Sécheresse : « J’avais du fourrage en stock et je suis assurée »
TNC le 22/10/2026 à 05:37
Malgré son installation récente, Aurélie Lefebvre a mieux traversé la sécheresse et les canicules de l’été 2026 que beaucoup d’éleveurs. Une trésorerie saine, des stocks de fourrage suffisants et une assurance climatique lui ont permis d’amortir le choc.
« Je devrais pouvoir passer l’hiver mais il faut qu’il soit pluvieux pour reconstituer les stocks fourragers qui seront à zéro. Sinon l’année prochaine, je serai dans le même cas que de nombreux producteurs cette campagne », confie Aurélie Lefebvre, rencontrée au Space 2026. Installée en bovins lait depuis seulement quatre ans en Mayenne, cette jeune éleveuse sait qu’une succession d’aléas climatiques peut rapidement fragiliser l’équilibre économique d’une exploitation reprise récemment.
Les investissements liés à l’installation sur la ferme et les emprunts à rembourser laissent peu de marge face à un été aussi difficile qu’en 2026. « Nous ne nous attendions pas à ça dans notre département, encore moins en zone humide », résume-t-elle avant d’évoquer les conséquences sur l’état des animaux. Avec la vague de chaleur de juin, la production a chuté de 8 kg par vache.
Aménager les bâtiments différemment
Quand les fortes températures se sont répétées et qu’il n’y avait plus d’herbe, « elles ne voulaient plus sortir ». Alors l’éleveuse a aéré la stabulation autant que possible, ouvert les portes en mettant des barrières, enlevé les translucides, pour faire des courants d’air. « Dans la région, la plupart des étables sont fermées. Bientôt, ce ne sera plus possible avec le changement climatique qui s’accélère ! », lance-t-elle, consciente qu’il faudra qu’elle aménage ses bâtiments en conséquence. « Les bêtes supportent bien mieux le froid que le chaud », souligne-t-elle.
Les vaches sont restées couchées sur l’aire paillée durant quasiment toute la période estivale, au lieu de l’être sur l’herbe à l’extérieur. D’où une hausse du taux de cellules dans le lait et des mammites. Ayant récolté son foin dans de bonnes conditions, la jeune exploitante s’inquiète surtout pour le maïs ensilage, le rendement moyen a été divisé par 3 : 3 t/ha au lieu de 9 à 10 t/ha. Or, avec le manque d’herbe, « il va être consommé plus vite ».
« Trésorerie négative pour nombre de jeunes installés »
Sur une SAU de 125 ha, une quarantaine sont dédiés à cette culture. Aurélie a récupéré des surfaces supplémentaires pour cette campagne, « une bonne chose » pour pallier les faibles rendements de cette année. Elle envisage, par ailleurs, de ne pas semer de colza l’an prochain au profit du maïs. « Il va peut-être falloir à l’avenir s’intéresser aux variétés cultivées dans le sud de la France, voire si elles pourraient convenir ici et pour les vaches laitières (85 à 90 de Prim’holsteins à la traite) », s’interroge la jeune éleveuse.
L’exploitation est reliée à un forage pour l’alimentation en eau. « À la fin de l’été, il n’était pas à sec contrairement à plusieurs aux alentours », se réjouit-elle espérant pouvoir « continuer à gérer comme ça ». Vice-présidente de Jeunes Agriculteurs au niveau départemental, elle appelle à la solidarité entre départements et entre agriculteurs pour apporter des fourrages aux plus touchés, via des achats groupés notamment pour faire baisser les prix.
« Les jeunes agriculteurs ne sont pas assez assurés »
En charge de l’installation, elle voit de plus en plus de jeunes installés avec une trésorerie déficitaire dès le départ ou à 4 ans, au terme de leur prévisionnel, et qui « ne sont pas assurés pour les risques climatiques », insiste-t-elle. « Quand je l’ai rejointe, la ferme l’était, je me suis tout de suite dit que c’était important », explique la jeune productrice qui ne regrette pas son choix, que ce soit pour les prairies l’an passé, ou le maïs cette campagne. « Mes pertes vont être indemnisées, appuie-t-elle. L’assurance permet de racheter du stock. »
Selon elle, les jeunes agriculteurs ne sont pas assez nombreux à s’assurer ni suffisamment sensibilisés aux risques climatiques au cours de leur parcours d’installation. C’est pourquoi elle salue l’obligation d’un diagnostic climat dans la nouvelle DJA mise en place en Bretagne (voir encadré ci-dessous). « Les futurs installés s’assureront-ils pour autant ?, se questionne-t-elle. Combien ont pris cette décision après une année 2025 déjà compliquée sur le plan climatique ? »