Après l’été 2026, les agriculteurs face à l’accélération du temps


Académie d'Agriculture de France le 13/10/2026 à 10:41
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Au cours des siècles passés, l’agriculture française a connu un grand nombre de difficultés, de
crises et de problèmes de toutes sortes : entre les guerres, les incidents climatiques, les périodes de
surproduction ou les parasites, les soucis n’ont pas manqué. Ils ont souvent mis en péril les récoltes,
les recettes et donc les revenus, et, à chaque fois, avec le temps et beaucoup d’efforts, les agriculteurs
ont toujours fini par les surmonter.

Une situation totalement nouvelle

En 2026, la situation est bien différente : les difficultés auxquelles doivent faire face les agriculteurs se sont
accumulées dans un temps record.

Les réponses à faire ne sont pas simples. Et pourtant, il faut que les agriculteurs y répondent le plus
rapidement possible car, s’ils tardent trop, c’est l’avenir même de leurs exploitations qui sera menacé.

Rappelons les faits :

  • Depuis le début de l’année 2025, la France et l’Europe ont vu leurs exportations freinées ou rendues
    plus coûteuses en raison des 15 % de droits de douane imposés par les États-Unis. C’est en particulier
    le cas des vins et des alcools, alors que ce secteur était déjà à la peine ; mais d’autres exportations sont
    également touchées.
  • La guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz renchérissent considérablement le coût des engrais azotés, dont les pays du Golfe sont de grands producteurs.
  • Il en est de même des plastiques, beaucoup utilisés en agriculture.
  • Le même phénomène a renchéri le prix du pétrole et du gaz, avec des conséquences identiques.

Dans un contexte international préoccupant, l’année agricole 2026 s’avère catastrophique pour de très
nombreux secteurs, en raison d’une succession de canicules hors du commun et de la sécheresse induite.

Les principales pertes de production concernent les fruits et légumes, les pommes de terre et les betteraves
à sucre, le maïs et le tournesol ; en revanche, les céréales d’hiver et le colza ont été moins gravement touchés.

Les productions animales ne sont pas en reste : de nombreuses volailles sont mortes, tandis que les prairies
ne produisent plus rien, obligeant les éleveurs à utiliser les réserves prévues pour l’hiver. Ces pertes ne seront
évidemment pas complètement compensées par les aides publiques ou les interventions des compagnies
d’assurance. De plus, on sait que le renouvellement de tels incidents climatiques sera plus fréquent et
possiblement plus sévère.

Enfin les agriculteurs sont très largement soumis aux aléas des marchés mondiaux, non seulement pour
leurs approvisionnements mais aussi pour leurs ventes.

Un ensemble de décisions importantes à prendre, parfois dans l’urgence

Dans ce contexte accablant, les agriculteurs doivent prendre un ensemble de décisions, tout d’abord à court
terme, à moyen terme et même à long terme.

À court terme

À court terme, il leur faut tenir financièrement jusqu’à la prochaine récolte. Outre les aides de l’État et
l’intervention des assurances, ils devront faire appel à leurs coopératives, à leur banquier ou à la MSA afin d’obtenir quelques aménagements de leurs dettes. Certaines échéances seront renégociées, des factures laissées en attente…

À moyen terme


À moyen terme (un ou deux ans, peut-être un peu plus), les agriculteurs doivent profondément revoir leurs
assolements : certaines cultures devront être supprimées ou transférées du printemps à l’hiver, réduisant ainsi
le risque de pertes dues à la sécheresse ou à une canicule toujours menaçante.
De nouvelles cultures, moins gourmandes en eau, sont à envisager comme la luzerne, le sorgho ou diverses
légumineuses. Évidemment, les variétés résistantes à la sécheresse doivent être privilégiées et les superficies
irriguées devront être en priorité réservées aux productions à forte valeur ajoutée (cf. fiche 01.04.Q01 : Pourquoi améliorer les plantes cultivées ?).

À long terme

À long terme, chaque agriculteur devra repenser complètement son système de production, en se gardant
d’espérer copier un modèle préétabli : chacun devra réfléchir au contexte de sa propre exploitation.

Bien sûr, lorsque cela sera possible, l’irrigation devra être développée, tout en sachant que l’eau est rare,
qu’elle le sera de plus en plus et qu’il faudra la partager entre les multiples utilisateurs.

Le problème le plus délicat sera le choix des grandes cultures qui ne peuvent bénéficier de l’irrigation. Les
rendements ne seront probablement plus jamais ceux atteints à la fin du XXe siècle, et pourtant il faudra assurer
la rentabilité des différentes productions dans un environnement climatique inconnu, mais certainement très
difficile.

Tous les chefs d’exploitation seront donc dans l’obligation de prendre un ensemble de décisions
extrêmement importantes pour leur avenir.

Des erreurs seront inévitables avec à chaque fois des conséquences financières. L’objectif général,
concernant tous les acteurs y compris les administrations, sera de les minimiser.