aux antibiotiques facteurs de croissance, offrant de nombreuses possibilités, et les alternatives aux antibiotiques destinés au traitement des infections bactériennes, qui ne sont qu’au stade du développement pour la plupart d’entre elles. La vaccination et l’amélioration des conditions d’élevage restent les mesures les plus efficaces à l’heure actuelle.

L’utilisation des antibiotiques en santé animale s’est développée parallèlement à leur utilisation en médecine humaine et, très vite, trois objectifs ont été ciblés :

  • Traiter les infections cliniquement déclarées,
  • Prévenir l’apparition des maladies bactériennes,
  • Améliorer la croissance des animaux.

L’effet positif des antibiotiques sur la croissance a été découvert en 1946 (Moore et al. 1946). Leur utilisation s’est largement développée à des doses 10 à 30 fois inférieures aux doses thérapeutiques en vue d’améliorer la croissance et l’efficacité alimentaire, ce qui a permis de réduire les coûts de production à une époque répondant à une demande des consommateurs. Mais à partir des années 70, à la suite de la contamination de 60 britanniques par la consommation de lait cru provenant de vaches infectées par une salmonelle résistante, le gouvernement a chargé Meredith Swann de produire un rapport qui a établi le lien entre les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance, le développement de bactéries résistantes, et le risque de contamination des humains via l’alimentation, donnant le coup d’envoi à tous les développements ultérieurs qui ont conduit à leur interdiction totale, en Europe, le 1er janvier 2006.

Cette interdiction a rapidement permis de réduire le portage des entérocoques résistants à la vancomycine chez le porc et les volailles, ce qui était l’un des premiers objectifs, mais elle a révélé leur rôle préventif important dans le contrôle des diarrhées et de la mortalité du porcelet dues à Escherichia coli et Lawsonia intracellularis ainsi que de l’entérite nécrosante du poulet de chair (Casewell et al. 2003), qui ont toutes vues leur incidence augmenter. Des mesures alternatives ont donc dû être recherchées. […]

Les alternatives actuelles

Les probiotiques

Selon la définition adoptée par la FAO/WHO (2001) les probiotiques sont des cultures d’organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés dans des quantités adéquates, apportent un bénéfice à la santé de l’hôte. Ils peuvent contenir une ou plusieurs souches de bactéries et sont généralement utilisés comme additifs alimentaires, seuls ou avec d’autres additifs. En pratique, ils sont surtout utilisés chez le porc et les volailles.

Selon Fuller (1989), les propriétés d’un bon probiotique sont les suivantes :

  • Effet bénéfique chez l’animal : amélioration de la croissance et de l’indice de consommation,
    meilleure résistance aux maladies,
  • Absence d’effet indésirable,
  • Présence sous forme de cellules viables, de préférence en grande quantité,
  • Résistance dans le milieu intestinal, résistance à bas pH et aux acides organiques,
  • Stabilité correcte dans les conditions de stockage et de préparation des aliments.

Ils agissent en améliorant l’équilibre microbien intestinal. […]

Les prébiotiques

Par définition, ce sont des substrats bénéfiques pour la santé, spécifiquement utilisés par les microorganismes de l’hôte (Markowiak 2018). C’est un concept récent, initié en 1995. On classe dans les prébiotiques des glucides, polyphénols, acides gras polyinsaturés, protéines, lipides. Ils modulent la santé de l’hôte par le biais de son microbiote digestif et permettent la dégradation enzymatique des substances non digestibles. Ces substances atteignent le gros intestin sans être dégradées et deviennent le substrat des bactéries présentes. Ils agissent en synergie avec les probiotiques.

Ils doivent répondre aux critères de sélection suivants :

  • Résister à la digestion dans les parties antérieures du tube digestif,
  • Être attaqué par le microbiote intestinal,
  • Avoir un effet bénéfique sur la santé de l’hôte,
  • Stimuler la croissance des probiotiques,
  • Résister aux procédés de fabrication des aliments. […]

Les symbiotiques

Ce sont des additifs qui combinent de façon synergique les probiotiques et les prébiotiques de façon à faciliter l’implantation de la flore probiotique (Gadde et al. 2017). Leur effet a surtout été étudié sur la croissance, améliorée du fait de l’augmentation de la taille des villosités intestinales, mais ils réduisent aussi, dans certaines conditions, l’importance de la flore pathogène et la mortalité, en particulier chez le poulet. D’une façon générale, on considère que les symbiotiques sont plus efficaces que les probiotiques et les prébiotiques utilisés séparément (Allen et al. 2013, Markowiak et al. 2018).

Les acides organiques

Les acides organiques sont utilisés depuis des décennies en alimentation animale, initialement en vue de faciliter la conservation des aliments. Mais l’arrêt des facteurs de croissance antibiotiques a mis en évidence leur effet bénéfique sur la croissance et l’indice de consommation, et même la santé digestive.

Ils agissent selon plusieurs mécanismes (Gadde et al. 2017) :

  • Réduction du pH des portions antérieures du tube digestif,
  • Action antimicrobienne, plus ou moins conséquente selon l’acide ou le sel d’acide incorporé. Cette action est à la fois directe, soit par inhibition de bactéries pathogènes, soit par destruction de la bactérie après pénétration intracellulaire, et indirecte en favorisant la multiplication des bactéries lactiques tolérantes à l’acidité (Biggs et Parsons 2008).
  • Augmentation de la digestibilité des nutriments en augmentant la rétention des protéines et de la matière sèche de la ration, tout en améliorant l’absorption du calcium et l’utilisation du phosphore.
  • Amélioration de la santé intestinale par effet direct sur l’épithélium.

Par ailleurs, ils améliorent la qualité hygiénique globale de l’aliment. […]

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