Académie d'agriculture de France

La filière viande bovine française : quelles caractéristiques, quels enjeux ?


Claude ALLO, Membre de l'Académie d'Agriculture de France le 11/09/2019 à 15:55
(©AAF)

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La France est le premier pays européen détenteur de cheptel et producteur de viande bovine. Elle occupe une place à part en raison de l'importance de son troupeau allaitant. Quels sont les fondamentaux de cette filière ainsi que ses principaux enjeux économiques et sociétaux? L'Académie d'agriculture de France nous apporte son éclairage.

La filière de la viande bovine a une importance stratégique pour le territoire français et dispose d’atouts solides pour s’adapter en permanence au contexte économique, environnemental et sociétal.

Cheptel et production : une position de leader européen

La France est le premier détenteur de cheptel de l’union européenne grâce à ses cheptels laitier et allaitant. Contrairement au troupeau laitier, dont ses effectifs ont diminué depuis l’instauration des quotas, le troupeau allaitant a augmenté puis s’est maintenu.

Source : GEB-Institut de l’Elevage d’après SSP

1/3 du troupeau allaitant européen appartient à la France

La production totale de viande bovine en France s’est élevée à 1462 milliers de tonnes équivalent carcasse (téc) en 2017, précédant l’Allemagne (1150 milliers téc) et le Royaume-Uni (912 milliers téc).

La France est l’un des seuls pays en Europe à posséder un troupeau allaitant supérieur au troupeau laitier. Elle fait partie des leaders mondiaux en génétique animale et exploite une trentaine de races à petits effectifs aux côtés des 8 grandes races.

La grande diversité des systèmes d’élevages et le savoir-faire des éleveurs caractérisent la filière française.

Une filière complexe, créatrice d’emplois et en constante évolution

Pour la production, les exploitations de petite et moyenne dimension restent nombreuses et sont confrontées au défi de renouvellement des générations. Plus de la moitié des exploitants ont plus de 50 ans et plus d’1 éleveur sur 2 partira à la retraite d’ici 2030.

De plus, les exploitations spécialisées Viande ont vu leurs revenus décrocher depuis 2008. Ils sont inférieurs de 50% au revenu agricole moyen, mais également très dispersés.

Au niveau de l’aval de la filière, les GMS restent le principal circuit de distribution. Cependant, les boucheries artisanales, même en étant minoritaires, possèdent un impact déterminant dans les équilibres de la filière.

La filière génère plus de 300 000 emplois en direct mais aussi en indirect (industries de transformation, boucherie).

Une production et une filière au centre d’enjeux sociaux, territoriaux et environnementaux majeurs

Le système d’élevage allaitant français, c’est :
90% d’autonomie alimentaire ;
65 à 90% d’herbe dans la ration ;
1/3 de prairies permanentes dans la SAU française et 50% en surface fourragère ;
40 à 80% des émissions de méthane émises par les ruminants compensées par les prairies.

Une filière confrontée à une baisse structurelle de la consommation et aux évolutions des habitudes alimentaires

Depuis 1980, la France, comme de nombreux pays occidentaux, a connu une baisse importante de sa consommation de viande par habitant. Les raisons de cette évolution sont d’ordre économique, sociétale ou éthique. Selon l’ANSES, la consommation de viande de boucherie (hors volaille) est descendue en dessous du seuil de recommandation du Plan National Santé Nutrition.

Place de la France dans les échanges

Près d’1 million de broutards sont exportés chaque année, principalement vers l’Italie, l’Espagne, la Grèce et le bassin méditerranéen. Après être devenue autosuffisante en viande dans les années 1950 puis exportatrice nette, la France est désormais structurellement déficitaire d’environ 100 000 T/an depuis le début des années 2000.

Cette évolution traduit un perte de compétitivité et illustre le paradoxe de la filière française. Alors qu’elle dispose du potentiel de production le plus important d’Europe, elle importe près du quart de sa consommation essentiellement sous forme de vaches de réforme laitières destinée à la RHD et l’industrie de transformation.

Les grands défis de la filière Viande Bovine relèvent donc d’une part de l’amélioration de la compétitivité et de la rentabilité et d’autre part de la forte évolution de la consommation et de son repli.

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