Zoomlion au Sommet de l’Élevage, symbole du savoir-faire commercial de la Chine


TNC le 02/10/2026 à 17:30
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Le constructeur chinois Zoomlion avait fait sensation lors du dernier salon Agritechnica en 2025 à Hanovre. (© TNC)

La présence du tractoriste incarne l’appétit de l’Empire du milieu pour le marché du machinisme agricole français, et plus largement européen, avec une méthode bien rodée et déjà appliquée avec succès dans l’automobile ou les robots de tonte.

C’est une première. Le constructeur chinois Zoomlion, qui avait fait sensation lors du dernier Agritechnica, aura un stand au Sommet de l’Élevage, qui se tient du 6 au 9 octobre à deux pas de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Sur le stand E2-44, la jeune entreprise, fondée en 1992, va exposer, notamment, ses tracteurs hybrides, sa marque de fabrique.

Cette présence incarne l’appétit de la Chine pour le marché du machinisme agricole français, et plus généralement européen. L’Empire du milieu compte bien reproduire la recette éprouvée avec succès sur d’autres secteurs, comme l’automobile ou les robots tondeuses. Un riche article du site Agriculture Stratégies décortique cette stratégie bien rodée.

Rabe en cheval de Troie

« Depuis 2025, Zoomlion structure une organisation commerciale continentale couvrant la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Autriche et le Royaume-Uni, recrute des responsables régionaux chargés d’animer un réseau de distribution sur le territoire français, et fait construire un entrepôt de pièces à Bad Essen, en Basse-Saxe, pour approvisionner le marché européen », note l’auteur Jérémy Denieulle, le directeur des études d’Agriculture Stratégies, épaulé dans ses travaux par Sandrine Doppler, analyste prospectiviste et intelligence économique.

La reprise en 2020 de Rabe par une holding germano-chinoise contrôlée par Zoomlion s’inscrit dans ce projet, permettant « au géant chinois de rattacher à lui une marque européenne ancienne, un site industriel et un réseau de revendeurs déjà inséré dans l’écosystème des concessionnaires occidentaux. Le PDG de Rabe a lui-même affirmé que la stratégie du groupe Zoomlion était d’utiliser le réseau de distribution de Rabe afin d’introduire en Europe des tracteurs chinois ».

Au Sommet de l’Élevage, Rabe est ainsi crédité comme co-exposant sur le stand de Zoomlion. Ce rapprochement évoque celui mené par l’industrie chinoise avec le fabricant automobile MG, racheté en 2007 par le groupe SAIC Motor.

Un marché européen déjà fragilisé

L’enquête d’Agriculture Stratégies liste quatre évolutions qui pourraient affaiblir « le verrou européen » : la fragilité du machinisme européen en récession depuis deux ans, le droit à la réparation avec des machines moins cadenassées par leur fabricant, la concurrence entre les états membres de l’Europe (à l’image de la Hongrie qui a largement subventionné l’installation d’une usine Zoomlion sur son sol) et enfin l’électrification, la fameuse rupture technologique qui bouleverse actuellement l’automobile.

« Un tracteur thermique impose un réseau de distributeurs-réparateurs disposant des pièces nécessaires à un dépannage immédiat. Une machine électrique demande beaucoup moins d’entretien, presque pas de réparation mécanique, et une part croissante du diagnostic peut se faire à distance. Le jour où l’atelier cesse d’être indispensable, la concession perd ce qui la rendait incontournable. Et les constructeurs chinois disposent sur les batteries à la fois d’une avance technologique reconnue et des matières premières nécessaires, comme le lithium », résume Jérémy Denieulle.

Le raz-de-marée sur les robots de tonte

Agriculture Stratégies prend un exemple éloquent, celui du marché des robots de tonte : « La pénétration chinoise n’y a pas été déclenchée par les prix mais par un basculement technique du passage du fil périmétrique au guidage satellitaire RTK. Le suédois Husqvarna, qui dominait cette catégorie de produits, a vu sa part de marché fondre au cours des deux dernières années. Les données douanières donnent la mesure du basculement. En 2025, l’Union a importé de Chine pour 1,65 milliard d’euros de tondeuses à gazon, soit près des trois quarts de ses importations de cette catégorie en provenance de pays tiers. »

Si aucun concessionnaire John Deere, CNH, Agco ou Claas n’a (pour l’instant) abandonné en Europe sa carte au profit d’un constructeur chinois, l’économie chinoise a une dernière arme en main : la patience. MG n’est ainsi revenu sur le Vieux Continent que 13 ans après son rachat. « Le quatorzième plan national de mécanisation agricole chinois mettait l’accent sur les équipements haut de gamme, l’automatisation et l’agriculture de précision. Le cadre 2026-2030 prolonge cette orientation en y ajoutant l’intelligence artificielle et les nouvelles énergies. La stratégie chinoise repose sur la constitution de champions industriels, dont l’internationalisation est l’aboutissement logique », prévient Jérémy Denieulle.