Dérogation accordée aux céréaliers pour le triallate, colère des ONG
AFP le 29/09/2026 à 17:31
Le ministère de l'Agriculture a accordé aux producteurs d'orge une dérogation autorisant pour 120 jours un herbicide jugé nocif pour les eaux souterraines par l'agence sanitaire (Anses), suscitant mardi la colère d'ONG.
Dans une décision du 22 septembre, publiée sur son site, le ministère a acté l’autorisation de mise sur le marché jusqu’au 21 janvier d’Avadex Factor, un produit de l’entreprise américaine Gowan, utilisé comme désherbant en pulvérisation au moment des semis.
En 2018 puis en 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait refusé son autorisation de mise sur le marché, « considérant les risques de contamination des eaux souterraines et les risques pour les organismes aquatiques ».
La substance active du produit, le triallate, bénéficie d’une autorisation dans l’UE jusqu’en mars 2027.
Pour sa dérogation, le ministère se base sur un règlement européen de 2009 qui l’autorise « en situation d’urgence phytosanitaire », pour « un usage limité et contrôlé ».
Sollicité par l’AGPB, l’association spécialisée de la FNSEA qui regroupe la majorité des cultivateurs de céréales à paille (blé, orge, avoine, seigle, etc.), le ministère évoque dans sa décision « les difficultés de gestion des adventices sur les cultures d’orge d’hiver, considérant l’insuffisance des moyens disponibles pour une maîtrise correcte de la situation phytosanitaire ».
« C’est une nécessité absolue pour la culture d’orge qui est en grand danger immédiat », a assuré le ministère mardi, ajoutant que « la réintroduction n’était qu’une dérogation (…) » et qu’ils feraient « le point à nouveau » en mars 2027 au moment où l’UE déciderait des suites accordées à la substance triallate.
L’ONG Générations futures a annoncé mardi son intention de déposer devant la justice un recours d’urgence (référé), avec France Nature Environnement (FNE), contre cette dérogation jugée « totalement irresponsable ».
« La ministre de l’Agriculture Annie Genevard ignore les avis scientifiques de l’Anses », dénonce l’association, pour laquelle cette procédure de dérogation, « censée être exceptionnelle », est « une nouvelle fois détournée pour autoriser des produits dangereux interdits » ou qui ne sont pas « correctement évalués ».
Selon le ministère, la dérogation impose un « usage cadré », avec des « zones de non-traitement » pour limiter les impacts sur les eaux souterraines. Selon l’ONG, ces périmètres de protection ne couvrent pas toute l’aire alimentant les captages d’eau potable et « ces mesures de gestion sont difficilement contrôlables ».