400 ha au compteur… avant même de quitter l’usine !


TNC le 07/09/2026 à 05:54
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Les constructeurs pourraient créer un double virtuel du tracteur en vue de simuler davantage de scénario et ainsi valider certaines fonctions avant même de mettre les roues au champ. (© Adobe Stock)

Et si une partie des essais de votre prochain tracteur avait déjà été réalisée avant même que la machine ne quitte l’usine ? Le « jumeau numérique » permet aux constructeurs et aux chercheurs de faire travailler la copie virtuelle de l’engin, notamment pour tester ses fonctions liées à l’automatisation. La technologie pourrait progressivement changer la façon dont les futurs tracteurs sont mis au point.

400 hectares… sans mettre une roue au champ. Imaginez un tracteur qui travaille pendant des mois sans consommer un litre de gazole, sans tasser le sol ni même sortir de l’ordinateur. C’est exactement ce qu’a expérimenté AgXeed lors du développement de son AgBot autonome.

Son « jumeau numérique » a commencé à fonctionner environ neuf mois avant que le moteur ne démarre vraiment. Pendant cette période, l’engin a travaillé 400 ha virtuellement. Lorsque le véritable AgBot a finalement été mis en route, l’essai en situation réelle s’est déroulé moins de deux semaines plus tard. Gain de temps donc…

Le tracteur virtuel reproduisait les différents comportements de la machine et permettait surtout de faire travailler son système d’autonomie. Les ingénieurs pouvaient ainsi vérifier la façon dont le robot recevait ses missions, se localisait, suivait la trajectoire ou réagissait face aux informations remontées par les capteurs.

L’intérêt est simple : provoquer les éventuelles erreurs de programmation dans l’ordinateur plutôt que dans la parcelle.

La copie apprend avant l’original

Le principe du « jumeau numérique » n’est donc pas de générer une pale représentation 3D de la machine. L’idée est de reproduire le plus fidèlement possible son fonctionnement pour lui faire exécuter les mêmes tâches que si elle était au champ, mais de manière virtuelle.

Dans le cas de l’AgBot, le logiciel utilisé pour planifier les interventions pouvait ainsi envoyer les missions au tracteur virtuel, comme il le fait avec le véritable robot. Le jumeau simulait ensuite les informations provenant des capteurs et renvoyait ses données vers l’environnement numérique du système de pilotage. Plusieurs copies virtuelles pouvaient même fonctionner simultanément pour tester différents scénarios.

Pour l’agriculteur, l’intérêt peut sembler moindre. Il faut surtout chercher du côté de la fiabilité des fonctions numériques des futurs tracteurs. Car plus les machines embarquent d’électronique, de capteurs et de logiciels, plus les essais nécessaires avant leur mise sur le marché deviennent nombreux.

Tester virtuellement une évolution permet aussi de multiplier les situations sans mobiliser une machine, un chauffeur, un tracteur d’essai et une parcelle. Bien sûr, cela ne vise pas à remplacer les essais réels au champ, mais la technologie pourrait permettre de les réserver aux situations qui nécessitent réellement une machine physique.

Le tracteur traditionnel entre à son tour dans le virtuel

Jusqu’ici, le concept pouvait sembler surtout destiné à la robotique agricole conçue autour de l’autonomie. Une étude publiée fin juillet 2026 par des chercheurs de la Technical University of Munich montre qu’il gagne aussi les tracteurs agricoles plus conventionnels.

Les chercheurs ont créé un « double numérique » de leur tracteur de recherche, l’AMX G-trac, modèle basé sur le Lintrac 130 du suisse Lindner. La version virtuelle permet de reproduire le comportement du tracteur et d’échanger avec ses installations électroniques. Des essais ont ensuite été réalisés à la fois sur la machine réelle et sur sa version numérique afin de comparer leurs réactions respectives.

Les premiers résultats sont plutôt encourageants. Pour les mouvements latéraux, le comportement du modèle virtuel comporte entre 5 et 10 % d’écart par rapport au tracteur réel. En revanche, la simulation ne reproduit pas correctement certains phénomènes tels que l’accélération. Les chercheurs considèrent donc cette première version comme une base de travail plutôt que comme une copie parfaite du tracteur.

Et la suite devrait être particulièrement intéressante pour la filière agroéquipement. Les scientifiques prévoient d’intégrer davantage de fonctionnalités, comme le circuit hydraulique ou les interactions tracteur-outil.

Tester un chantier avant de le réaliser ?

C’est probablement là que la duplication numérique pourrait devenir intéressante pour les agriculteurs.

Aujourd’hui, le constructeur peut tester virtuellement une partie du comportement d’un tracteur. Demain, pourquoi ne pas simuler également une combinaison tracteur-outil, des réglages ou certaines conditions de travail ?

Nouvelle fonction d’automatisation, réglage différent ou stratégie de travail pourrait sans doute être testée, dans différentes situations, avant même de sortir la cavalerie. Cela multiplierait le nombre de scénarios validés, aiderait à identifier les anomalies et permettrait de corriger le logiciel avant que les tracteurs ne soient livrés aux exploitants.

Bien entendu, les essais physiques resteraient indispensables pour tout ce qui a trait aux efforts mécaniques, à l’usure des pièces, aux pneumatiques et aux conditions de terrain. Les travaux menés autour de l’AgBot le montrent clairement : le numérique ne supprime pas les essais réels, mais permet de réduire la quantité de problèmes découverts une fois dans le champ.

À terme, le « jumeau numérique » pourrait donc devenir une étape presque invisible dans le développement d’un nouveau tracteur. Lorsque l’agriculteur réceptionnera son achat, ce dernier aura déjà réalisé pas mal d’heures de travail… du moins son double virtuel !