Freinage

La filière agroéquipement en pleine incertitude face à l’avenir


TNC le 16/03/2020 à 06:04
Le T7 de New Holland bénéficie de freins hydrauliques intelligents qui détectent si l'outil remorqué dispose d'une simple ou double ligne hydraulique. (©New Holland)

Le T7 de New Holland bénéficie de freins hydrauliques intelligents qui détectent si l'outil remorqué dispose d'une simple ou double ligne hydraulique. (©New Holland)

Dès 2025, les matériels traînés neufs de plus de 1,5 t de PTAC devront être équipés d’un système de freinage double ligne. Cette évolution représente un casse-tête pour les constructeurs qui doivent choisir entre technologie pneumatique et hydraulique.

« Faut-il aller vers le pneumatique ou l’hydraulique ? C’est la question que se pose aujourd’hui le marché de l’agroéquipement français », illustre Guillaume Bocquet, responsable du pôle technique au sein d’Axema. Une question épineuse car le parc français est principalement orienté vers l’hydraulique simple ligne. Cependant, rien ne dit que la tendance ne basculera pas vers le pneumatique à l’occasion du passage obligatoire en double ligne. Une question d’autant plus complexe pour les marques qui exportent à l’international ou qui vendent à l’échelle européenne. Sans compter qu’en France, en Italie et en Espagne, les réceptions nationales sont encore d’actualité pour quelques années.

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Face à cette situation, l’Allemand Horsch a choisi un compromis pour le marché français. « Tous les matériels reçoivent l’homologation européenne en Allemagne avec le freinage double ligne pneumatique. Ensuite, nous les homologuons une seconde fois, selon la réception nationale française, avec un dispositif de freinage simple ligne hydraulique », indique Stéphane Proust. Seuls les plus gros modèles, du type Terrano de 12 m ou Tiger de 8 m, bénéficient d’emblée du freinage double ligne pneumatique. Ils sont destinés aux tracteurs de forte puissance et ne sont pas proposés en réception nationale. New Holland commercialise sa presse-enrubanneuse en freinage double ligne hydraulique depuis 2017. Selon la marque, elle est d’ailleurs la seule sur le marché des matériels traînés à proposer cette technologie au catalogue.

Un enjeu économique majeur

Pour les constructeurs français qui n’ont pas la force de frappe des multinationales, le choix est cornélien. « La mutation du marché n’a pas vraiment démarré. La majorité des ventes se fait encore sur du matériel en simple ligne hydraulique, notamment pour les remorques », détaille Guillaume Bocquet. Un immobilisme prudent mais dangereux qui pourrait voir les agriculteurs se tourner vers des constructeurs européens ayant déjà franchi le pas du freinage double ligne. Une alternative pour trouver l’équipement qui leur convient.

À ce jour, le choix du système de freinage n’est pas forcément technologique, il est surtout stratégique. Une fois que le constructeur a choisi un système de freinage, si le marché se retourne vers l’autre solution, les conséquences financières peuvent être importantes. Surtout que le système d’enveloppe pour l’homologation de plusieurs matériels similaires, via un modèle type, n’est pas possible avec la réception européenne. Comme l’indique Olivier Croix, dirigeant de Monroc Essieux, dans sa tribune publiée sur Terre-net : « la situation pourrait conduire les constructeurs français à réduire l’étendue des gammes. En particulier le matériel de transport, comme les épandeurs dont les variantes sont larges », précise Guillaume Bocquet.

Technologie pneumatique vs hydraulique

Le freinage pneumatique double ligne est déjà relativement répandu et la technique est maîtrisée. La plupart du matériel homologué à 40 km/h en bénéficie déjà. La technologie double ligne hydraulique existe aussi. Son avantage : elle est moins encombrante que le système pneumatique. Un atout important sur du matériel compact ! La Safim, société italienne, a déjà homologué plusieurs systèmes de freinage double ligne hydraulique dans plusieurs pays européens. Et ce n’est pas la seule.

« Notre solution est peu encombrante avec un accumulateur mais elle nécessite un branchement électrique. L’autre installation, un peu plus volumineuse au niveau de l’essieu avant, ne nécessite pas de branchement électrique », détaille Maurizio Collavini, chef de projet de l’entreprise. Depuis quelques mois, il constate une hausse de la demande d’informations au sujet des systèmes de freinage hydraulique de la part du marché français. Au dernier Sima, Leboulch a notamment exposé son prototype de benne équipée par Safim. En Italie, une partie du parc d’outils traînés de Maschio Gaspardo bénéficie déjà du système double ligne hydraulique.

Les tractoristes ont un rôle à jouer dans la compatibilité

Si la compatibilité tracteur/matériel préoccupe les fabricants de remorque, elle est également étudiée par les tractoristes. Sur les tracteurs de forte puissance, les marques privilégient les freins à air double ligne complétés par une simple ligne hydraulique. C’est le cas sur les gammes T8 et T7 de New Holland, ou pour les séries 900 à 400 de Claas.

Pour les modèles plus faibles, les constructeurs favorisent plutôt la double ligne hydraulique. Certains, comme New Holland, offrent même la possibilité de bénéficier d’une double ligne hydraulique, pneumatique voire les deux. Idem chez John Deere, sur les séries 7R et 8R. À souligner que l’option provoque un surcoût de 3 700 € chez New Holland et de 3 900 chez John Deere. Cependant, c’est une solution pour garder du choix lors des prochains investissements. À souligner que les deux marques proposent un système de détection pour s’adapter en fonction des freins de l’outil.

« Le problème concerne surtout les vieux tracteurs, équipés d’une simple ligne hydraulique. Ils ne seront plus compatibles avec du matériel traîné neuf à double ligne. Le risque : que les agriculteurs ne connectent pas les flexibles de frein », alerte Guillaume Bocquet. Selon lui, des solutions techniques existent, sûres, mais qui ne sont pas encadrées par le système d’homologation européen. « Nous travaillons pour proposer une réglementation au niveau national. Ce serait dommage que les agriculteurs mettent en place ce type de système eux-mêmes sans garantie de fonctionnement, et qui pourrait s’avérer extrêmement préjudiciable d’un point de vue sécurité » souligne-t-il.