Aides, eau : avec 2,3 milliards de pertes en maïs, l’AGPM appelle à un « sursaut »


TNC le 20/10/2026 à 14:40
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Franck Laborde, président de l'AGPM, a dressé le 20 octobre le bilan de la campagne de maïs, après un été catastrophique. (© TNC)

Après un été record en matière de climat, la production française de maïs grain atteint son plus bas niveau depuis 1976. Face à cette situation, l’AGPM appelle le Gouvernement à accompagner davantage les producteurs pour redémarrer la campagne 2027, et demande un accès facilité aux moyens de production désormais indispensables dans un contexte de changement climatique, comme le stockage de l’eau.

Si les producteurs de maïs étaient depuis plusieurs années « dans un schéma de revenus déficitaires », « aujourd’hui nous avons franchi un cap supplémentaire », déplore Franck Laborde, président de l’AGPM, en dressant un premier bilan de l’année, le 20 octobre. Pénalisée par la succession des canicules et l’absence de pluies sur plusieurs mois, la production française de maïs grain a chuté à 7,04 Mt, selon les estimations d’Arvalis, soit la production la plus faible depuis 1976. A la baisse de plus de 10 % des surfaces semées s’ajoutent 232 000 ha de transferts (vers la méthanisation ou le fourrage), et une baisse de rendement historique à 45,9 q/ha pour le maïs pluvial, et 96,7 q/ha pour le maïs irrigué.

« Dans certains territoires, des exploitations n’ont rien récolté en maïs grain », constate Franck Laborde, qui évoque une perte de chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros pour la ferme maïs française. « Si le changement climatique y est pour beaucoup, l’impréparation de notre Nation à pouvoir produire en agriculture en est une des grandes raisons », ajoute-t-il, appelant des réponses de la part des pouvoirs publics.

Plan CASI, engrais, dérogations… pour un soutien à hauteur de 450 €/ha

Pour parer à l’urgence et permettre aux producteurs de maïs de redémarrer la campagne 2027, l’AGPM demande, comme les autres associations spécialisées en grandes cultures de la FNSEA, une aide à hauteur de 450 €/ha. Il ne s’agit pas uniquement d’aides directes, mais d’un cumul de plusieurs leviers. Le syndicat attend toujours, par exemple, la dérogation pour ne pas implanter d’intercultures, alors que les sols sont trop secs, ce qui permettrait d’économiser entre 150 et 230 € par hectare.

En parallèle, l’AGPM déplore les faiblesses du plan CASI, déployé en septembre, sur lequel seulement 300 à 400 M€ « d’argent neuf » a été fléché. « Dans mon département, certains agriculteurs ne demandent même pas à être bénéficiaires, ils considèrent que ces miettes distribuées ne sont pas la solution », constate Franck Laborde.

De même, le guichet engrais, ouvert en juillet et dont la période a été étendue du 1er juin au 31 décembre 2026, « n’est pas adapté aux périodes d’achat des maïsiculteurs », déplore le président de l’AGPM, qui demande à ce que l’accessibilité à l’aide soit rétroactive au 1er mars 2026. « La semaine dernière, sur les plus de 140 M€ de ce plan engrais, seulement 14 M€ avaient été demandés à FranceAgriMer », avance Franck Laborde pour appuyer son propos.

Développer enfin le stockage de l’eau 

A plus long terme, l’année climatique 2026 pourrait se reproduire plus fréquemment, ce qui rend d’autant plus prégnante la question des moyens de production et en premier lieu, celle de l’accès à l’eau, explique l’AGPM. Le syndicat se félicite du vote de la loi d’urgence agricole, qui prévoit de faciliter la construction d’infrastructures de stockage pour doubler les réserves d’eau d’ici 2035, et demande à ce que ce volet fasse partie des premiers décrets à sortir. « Nous sommes le deuxième pays en Europe qui reçoit le plus de précipitations », rappelle le président de l’AGPM, alors que seules 10 % des surfaces agricoles sont irriguées en France (contre plus de 20 % dans le monde).

Or, l’irrigation a permis cette année, quand toutes les conditions étaient réunies (volume suffisant, type de sol, démarrage précoce…), de sécuriser le rendement. Néanmoins, les systèmes actuels ont été construits « sur des besoins de 6 mm/jour en moyenne », explique Franck Laborde. « Avec le changement climatique, on a eu quelques jours à 10, 11, 12 mm de besoins », ajoute-t-il, « d’où la nécessité de reparamétrer, de réinvestir et de se remettre à niveau ».  

« L’agriculture a trop été perçue comme un secteur à accompagner, à perfuser, elle doit être considérée comme un secteur à investir. Nous avons vraiment besoin d’un sursaut ! », insiste le président de l’AGPM. Au-delà du climat, ces investissements deviennent également incontournables de fait de l’instabilité géopolitique actuelle : « importer notre alimentation est un risque que nous ne devrions pas courir en France », ajoute-t-il, appelant à protéger davantage les agriculteurs français et européens des concurrences déloyales.