« La notion de plaisir dans le matériel, je ne peux pas me la permettre »


TNC le 10/08/2026 à 05:42
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Pour Marc-Antoine Leclercq, agriculteur dans la Somme, le but est de faire le moins d'heures de tracteur possible pour réduire les charges de mécanisation. (© Alida García Populin/Adobe Stock)

Dans notre série « Matériel, charges, prix… Les agris parlent machinisme », retrouvons le témoignage de Marc-Antoine Leclercq, 55 ans, installé depuis 1995 à Avesnes-Chaussoy (Somme) en polyculture-élevage (125 hectares en orge, blé, maïs et colza, 60 vaches laitières).

« Je suis un petit peu revenu de la ferraille. Pour moi c’est simple, le but c’est de faire le moins d’heures de tracteurs possible. J’ai un seul tracteur qui a 8 ans, un Massey Ferguson en 200 ch que j’avais en leasing et qui a été terminé de payer cette année. Il fait 450 heures par an. Je pourrais en acheter un en plus, à 120, 150 chevaux, mais même d’occasion je vais devoir payer encore 45 000 € et puis être parti pour un tour avec des pannes.

J’ai un télescopique Manitou qui a 12 ans, il a 11 000 heures, je sais que je vais devoir le changer un jour ou l’autre. Pareil, j’ai un combiné de semis des années 1980 en 4 m que j’avais racheté d’occasion, amorti depuis longtemps. Cette année, j’ai fait semer par un voisin, il a un Solitair Lemken, car j’ai des problèmes de vulpin et ray-grass. Moi, je ne veux pas me payer ça, même d’occasion. Pour semer 50 hectares, ça ne vaut pas le coup.

« Je n’ai aucun intérêt à mettre 80 000 € dans un bon pulvé »

Pareil pour la pulvérisation, c’est aussi mon voisin qui s’en charge. J’en fais le moins possible, juste un fongicide, un désherbage maïs… C’est à peine entre 250 et 300 hectares annuels en comptant les passages. Donc je n’ai aucun intérêt à mettre 80 000 € dans un bon pulvé.

Au niveau de la Cuma, j’ai juste une faucheuse de 3,20 m pour faire les foins et enrubannages, mais quand je n’ai pas le temps je fais intervenir une ETA qui a une faucheuse à tapis de 9 mètres qui permet de ne pas passer l’andaineur derrière. J’ai également un petit Disc-O-Mulch en 3,5 m.

« Je n’ai plus d’engin de récolte du tout »

Je n’ai plus d’engin de récolte du tout aujourd’hui. J’ai eu une moissonneuse à mon installation, une sans cabine. J’ai une benne 15 tonnes de 1991 pour faire le fumier et j’en emprunte une à l’entreprise pour charrier le blé. Quand je vois le prix de tout ce matériel, je ne regrette pas.

Il y a aussi que je n’ai pas les moyens d’acheter. J’avais un contrat de 900 000 l de lait, je suis redescendu à moins de 500 000. Je suis tout seul, j’en ai assez, avec moins de rentrées donc moins de revenus potentiels à taxer. C’est tout un équilibre précaire mais je suis plus à l’aise dans ce système-là que dans une logique d’investissement permanente. Un bon tracteur dernier cri avec tout le guidage, ce n’est pas mon truc du tout.

« Plus tu as de matos, plus tu as des galères »

Moi aujourd’hui la ferme, c’est zéro emprunt matériel. Il ne va me rester qu’un emprunt ou deux pour avoir acheté des terres dont j’étais locataire. Je ne me sens pas à l’aise dans une vision industrielle de l’agriculture. C’est beaucoup de capitaux et une implication mentale trop importante.  Les investissements, c’est quand même énorme tout le temps. Et plus tu as de matos, plus tu as des galères. Ou alors il faut vraiment des gros moyens pour renouveler régulièrement avant que les ennuis arrivent.

Au niveau des charges, le GNR c’est 11 000 litres par an pour la ferme. La facture avoisine les 12 000 € avec les dernières hausses, avant c’était plus 8 000 €. Pour les pièces, je tourne autour des 3 000 € par an, par exemple pour le vibro ou pour le déchaumeur. Je ne jauge qu’à la trésorerie, c’est le nerf de la guerre. Mon souci, c’est d’arriver à payer mes factures pour qu’il m’en reste un petit peu. La notion de plaisir dans le matériel, je ne peux pas me la permettre. »