Pour la santé, une alimentation diverse plutôt que des aliments enrichis
AFP le 23/10/2026 à 11:10
Pour la santé, les aliments enrichis ne peuvent pas remplacer les bienfaits d'« une alimentation diversifiée », prévient Irène Margaritis, chef de l'unité d'évaluation des risques liés à la nutrition, à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Comment expliquez-vous ce boom dans les rayons d’aliments enrichis porteurs de promesses de santé ?
« Je ne sais pas si c’est un boom, ou si ça a toujours existé, mais les moyens de communication facilitent la communication des industriels. Avec les réseaux sociaux, le placement de produits dans les vidéos Tiktok ou de youtubers, les gens sont bombardés, et ça fait boule de neige. On a eu la vague protéines, on va avoir la vague fibres, tout fonctionne par vagues. »
Les allégations autour des aliments et des compléments alimentaires sont encadrées par une réglementation de 2006. Comment les évaluations sont-elles réalisées ?
« Il y a deux modalités pour autoriser des allégations santé. Soit l’industriel pioche dans la liste autorisée, enrichie en permanence sur la base des évaluations de l’Efsa (Agence européenne de sécurité des aliments, NDLR). Soit il a trouvé une relation entre une substance et un effet fonctionnel : il présente son dossier, et si celui-ci est évalué positivement par l’Efsa, il a l’autorisation d’utiliser cette allégation, rien que lui, pendant cinq ans avant qu’elle ne tombe dans le domaine public. »
Jugez-vous cet encadrement suffisant ?
« L’autorité européenne est assez exigeante, elle demande des études cliniques, c’est ce qui a aussi provoqué la colère des industriels à la mise en œuvre du règlement.
(Mais) il faut comprendre que les effets revendiqués peuvent exister sur une minorité de personnes, voire ont pu être mis en évidence dans des études cliniques menées d’une certaine façon et qui ne concernent pas forcément le consommateur qui va aller prendre le produit. Le problème est qu’on va généraliser un effet qui peut être très marginal. »
A-t-on besoin d’aliments enrichis ?
« Si vous avez une alimentation diversifiée, normalement vous ne manquez de rien. Même chez les sportifs, l’alimentation peut à elle seule couvrir tous les besoins. Pour ce qui est des nutriments (vitamines, minéraux, acides gras, protéines, fibres, glucides…), il faut aussi savoir qu’on n’a pas d’effet additionnel quand on en consomme plus. En France en général, les déficits que l’on a c’est en vitamine D, pour les os, et en fibres, dont la moyenne de l’apport est la moitié de ce qu’elle devrait être. »
Est-ce qu’un aliment enrichi pourrait être utile, par exemple pour des consommateurs qui n’auraient pas le temps de cuisiner ?
« On ne pourra jamais équilibrer nos apports alimentaires simplement par le biais de compléments ou d’aliments enrichis. Ça ne peut pas fonctionner parce que ça ne peut pas être complet. La complexité de l’alimentation et la complémentarité de toutes les vitamines, minéraux et substances qui s’y trouvent est impossible à mimer.
Ce n’est pas parce que j’ai vais apporter des fibres artificiellement que ça va marcher. Les fibres, c’est dans les légumes, où c’est plusieurs fibres, sans compter tous les microconstituants et les polyphenols hyperprotecteurs. »