Décapitalisation bovine : Annie Genevard et Culture Viande d’accord sur l’objectif, pas sur la méthode
TNC le 29/09/2026 à 15:22
À l’occasion de son congrès annuel, Culture Viande, le syndicat des entreprises d’abattage et de découpe, a de nouveau tiré la sonnette d’alarme sur la décapitalisation du cheptel français. Une inquiétude partagée par Annie Genevard. Venue ouvrir l’événement, la ministre de l’agriculture était particulièrement attendue sur la question du tunnel de prix, un dispositif contesté par les industriels mais présenté par le gouvernement comme un garde-fou pour sécuriser le revenu des éleveurs.
« La question n’est pas de savoir si la demande en viande existera demain, mais qui y répondra », lance Yves Fantou, le président du syndicat des entreprises d’abattage et de découpe à l’occasion de son congrès annuel. « Soit on produit, soit on importe », martèle-t-il.
La viande étrangère gagne du terrain dans l’assiette des Français. Elles représentent désormais 26 % de la consommation nationale de viande bovine, détaille Culture viande dans son communiqué de presse.
Le discours du chef d’entreprise breton a trouvé écho dans celui de la ministre. « Il y aura toujours de la viande dans l’assiette des Français, mais produite par qui ? », abonde Annie Genevard. Venue introduire le congrès, la ministre a tenu à adresser son soutien aux entreprises des viandes, qui « ne sont pas celles qui font le plus de bruit », mais dont les préoccupations ne sont « pas moins prises en compte ».
Surtout, et avant tout, il nous faut des animaux.
Le maintien du cheptel est fondamental pour les entreprises d’abattage et de découpe. C’est lui le véritable carburant de la filière. « Nous ne demandons pas d’aides. Nous avons besoin de simplicité, de visibilité, de moins de surtranspositions… Mais surtout, et avant tout, il nous faut des animaux », déclare Yves Fantou s’adressant à la ministre de l’agriculture. Sur la dernière décennie, la décapitalisation a conduit à la perte d’un million de bovins.
Annie Genevard a réaffirmé son objectif de préserver le potentiel de production français, soulignant « l’interdépendance » des différents maillons de la filière. Sa ligne directrice ? Le maintien d’un taux d’autoapprovisionnement de 90 % pour la filière bovine. Un niveau de souveraineté qui suppose la stabilisation du cheptel français autour de 3,4 millions de vaches allaitantes à horizon 2030. Atteindre cet objectif reviendrait à ne plus perdre de vaches allaitantes sur les quatre prochaines années.
L’été caniculaire, accompagné d’une sécheresse persistante, laisse cependant craindre la poursuite de la décapitalisation. « Nous sommes pleinement solidaires des éleveurs, et de l’ensemble de la filière, mais il est à craindre que la décapitalisation s’accentue dans les prochains mois », précise le président du syndicat. « C’est catastrophique pour tout le monde ». En août, les abattages de gros bovins ont progressé de 3,3 %, portés par une augmentation des réformes en élevages laitiers.
Les tunnels de prix en débat
S’il y a consensus sur la nécessité de maintenir la production française, déterminer qui doit en supporter la charge est une autre affaire.
Depuis le printemps 2026, la ministre de l’agriculture soutient l’option d’un tunnel de prix ; un mécanisme de régulation débattu dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole. Concrètement, le dispositif vise à encadrer les variations de prix entre vendeurs et acheteurs, afin d’éviter un décrochage trop important des cours par rapport aux coûts de production.
Mais le discours ne convainc pas les industriels du secteur. « Un tunnel de prix dont la borne basse serait fixée sur la base des indicateurs de coûts de production n’est pas réaliste », estime Yves Fantou. Sa principale inquiétude ? Que le dispositif finisse par renchérir le coût de la matière première pour les industriels, sans que leurs concurrents ne soient soumis aux mêmes contraintes. « Si les mécanismes ne sont pas en adéquation avec la loi du marché, nous aurons une remise en cause inévitable de la compétitivité des entreprises », alerte-t-il.

Une analyse que nuance Annie Genevard. « On n’aura jamais raison seul contre le monde entier. Si nos prix sont déconnectés du marché, tous les maillons sont déstabilisés », admet-elle. Mais la question du tunnel de prix doit s’inscrire dans une logique plus large de contractualisation. « Les éleveurs doivent vivre de leur travail et la question des coûts de production ne peut pas laisser indifférent », plaide-t-elle. Avant d’ajouter : « Le tunnel des prix est là dans l’hypothèse où les gens ne se mettent pas d’accord ».
La ministre a d’ailleurs réaffirmé son attachement à la contractualisation, rendue obligatoire par la loi Égalim 2. Bien que la logique peine à s’imposer, elle y voit une manière de donner de la visibilité aux opérateurs tout en proposant des niveaux de prix soutenables. « Les chefs d’entreprise prennent des risques. Mais pour prendre des risques, il faut avoir de la visibilité », a-t-elle souligné.
La ministre propose aux interprofessions de se saisir de la question du tunnel de prix : une manière de constituer une sorte de garde-fou pour le respect du coût de production.
Mais en faisant du consensus interprofessionnel un préalable, le gouvernement rend le dispositif fragile. Il suffit qu’un des collèges s’oppose au mécanisme pour compliquer sa mise en œuvre, alors que les débats sur le partage de la valeur restent des points sensibles au sein des filières.
Des marges « au plus bas depuis 2017 »
En parallèle, les entreprises des viandes restent en proie à une forme d’effet ciseau. Si le prix des gros bovins en abattoirs a progressé de 22 % en 2025, la hausse n’a pas été totalement répercutée au consommateur, avec une hausse des prix de viande contenue autour de 14 %.
Le syndicat communique aussi sur des marges « au plus bas depuis 2017 », alors que la hausse des coûts de l’énergie et des emballages impacte le monde de l’abattage et de la transformation au premier chef.
Entre impératif de rémunération de l’amont et compétitivité de l’aval, la question de savoir qui paiera le prix de la souveraineté alimentaire française reste entière.