Des clôtures virtuelles sans piquets ni fils, testées en France
TNC le 29/09/2026 à 05:00
Ce système avant-gardiste, expérimenté à la ferme de Borde Basse en Haute-Garonne, permet de se passer de poteaux et de fils, de créer une parcelle en deux minutes et de faciliter la surveillance des animaux.
Pas de poteaux, pas de fils de fer, à la ferme de Borde Basse (Haute-Garonne), des centaines de mètres de clôtures se posent en une poignée de minutes directement sur ordinateur. L’exploitation d’application du Campus Pyrénées Cominges teste depuis mars des enclos virtuels. La ferme, qui abrite notamment un atelier laitier bio de 80 vaches laitières, met à l’épreuve deux solutions, celle de Nofence, une société norvégienne, et celle de Gallagher, une entreprise néo-zélandaise. L’expérience est pour l’instant menée sur des brebis mais les deux systèmes sont adaptés aux bovins.
L’animal, muni d’un collier, est prévenu par étapes en cas d’envie de grands espaces. D’abord une petite musique, crescendo puis decrescendo s’il recule. Si son envie de liberté perdure, une stimulation électrique, puis une deuxième si l’appel du large est vraiment irrésistible, et enfin une alarme prévient l’agriculteur sur son smartphone en cas d’évasion. « Il faut laisser à l’animal la possibilité de rebrousser chemin et de rejoindre le troupeau par lui-même. Il ne s’agit pas de multiplier les décharges, ce n’est pas de la torture ! » souligne Eric Deboeuf, le directeur de la ferme.
Une technologie encore confidentielle
Principal enseignement, l’apprentissage est rapide : « Sur notre troupeau test, nous avons enregistré 60 stimulations électriques le premier jour, et seulement 4 dès le sixième jour ». L’effet grégaire a aussi son influence. Des animaux non-dressés incorporés parmi des bêtes déjà rompues au système intègrent plus vites les bonnes habitudes. « Nous avons eu très peu d’animaux échappés », se félicite le responsable même si des problèmes de précision ont été relevés, essentiellement à proximité d’arbres ou de bâtiments. La clôture virtuelle ne dispense pas d’appliquer des règles de base du travail d’éleveur : garantir un accès à l’ombre et à l’eau aux animaux, et aller les voir régulièrement.
Le plus compliqué est peut-être d’avoir accès à ces technologies, qui sont aujourd’hui peu ou pas disponibles directement en France : « Pour se fournir, tout se passe par Internet. Gallagher devrait arriver bientôt, mais leur software est plus lourd, il oblige à passer par l’ordinateur. L’application de Nofence est plus intuitive, mais elle est 100 % en anglais ». Un collier coûte 340 € chez Nofence avec un abonnement annuel de 32 € par collier, et 370 € pour un abonnement de 24 € chez Gallagher. Les colliers sont dotés de panneaux solaires et sont conçus pour une autonomie de mars à novembre.
Une surveillance des animaux facilitée
Le bilan économique de l’opération sera effectué au bout d’un an d’utilisation, en prenant en compte tous les paramètres. « Il n’y a pas que l’aspect financier, il y a aussi une autre donnée qu’il faut valoriser, et que l’agriculteur sous-estime souvent, c’est le temps gagné. Créer une parcelle et l’activer prend deux minutes », met en avant Eric Deboeuf. Une clôture virtuelle dispense du méticuleux tour des clôtures au printemps, des manœuvres du broyeur autour des piquets ou encore des réparations en cours de saison. Le collier fait également gagner du temps pour localiser une bête échappée.
Côté pâturage, les clôtures virtuelles permettent une gestion plus fine des parcelles et d’optimiser les rotations. « C’est également plus facile de mettre en pâture rapidement des friches ou des chaumes », note le directeur de la ferme.
Le chef d’exploitation a décelé un autre aspect positif de ces colliers de surveillance : « Nous avions un animal qui s’était blessé à une patte. Cela n’avait pas l’air trop grave. Mais le lendemain, il boitait très sérieusement, avec des conséquences qui auraient vite pu devenir plus sérieuses. L’application nous a alertés. Elle a constaté que, par rapport à l’ensemble du troupeau, une bête se déplaçait différemment, et nous avons pu intervenir à temps ».