Des supermarchés français touchés par une cyberattaque inédite de leurs installations frigorifiques
AFP le 12/10/2026 à 17:25
Pas de données volées, mais des produits frais à jeter : plusieurs enseignes de supermarchés françaises ont été victimes dans la nuit de dimanche à lundi d'une cyberattaque « inédite » visant leurs installations frigorifiques, suscitant des craintes en matière de sécurité alimentaire.
Au moins 300 points de vente Intermarché/Netto, moins d’une centaine du réseau de Coopérative U, « plusieurs magasins » du groupement E.Leclerc et une trentaine de Monoprix sont concernés par cette attaque révélée par BFMTV, ont confirmé à l’AFP les quatre distributeurs.
Sollicité par l’AFP, le parquet de Paris a annoncé le lancement d’une enquête de sa propre initiative sur « la cyberattaque d’ampleur touchant les réfrigérateurs connectés de plusieurs grands magasins de distribution alimentaire sur tout le territoire français ».
L’enquête, dirigée par la section anticybercriminalité et « confiée à l’office anticybercriminalité (Ofac), doit permettre de recenser les victimes et d’établir le lien avec les dégâts rapportés par celles-ci en termes de pertes de denrées alimentaires », a-t-il précisé.
Selon une source proche du dossier, les systèmes de régulation frigorifique du fabricant danois Danfoss étaient ciblés.,D’après BFMTV, les pirates auraient ainsi « réussi à déclencher à distance le dégivrage forcé » des réfrigérateurs, congélateurs et autres chambres froides de nombreux magasins.
« Extrême gravité »
Ces derniers sont contraints de « jeter l’ensemble des produits » touchés pour respecter la chaîne du froid, a souligné Intermarché, déplorant un « gaspillage alimentaire » et une « perte » financière, sans toutefois la chiffrer. « L’un des points durs » aura trait aux assurances qui ne « couvrent pas ce type » d’incident en magasin, estime l’enseigne.
« S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l’approvisionnement alimentaire des Français est d’une extrême gravité et est inédit », a réagi le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, sur X. « Nos équipes sont pleinement mobilisées, en lien avec les frigoristes, pour rétablir la situation au plus vite », tandis qu’« une enquête devra permettre de faire toute la lumière » sur l’incident, a-t-il ajouté.
E. Leclerc confirme également à l’AFP « qu’une attaque informatique a affecté l’un de ses fournisseurs de matériel frigorifique », entraînant des « répercussions sur le fonctionnement des équipements de froid dans plusieurs magasins ». D’après le site spécialisé Je bosse en grande distribution, des magasins Carrefour Market sont aussi touchés.
L’affaire est prise au sérieux par les autorités françaises comme par Bruxelles. D’après l’entourage du Premier ministre, Sébastien Lecornu a « immédiatement demandé à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) de se saisir du sujet » et « suit le dossier personnellement ».
« Vulnérabilité »
L’agence a identifié « une vulnérabilité dans un logiciel fourni par une société danoise et a pris contact avec l’éditeur », précise la même source. « Elle est en lien avec ses homologues européens, car d’autres pays peuvent être touchés » et cherche « à identifier les autres entreprises françaises concernées pour les alerter » et « empêcher la propagation ».
Danfoss avait fait part ces derniers mois de plusieurs vulnérabilités graves sur certains de ses logiciels utilisés dans les systèmes frigorifiques. Le 18 septembre, le fabricant danois avait ainsi évoqué une faille permettant « à des attaquants d’obtenir un accès en lecture et en écriture aux valeurs internes, de télécharger et d’exécuter » des programmes informatiques non sécurisés.
« L’État est mobilisé, il anticipe et il coordonne, en France comme avec nos partenaires européens », selon l’entourage du Premier ministre. De son côté, le ministère du Commerce a indiqué être « en lien avec les distributeurs ».
Le commissaire européen à l’agriculture Christophe Hansen a quant à lui « fermement » condamné sur X la cyberattaque, appelant « à plus d’attention à tous les niveaux » pour « la sécurité alimentaire », alors que « l’instrumentalisation de l’alimentation est devenue une réalité ».
Longtemps isolés d’internet, les équipements industriels comme les groupes frigorifiques sont désormais connectés via des capteurs ou des systèmes de supervision à distance, explique à l’AFP Antoine Hautin, secrétaire général d’Almond, cabinet de conseil en cybersécurité.
« Historiquement, ces systèmes ont été conçus pour privilégier la fiabilité et la maîtrise des coûts, plutôt que la protection contre les cyberattaques » car « les attaquants ne pouvaient pas y accéder à distance », souligne l’expert. En touchant vraisemblament des centaines d’équipements simultanément, l’attaque de lundi témoigne d’une « une certaine sophistication », estime-t-il.