Taxe sur les produits sucrés : « arrêt de mort » ou contrainte « nécessaire » pour l’agro-industrie ?


AFP le 20/10/2026 à 09:28

« Matraquage fiscal », « condamnation » : un projet de taxe sur les produits sucrés dans le budget de la Sécurité sociale suscite une levée de boucliers des lobbys de l'industrie alimentaire, mais quelques voix plus discrètes y voient une contrainte « nécessaire ».

La mesure, discutée à partir de mardi à l’Assemblée nationale, prévoit d’étendre la « taxe soda » aux produits préemballés sucrés les plus riches en sucre (viennoiseries, pâtisseries, glaces, biscuits et gâteaux industriels, céréales, confiseries et produits chocolatés). Des paliers sont destinés à inciter les industriels à réduire le taux de sucre dans les recettes et in fine les maladies associées.

Avant même son officialisation dans le projet de budget, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) s’est insurgée contre une « catastrophe annoncée » qui « frappera de plein fouet le pouvoir d’achat des Français » et un « arrêt de mort » pour certaines entreprises agroalimentaires. Une position « totalement prévisible », selon un membre du collectif Inside Track, qui rassemble de hauts cadres de grands groupes industriels souhaitant faire évoluer les pratiques de l’intérieur grâce à des prises de parole anonymes.

« Nous sommes à l’os », explique-t-il en référence aux marges faibles et au manque d’investissements chronique dans l’agro-industrie française, dont les approvisionnements agricoles ont été éprouvés par la sécheresse. « Mais je ne crois pas à la régulation naturelle du marché pour améliorer la santé des consommateurs. La « taxe soda » a entraîné des reformulations et des réductions du sucre, ça devrait marcher aussi pour les produits transformés », ajoute-t-il.

Statu quo nocif

Selon lui, les industriels ont plutôt tendance à rajouter du sucre, exhausteur de goût, pour remplacer d’autres ingrédients, surtout dans les produits les moins chers. Les députés de la commission des Affaires sociales ont d’ailleurs proposé d’étendre la taxe au-delà des produits sucrés, pour inclure les plats salés contenant du sucre. La « contrainte peut être source d’innovation », renchérit un autre membre d’Inside Track, qui salue les critères sur les additifs et les édulcorants dans la taxe.

« Ca demande des efforts de reformulation, parfois des investissements sur les lignes de production. Mais quand on voit les taux d’obésité qui augmentent, prôner le statu quo se fait au détriment de la santé. La réglementation peut être nécessaire. » Les deux membres du collectif soulignent toutefois le « manque de vision » du gouvernement avec une taxe sans réflexion sur l’éducation au goût, sans structuration des filières d’arômes naturels ou perspectives d’investissement stables pour les entreprises.

Quelques acteurs, dont les entreprises agroalimentaires bio, ont osé soutenir publiquement la taxe. Le Synabio demande toutefois un meilleur ciblage, notamment sur les sucres ajoutés, pour ne pas pénaliser les petites entreprises. Les députés ont proposé en commission de ne pas taxer ces dernières ni les artisans.

« Pression »

Pour Céline Bonnet, économiste à l’Inrae, ces petits acteurs sont souvent ceux qui font des efforts, quand les gros industriels « ne bougent pas sans obligations financières fortes » par peur de perdre des parts de marché. « La France est championne de l’engagement volontaire, que ce soit pour le Nutri-Score ou les changements nutritionnels, mais on sait que ça a très peu d’effet », explique-t-elle, en référence aux accords de filières sur des trajectoires communes de réduction de sucre, de sel ou de gras.

Ces accords sont promus par la ministre de l’agriculture et de l’agro-alimentaire Annie Genevard (LR), qui les préfère aux taxes, à l’image de la droite au Parlement. Le bloc central est plus divisé quand il s’agit de santé. La gauche, favorable à la taxe, est elle prise à parti. « On reçoit beaucoup de messages et de pression » de certaines entreprises qui disent « que l’on va tuer les petits producteurs », relate Sandrine Runel (PS).

Pour Céline Bonnet, l’opposition de l’industrie est impressionnante par rapport à l’impact de la taxe, qui rapporterait en l’état 300 millions d’euros et serait « répercutée » sur les consommateurs, « comme l’a été la taxe soda » à hauteur de quelques centimes par sachet de bonbons, paquet de biscuit ou crème dessert. Et ce, même dans un contexte de négociations tendues avec la distribution et de pouvoir d’achat contraint.