Conjoncture agricole

La Ferme France : une éclaircie en 2017, mais un horizon toujours sombre


Communication agricole le 20/02/2018 à 13:25

Au terme d'une année 2017 un peu meilleure sans parvenir cependant à panser les plaies de l'annus horribilis 2016 pour les éleveurs et les céréaliers, l'agriculture française garde un statut de champion européen mais affronte un avenir incertain.

La « ferme France » reste la première en Europe, mais sa part en valeur dans la production agricole de l’Union européenne a encore diminué à 16,8 % en 2017, contre 17,3 % en 2016. La France atteindrait près de 72 milliards d’euros de production en 2017, devant l’Allemagne (56,7 milliards), l’Italie (54,8 milliards), et l’Espagne (49,2 milliards). Si en France, l’industrie agroalimentaire demeure un pilier de l’économie avec 184 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’export se porte mal : l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français a lourdement chuté en 2016 à 6,1 milliards contre 9,4 milliards en 2015, plombé par la chute des exportations de céréales et la hausse des importations. Cet excédent a poursuivi sa chute en 2017 à 5,7 milliards.

La part de l’agriculture et des industries alimentaires dans l’économie française a chuté de près de moitié depuis 1980, essentiellement à cause de la baisse des prix des produits agricoles depuis 25 ans. L’agriculture et l’agroalimentaire pesaient 3,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014, contre plus de 6 % en 1980. L’agriculture seule a encore vu sa part baisser en 2016, de 1,7 à 1,6 %. Et ces deux secteurs ne représentaient guère plus de 5 % des emplois, avec environ 1,4 million de salariés et non-salariés.

Depuis plus de 30 ans, la tendance est la même : les petites exploitations disparaissent au profit de structures moins nombreuses mais plus grandes. La France a perdu plus de la moitié de ses exploitations en 25 ans. Selon le dernier recensement de 2015, il y a 474 000 fermes dans l’Hexagone contre plus d’un million à la fin des années 80, et 664 000 en 2000. La superficie moyenne s’est accrue nettement. Elle atteignait environ 61 hectares en 2013 contre 43 en 2000.

Après des années très difficiles, les filières d’élevage ont pour la plupart vu les prix remonter en 2017. Les prix du porc se sont raffermis (+ 6 %) malgré un repli à partir de mai. Le prix du lait a progressé de 13,2 %, résultat des efforts des éleveurs laitiers, qui ont sacrifié une grosse part de leur cheptel pour contenir voire diminuer la production de lait et ainsi faire remonter les cours. Les céréaliers, après une récolte 2016 catastrophique, la faute notamment à de graves inondations, ont produit une belle récolte en 2017. Mais ils font face à un problème de taille : avec l’effondrement persistant des cours mondiaux et la concurrence de pays comme l’Argentine et surtout la Russie, les objectifs d’exportations, notamment du blé, ne cessent d’être revus à la baisse, malgré la conquête de nouveaux marchés. Pour les productions végétales, les prix sont repartis à la baisse (- 4,4 % en moyenne), en raison du repli des betteraves et des légumes, y compris les pommes de terre, dont les prix se sont effondrés de 40 % du fait d’une offre en forte hausse.

Conséquences d’années très difficiles, les défaillances d’exploitations agricoles – liquidations et redressements judiciaires ou placements en sauvegarde – ont encore augmenté en 2017, à contre-courant du reste des entreprises françaises. Sur douze mois à fin septembre, 1 281 défaillances d’entreprises agricoles ont été répertoriées, soit une hausse de 6,7 % par rapport aux douze mois précédents. Le chiffre des défaillances agricoles ne cesse de progresser depuis plusieurs années : 1 241 défaillances d’exploitations (+ 9,1 %) avaient été répertoriées en 2016, 1 137 en 2015 (+ 1,2 %), 1 123 en 2014 (+ 11,5 %), et 1 007 en 2013 (+ 2 %).

En matière de revenus, la MSA, sécurité sociale des agriculteurs, estime pour 2016 que 30 % des agriculteurs avaient un revenu inférieur à 350 euros par mois, avec un revenu moyen compris entre 13 000 et 15 000 euros annuels, soit entre 1 083 et 1 250 euros par mois.

Sources : Agreste, Insee, Eurostat, Banque Mondiale, Coface