Au Salon de l’alimentation, une bataille de tendances et une guerre de marchés
AFP le 15/10/2026 à 13:15
Temple des grandes tendances de l'agroalimentaire, le salon international de l'alimentation (Sial) de Paris ouvre samedi, rendez-vous d'affaires et de lobbying politique, notamment pour une filière française à la peine, en ces temps de bouleversements géopolitiques et commerciaux.
Organisé tous les deux ans, cet événement professionnel, dans le top trois de la catégorie avec Cologne et Dubaï, accueillera sur cinq jours 8 000 exposants du monde entier, mais aussi des ministres français, des élus locaux ou lundi des ministres de l’agriculture du G7.
Alors que 300 000 visiteurs sont attendus, l’enjeu est criant pour la France, 5e exportateur mondial de produits alimentaires, dont l’excédent commercial (produits agricoles et produits alimentaires transformés) n’a cessé de diminuer pour atteindre juste l’équilibre en 2025, un plus bas historique.
Sur les sept premiers mois de 2026, il a légèrement rebondi, à 600 millions d’euros ; mais c’est 1,8 milliard de moins que la moyenne 2023-2025.
« L’exportation est un débouché indispensable pour l’industrie agroalimentaire », souligne Yannick Fialip, dont le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires (CNPA) appelle à mobiliser la diplomatie française, mieux accompagner les entreprises à l’export ou promouvoir les produits.
Le secteur souffre de marges faibles par rapport à certains de ses voisins et manque d’investissements pour adapter ses infrastructures. Une proposition de taxe sur les produits transformés sucrés dans le projet de budget 2027 a suscité une levée de boucliers du lobby du secteur qui y voit une « condamnation » des outils industriels. « Moins d’usines en France, c’est mécaniquement plus d’importations dans nos assiettes », assure l’Ania, l’Association nationale des industries alimentaires.
La filière regarde avec envie le rival italien, notamment pour sa capacité d’organisation et de promotion des producteurs. Détrônant à nouveau les Français, l’Italie sera le premier pays exposant au parc des expositions de Villepinte, avec près de 700 stands.
L’Inde, pays partenaire
Pour la première fois, le salon aura aussi un « pays partenaire », l’Inde, avec près de 150 exposants. C’est le pays lui-même qui « a témoigné son intérêt », explique le directeur du salon, Jean-Gabriel Mollard. « Cela correspond à sa montée en puissance sur la scène de la food, à sa structuration, sa volonté d’être présente (…). Le marché européen est intéressant, il a un fort pouvoir d’achat », ajoute-t-il.
Mais l’inverse est vrai, au moment où l’UE vient de signer un accord de libre-échange avec New Delhi, note Rodolphe Lameyse, directeur Food & Beverage de la société organisatrice du Sial, Comexposium. « L’Inde, c’est 1,5 milliard d’habitants, une classe moyenne en développement, donc un marché à fort potentiel pour l’économie européenne dans un moment où les frontières n’ont jamais été aussi fermées d’un point de vue économique entre l’Europe et la Chine, l’Europe et les Etats-Unis. Accueillir l’Inde, ou le Canada, est un formidable signal qu’on envoie à la filière agroalimentaire ».
Alors que le secteur en France en particulier traverse une passe difficile, le salon veut « faciliter les échanges », multipliant mises en relations, sessions sur l’export…, dit M. Lameyse. L’endroit sera aussi l’occasion de découvrir des tendances nouvelles, promises à durer plus ou moins.
Les ministres de l’agriculture du G7 échangeront notamment « avec des entreprises sur des produits alimentaires innovants », indique le ministère français. « Ce qu’on voit au Sial est vraiment représentatif de l’innovation mondiale », qui crée environ 30 000 produits alimentaires nouveaux par an, assure Xavier Terlet, dirigeant du cabinet ProtéinesXTC.
Il sera question d’« hyperfonctionnalités » (avec des objectifs précis assignés à l’aliment), d’arrivée massive de fibres, de « protéines partout » encore et toujours, de boom du collagène jusque dans les confitures ou les boissons, et de « beaucoup de produits destinés à la femme ».
« On va beaucoup plus loin dans la promesse » de bienfaits aux consommateurs, constate M. Terlet, sur fond de législations d’ailleurs très variables d’un pays à l’autre.
Le poulet « sous toutes ses formes » sera en vedette, de même que les « mélanges inattendus », les bouchées en tout genre ou les produits coréens. Et puis l’ube, igname philippine de couleur violette, connaîtra-t-elle le succès du matcha ? Ce Sial se déploiera sur 280 000 m2, nécessitant la construction de deux pavillons provisoires supplémentaires. En 2028, il s’étendra jusqu’au parc du Bourget.