Chez Steyr, c’est en carburant que les tracteurs pourraient bien être autonomes


TNC le 05/10/2026 à 05:49
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Le projet Hytrac a choisi l'Expert sur lequel le moteur diesel est remplacé par un moteur à hydrogène. (© Steyr)

Avec son projet Hytrac, Steyr explore un tracteur à moteur thermique hydrogène associé à une transmission électrifiée. Mais surtout, le constructeur veut produire et stocker le carburant directement à la ferme, pour gagner en autonomie énergétique.

L’Autrichien remet l’hydrogène sur la table avec son projet Hytrac. Cette fois, le constructeur ne travaille pas seulement sur la motorisation. Piloté par l’Institut des motorisations et technologies automobiles de la TU Wien, le projet réunit des acteurs du machinisme, de l’énergie et de la recherche, dont CNH Industrial Österreich, Engineering Center Steyr, VDS Holding, Voltfactory, HyCentA Research et Forschung Burgenland. Leur objectif : associer moteur à combustion hydrogène, transmission électrifiée et production de carburant directement sur l’exploitation. Un prototype doit être testé en conditions réelles à partir de 2028.

Après la pile à combustible, le moteur thermique

Steyr avait déjà dévoilé en 2024 le FCTrac, un concept de tracteur alimenté par une pile à combustible hydrogène. Avec Hytrac, la marque explore cette fois la voie du moteur thermique fonctionnant à l’hydrogène.

Le tracteur expérimental repose sur une base de Steyr Expert conventionnelle. Son moteur diesel a été remplacé par un moteur à combustion hydrogène à injection directe, ou H₂ ICE. La marque vise une puissance équivalente à celle du modèle initial, sans communiquer pour l’instant de valeur précise sur son prototype.

Le choix du moteur thermique permet de conserver une architecture proche de celle connue dans l’agroéquipement, en changeant de carburant. Les performances, la consommation d’hydrogène et le comportement du moteur au travail restent toutefois à mesurer.

Une transmission qui électrifie le tracteur

Autre particularité : la transmission. Le tracteur reçoit une eCVT à répartition de puissance, développée par VDS Holding. Cette architecture associe une transmission mécanique et une électrique pour passer la puissance aux roues.

Le système intègre également une batterie haute tension développée par Voltfactory. L’électricité stockée à l’intérieur ne sert pas uniquement à la transmission. Elle alimente des fonctions auxiliaires du tracteur et certains équipements.

Hytrac associe ainsi un moteur à hydrogène et une architecture hybride électrique. L’enjeu est notamment d’électrifier plusieurs organes « gros consommateurs » et d’adapter leur fonctionnement aux besoins du tracteur.

De l’hydrogène produit à la ferme

C’est autour du carburant que le projet prend une autre dimension. Hytrac ne prévoit pas simplement d’utiliser un tracteur à hydrogène avec une station extérieure. Les partenaires veulent aussi produire et stocker le carburant directement sur l’exploitation.

Le prototype voit son réservoir de carburant remplacé par des bouteilles dans lesquelles de l’hydrogène est stocké. (© Steyr)

Baptisée Combhy, l’infrastructure doit permettre de produire, stocker et distribuer l’hydrogène sur place. Plusieurs sources d’énergie renouvelable sont envisagées pour alimenter l’électrolyse : photovoltaïque, éolien et biomasse issue de résidus végétaux.

Le principe est simple. L’électricité produite sur l’exploitation sert à fabriquer de l’hydrogène par électrolyse. Celui-ci est ensuite stocké pour ravitailler le tracteur lorsque c’est nécessaire. L’hydrogène devient ainsi un moyen de stocker une partie de l’énergie produite à la ferme.

Reste à gérer la compression, le stockage et le ravitaillement. C’est justement l’un des sujets de recherche du projet. Les partenaires travaillent sur des solutions adaptées aux contraintes et aux coûts d’une exploitation agricole. Le système étudié prévoit notamment un stockage sous pression pouvant atteindre 700 bar.

Une ferme pilotée comme un système énergétique

Hytrac ajoute une autre brique avec son Smart Energy Hub. Ce système de gestion énergétique, assisté par intelligence artificielle, doit mettre en relation la production d’énergie, les besoins de l’exploitation et la demande en hydrogène.

Les données de consommation, d’utilisation du matériel et les prévisions doivent permettre d’anticiper les besoins et d’adapter la production d’hydrogène. L’objectif est notamment d’éviter de produire du carburant sans tenir compte des besoins réels de l’exploitation.

Le tracteur devient alors l’un des consommateurs d’un ensemble associant production renouvelable, stockage et utilisation de l’énergie.

Rendez-vous en 2028

Démarré en juin 2025, Hytrac doit se poursuivre jusqu’en mai 2029. Une fois le tracteur et l’infrastructure Combhy construits, une expérimentation de six mois en conditions réelles est prévue à partir de la fin 2028 autour de l’Energy Hub de Neusiedl, en Autriche.

L’investissement dépasse 7 millions d’euros, dont près de 3,96 millions d’euros de financement public autrichien.

Steyr reste prudent sur la suite. La marque présente Hytrac comme un projet de recherche et indique que les informations concernant l’évolutivité de la solution et son éventuelle mise en production en série seront communiquées ultérieurement. Pas question d’annoncer l’ajout d’un tracteur hydrogène au catalogue.

Pour l’instant, Steyr cherche surtout à vérifier si une exploitation peut produire, stocker et utiliser son propre carburant. Autrement dit, faire de la ferme sa propre station-service.