Sécheresse, adventices, coûts de production : les semis de céréales 2026/27 sous pression
TNC le 09/10/2026 à 17:35
Entre les conditions sèches, la pression adventices, le manque de solutions et les incertitudes économiques, les arbitrages sont, une nouvelle fois, complexes pour les producteurs de céréales cette campagne.
Le décalage de la date de semis des céréales d’hiver est au cœur des réflexions, notamment pour limiter les niveaux d’infestations d’adventices comme le brome, le ray-grass ou le vulpin. Mais seuls 24 % des agriculteurs indiquent le pratiquer réellement cette année, selon un sondage Terre-net publié entre le 29 septembre et le 6 octobre (1 567 votants).
La plupart d’entre eux affichent, en effet, une certaine réserve : 57 % estiment que leur stratégie dépendra avant tout des conditions météo et 19 % préfèrent ne pas prendre ce risque.
Des adaptations techniques
Installé à Plaisir dans les Yvelines, Jérôme Regnault a, à ce stade, implanté toutes ses orges d’hiver, ainsi qu’un tiers de ses blés. L’agriculteur a démarré les chantiers une semaine plus tard qu’à l’accoutumée, en attaquant par les blés de colza et les orges d’hiver. « Décaler la date des semis, ça a du sens, mais on craint souvent le coup de chaud en fin de cycle dans notre secteur », explique-t-il. « On l’a vu cette année, avec la canicule arrivée début juin. Entre les blés au stade fécondation et en cours de remplissage, on a relevé des écarts de rendements allant jusque 10-15 q/ha. »
« Les conditions sèches qui persistent perturbent la préparation des semis, nous avons eu très peu de levées d’adventices. Cela pose question aussi pour les parcelles fortement grêlées fin juin, précise l’agriculteur. Les terres sont très soufflées et il va falloir bien les rappuyer. On travaille, en grande partie, en semis simplifié mais j’ai fait le choix de ressortir la charrue pour certaines parcelles dans ce contexte. »
Ne pas mettre tous ces œufs dans le même panierDébut des semis de blé. 🌾 Avec la stratégie de semer dans le temps. https://t.co/nvIuI9wk4q
— Sébastien Guerinot (@guerinot77370) October 5, 2026
Jérôme Regnault a également opéré quelques changements dans son assolement : « quelques parcelles prévues en blé sur blé vont finalement être remplacées par de l’orge de printemps semée à l’automne. C’est l’un des bons côtés d’être en milieu péri-urbain, on a un risque moindre de gel pendant l’hiver. » L’agriculteur précise aussi toujours semer ses féveroles au mois de décembre, plutôt qu’en mars.
Autre adaptation de l’année, il a finalement modifié les variétés de blé prévues derrière maïs, compte tenu des récoltes précoces de l’année. « Elles étaient adaptées pour des semis après le 20-25 octobre, mais j’y serai avant. »
Et des incertitudes économiques…
Au-delà des aspects techniques, les interrogations économiques demeurent. Après une campagne marquée par la sécheresse, certains agriculteurs se demandent même s’il faut semer cet automne. La question a notamment été soulevée par Sam, agriculteur indépendant, dans une vidéo publiée sur sa chaîne Youtube.
« Je ne produis plus maintenant pour la passion. On part avec un risque tellement important là que je ne sais pas si j’avais envie de l’assumer encore, en ce début octobre », indique le producteur du Loiret. En cause notamment : « un déficit hydrique marqué, des colzas déjà en difficulté dans plusieurs régions et une hausse persistante des coûts de production entre azote, produits phytos, carburants, etc. ».
Le colza tente de s’en sortir malgré les 10,8 mm depuis les semis 🥵 Bien qu’on ait adapté notre méthode de semis aux conditions de l’année, il reste encore des challenges pour mener à bien la culture jusqu’à la récolte ! 🇫🇷 Certaines parcelles n’auront pas cette chance https://t.co/QHfSiBc7uB
— Arthur Portier (@PortierArthur) October 7, 2026
En 4 jours, la vidéo a déjà rassemblé plus de 70 000 vues et fait beaucoup réagir. Un lecteur lui indique qu’il se pose cette question déjà depuis l’année dernière : « mais, bon, les vaches sont sous la stabu et on ne peut pas arrêter du jour au lendemain. Enfin, quand on nous achète notre lait à 420 €/t en étant optimiste, avec un coût de production à 550 €/t, la décapitalisation risque de se produire plutôt rapidement… »
« J’ai la chance d’être dans une région où malgré la sécheresse, nos rendements restent acceptables ; certes les coûts de productions vont monter mais je repars pour une autre année en révisant mon assolement de façon plus pragmatique, jusqu’à quand ? La question est sans réponse », commente un autre lecteur. « Pour ma part, ce sera simplement un semis de semences fermières sans engrais et avec les traitements minimums, lance une autre personne. Il y a quand même un atelier qui sera développé, ce sera la mise en place de sainfoin à la place du maïs, bref des cultures nécessitant très peu ou pas d’intrants et un entretien minimum ! »
« Certaines parcelles ont davantage coûté d’argent en 2026 qu’elles n’en ont rapporté cette année, constate aussi Jérôme Regnault. On subit un effet ciseaux implacable, même si les cours des cultures ont l’air de suivre un peu plus désormais… »