L’Europe veut soutenir la chimie


AFP le 07/10/2026 à 10:15

La chimie européenne, longtemps place forte industrielle, pâtit aujourd'hui d'une énergie chère et de la concurrence internationale. Aiguillonnée par la France, l'Europe veut soutenir le secteur, mais plusieurs acteurs craignent des conséquences préjudiciables pour l'environnement, la santé et les consommateurs.

France Chimie, le lobby du secteur en France, mais aussi ses homologues italien, espagnol, néerlandais ou hongrois, assurent dans un communiqué commun publié début octobre que la chimie européenne, qui produit des engrais, du plastique, des médicaments ou des gaz industriels, fait face à une « crise systémique ».

Pour y répondre, une « alliance pour les produits chimiques critiques » (Critical Chemicals Alliance, CCA) a été mise en place par la Commission européenne, avec l’appui du secteur. Elle se réunit jeudi en assemblée générale en Moselle.

Car Bruxelles a bien constaté « la fermeture de 20 sites de production majeurs en Europe lors des deux dernières années, avec les pertes d’emplois qui en découlent et l’érosion de notre position » face à la concurrence internationale, abonde auprès de l’AFP Siobhan McGarry, porte-parole chargée de la politique industrielle.

Entre 2008 et 2024, les parts de marché de l’Europe dans la chimie mondiale sont passées de 23 à 13 %, pendant que celles de la Chine passaient de 19 à 46 %, selon le lobby européen du secteur, l’influent Cefic. Dans le même temps, ce marché mondial a gonflé de 2 000 à 5 000 milliards d’euros.

Forte « pression »

Le secteur de la chimie européen, qui consomme beaucoup de gaz et transforme des produits issus du pétrole, est aussi confronté au renchérissement du prix des énergies fossiles en raison de la guerre au Moyen-Orient, après une première flambée en 2022 dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« La pression est si forte qu’elle constitue actuellement un frein aux investissements à grande échelle nécessaires à la transformation du secteur », assure le Cefic dans un message à l’AFP. Rassemblant les grands noms du secteur, d’Arkema à TotalEnergies, de BASF à Dow, de Syensqo à Ineos, ainsi que des organisations publiques et quelques ONG, cette « alliance » doit notamment s’entendre sur les productions chimiques et molécules les plus critiques pour l’économie européenne.

France Chimie et ses homologues européens ont toutefois précisé dans leur communiqué que si une liste de « molécules critiques » était arrêtée, elle pourrait n’être qu’« indicative et non exhaustive ». L’alliance, qui remettra des « recommandations » à la Commission européenne, doit aussi accorder ses violons sur la façon d’« optimiser les instruments de défense commerciale » face à la concurrence internationale.

Faut-il du protectionnisme ? Certains craignent un effet sur les prix pour les clients en aval, jusqu’au consommateur final. Le secteur parle plutôt d’un « terrain de jeu équitable », arguant que la concurrence internationale n’est pas toujours loyale, la Chine notamment étant accusée de subventionner massivement ses entreprises, ce qui leur permet de casser les prix.

Rôle moteur de la France

La France joue un rôle moteur dans le soutien à la chimie. Mi-septembre, le ministre français délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, avait appelé l’Europe à « prendre des mesures concrètes et rapides » pour « protéger et renforcer notre production chimique » . Cette célérité inquiète des associations de protection de l’environnement.

Le 1er octobre, le Bureau européen de l’environnement (EEB) a annoncé claquer la porte de cette « alliance », estimant qu’elle allait « préserver la production actuelle de produits chimiques, y compris ceux dangereux, fortement émetteurs et dépendants des énergies fossiles, plutôt que d’engager la transformation dont l’Europe a besoin ».

« Nous ne voulons pas être associés à des propositions à ce point préoccupantes pour la protection de la santé humaine, de l’environnement et du climat », a expliqué à l’AFP Tatiana Santos, de l’organisation. En juillet, l’organisation avait publié un rapport avec une autre ONG, Corporate Europe Observatory, craignant que « plusieurs substances problématiques et dangereuses » soient catégorisées comme « critiques », notamment les PFAS ou polluants éternels.

Vicky Cann, de Corporate Europe Observatory, craint que les conclusions de cette « alliance » servent surtout « les acteurs historiques de l’industrie chimique », rendant « encore plus difficile la transition vers une industrie plus propre, plus sûre et plus durable ». Ce, dans un contexte plus général de « dérégulation sans précédent », au bénéfice des entreprises et au détriment de l’intérêt public.