Made in France

L’agronomie, argument numéro un d’Actisol


TNC le 24/04/2019 à 06:04
Freddy Socheleau, 40 ans, fils d’agriculteurs vendéens et ingénieur des mines dirige Actisol depuis 2016. (©Nathalie Tiers)

Freddy Socheleau, 40 ans, fils d’agriculteurs vendéens et ingénieur des mines dirige Actisol depuis 2016. (©Nathalie Tiers)

Acteur modeste du machinisme agricole, la société Actisol se développe depuis vingt ans grâce à son expertise en fissuration des sols. Le renforcement de son bureau d’études en 2018 lui permet de créer de nouveaux produits fabriqués dans son atelier à Cholet (Maine-et-Loire). Freddy Socheleau, dirigeant d'Actisol, est attaché à l'innovation et au made in France.

« La machine est une chose, mais nous nous intéressons surtout à ses fonctions agronomiques. La dent Actisol équipant presque tous nos outils a été créée dans les années 70 par la société SVB Lemaire, pionnière de l’agriculture biologique. Elle a évolué tout en conservant son principe initial : fissurer le sol sans le mélanger, respecter la structure et l’activité biologique. » Freddy Socheleau, fils d’agriculteurs vendéens et ingénieur de l’École des Mines de Nantes, rachète en 2016 la société Actisol basée à Cholet (Maine-et-Loire). Cette entreprise réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires au début du 21e siècle atteint désormais cinq millions d’euros avec une vingtaine de salariés permanents. Elle vend chaque année 400 machines parmi une cinquantaine de références d’outils de travail du sol, principalement destinés à la vigne et aux grandes cultures. « Nos six commerciaux travaillent avec 70 concessionnaires réguliers environ, indique Freddy Socheleau. Ces distributeurs doivent être convaincus par nos outils car nous vendons aussi du conseil et des itinéraires culturaux : c’est notre valeur ajoutée et notre différenciation en tant que petit opérateur. Par exemple, la dernière recrue de l’équipe commerciale est aussi agriculteur et teste des pratiques avant d’en parler à ses clients. »

Nouveau mulcheur à stelles au Sima

Bien que la dent Actisol et sa capacité à se parer de divers accessoires reste la pièce maîtresse du constructeur, celui-ci cherche constamment à faire évoluer ses produits. « Nous sommes proches de nos clients : ils nous parlent des améliorations observées sur leurs sols et nous sollicitent pour des problématiques spécifiques. Quand l’idée nous plaît, qu’il y a quelque chose à creuser, nous y travaillons. » En 2018, Actisol a musclé son bureau d’études en passant à deux concepteurs et un apprenti. L’objectif est de répondre aux besoins croissants liés au développement de l’entreprise, et de faire sortir des projets des cartons. C’est le cas du Stell-Air présenté au Sima. Il s’agit d’un mulcheur à stelles visant à préparer le sol de façon superficielle. Il est notamment préconisé pour les opérations de déchaumage et de faux-semis. Actisol a également élargi sa gamme de rouleaux de destruction des couverts végétaux Roll Krop dont la largeur peut désormais atteindre six mètres afin de s’aligner sur celle du semoir. Enfin, l’entreprise reconnue dans le domaine de la conservation des sols, s’intéresse naturellement à l’implantation des couverts : un prototype de combiné de semis et travail du sol a ainsi été présenté au dernier Vinitech à Bordeaux.

Le nouveau mulcheur à stelles présenté au Sima est notamment préconisé pour les opérations de déchaumage et de faux-semis. (©Actisol)

Réinventer la dent

Innover selon Actisol consiste aussi à réinventer sa célèbre dent. En 2015, une nouvelle génération voit le jour visant à renforcer sa robustesse afin d’assurer la qualité de fissuration dans le temps, et de faciliter le changement des accessoires. « Nous avons modifié le process de fabrication dans l’objectif d’obtenir une meilleure résistance à l’usure, explique le dirigeant. Le sabot de fissuration est désormais forgé. Nous avons mesuré la différence en utilisant dans les mêmes conditions les deux types de sabots : la durée de vie est multipliée par 2,5. »

Du point de vue industriel, Actisol fabrique un certain nombre d’outils, notamment les commandes très spécifiques ou les nouveautés vendues en petite quantité. Son atelier compte trois monteurs, deux soudeurs et un peintre, et a recours aux intérimaires pendant la haute saison du printemps. Néanmoins, la stratégie est plutôt de s’appuyer sur des sous-traitants spécialisés (forge, chaudronnerie, découpe laser, pliage, soudure, etc.) et de conserver l’assemblage. « Nous avons la capacité à nous entourer de ces compétences notamment autour de Cholet et dans toute la France, mais aussi en Europe. Nous essayons d’avoir au moins deux fournisseurs pour chaque métier par sécurité, sachant que notre philosophie est de privilégier les partenariats à long terme. Nous ne voulons pas fabriquer le moins cher possible : nous recherchons la qualité et la performance. Nos produits sont premium et nous en sommes fiers. Par exemple, nos châssis viennent de la société Robineau : c’est la porte à côté et c’est une sécurité. »

Carnets de commandes pleins

Actisol fait partie des exemples montrant que la construction de machines agricoles dans l’Hexagone est possible à des tarifs accessibles (prix de vente entre 4 000 et 45 000 euros selon les outils). Pour autant, l’argument « fabrication française » reste secondaire par rapport à celui de l’agronomie selon Freddy Socheleau : « nous communiquons un peu à ce sujet ; les clients apprécient, disons que c’est un plus… »

La difficulté actuelle pour le constructeur est plutôt la disponibilité en main d’œuvre qualifiée. Avec 4 % de chômage environ, le bassin de Cholet est considéré en plein emploi. « Nos sous-traitants ont les mêmes difficultés que nous en matière de recrutement. Et leurs carnets de commandes sont pleins. Nous devons anticiper au maximum : le délai atteint six mois pour certaines pièces, et notre délai de livraison des machines est monté à trois mois. Cette situation révèle d’ailleurs l’intérêt de la relation de fidélité avec nos sous-traitants. Notre entreprise est à taille humaine et il y a une bonne ambiance. Nous avons peu de turn-over. Mais pour recruter, les bons profils sont rares. L’apprentissage est une source intéressante : il permet de rester à la page grâce aux nouvelles générations, et de former de futurs employés. »