Plus nourricière que l’agriculture urbaine, l’agriculture péri-urbaine
AFP le 28/09/2026 à 10:15
Les fermes urbaines, essentielles à l'éducation des citadins à l'environnement et à l'agriculture, ne les nourriront pas, dit Christine Aubry, professeure à AgroParisTech, directrice de la chaire partenariale Agricultures urbaines.
L’agronome souligne en revanche l’importance de retisser le lien avec les exploitations aux abords de la ville, à même de remplir cette fonction nourricière.
La France a connu il y a moins de 10 ans un engouement pour des projets d’agriculture urbaine high-tech, largement disparus depuis. Que s’est-il passé ?
« Cet engouement, très artificiel, s’est traduit par un financement considérable, y compris public, sur des projets notamment en intérieur (type Agricool et ses fraises en conteneurs) qui vendaient du rêve en disant « on va produire en ville ». Nous avions dit attention (…), cela va être très consommateur d’énergie, donc très cher, et les consommateurs ne vont pas forcément se battre pour ça. Bon, tous ces projets se sont cassé la figure, après une gabegie d’argent public.
Les seules formes d’agriculture urbaine (high-tech) indoor qui ont fonctionné sont allées sur des marchés très spécifiques à haute valeur ajoutée, comme celui des plantes cosmétiques ou médicinales, type Tower Farm, qui s’est mis en lien direct avec des laboratoires. »
Où en est-on aujourd’hui du déploiement de l’agriculture urbaine en France ?
« Un autre secteur commercial essaie de faire de la production de proximité en extérieur, comme Sous les fraises, qui faisait des fraises sur les Galeries Lafayette et les transformait en visant un secteur de luxe.
Certains ont pu un peu marcher, mais on a vu beaucoup de faillites. Il faut viser un secteur bien identifié et faire plein d’activités autour. Ça a marché pour les champignons ou les fleurs coupées. Sur l’alimentaire, c’est plus compliqué parce que le coût de production est élevé et en face il n’y a pas forcément le pouvoir d’achat.
En fait le gros morceau du développement de l’agriculture urbaine depuis dix ans ce sont les jardins collectifs, et les micro-fermes participatives qui proposent animations, formations… sur des modèles économiques hybrides.
C’est fragile aussi, mais ça correspond à un énorme besoin, et ça se développe. Aujourd’hui, le rôle majeur de l’agriculture urbaine, c’est l’éducation à l’environnement, l’agriculture et l’alimentation. »
Comment fournir alors au consommateur urbain des produits locaux ?
« Nous travaillons sur l’agriculture périurbaine, qui fait partie de l’agriculture urbaine : les fermes et champs autour des villes, qui vont aller nourrir la ville si tant est qu’ils accèdent à ce marché. Aujourd’hui, c’est le problème majeur : comment faciliter l’accès de ces produits frais de proximité, maraîchage, oeufs, poules, céréales ou lait ? Derrière cette relocalisation de l’alimentation, il y a des problèmes agronomiques. Par exemple la restauration collective partout est en recherche de légumineuses ; cela implique de les intégrer dans les rotations culturales, trouver les modes de stockage, de transformation…
En Ile-de-France entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations maraîchères de petite taille a doublé, de 80 à 150. On a vu aussi se diversifier certaines exploitations de grandes cultures, qui se sont mises à faire de la vente directe.
On est à un tournant. Beaucoup d’agriculteurs en grandes cultures arrivent à la retraite, et il va falloir transmettre. On a deux voies possibles : soit la voie actuelle, l’agrandissement, sur un modèle de grandes cultures d’exportation qui à mon avis est un modèle fini pour plusieurs raisons; et auquel cas il n’y aura plus de lien avec les gens autour. Soit une voie de diversification, qui peut se faire en lien avec de l’alimentation de proximité : pour nourrir 12 millions d’habitants, l’agriculture francilienne aurait de quoi faire ! »
La situation de l’agriculture urbaine est-elle la même ailleurs ?
« On retrouve un petit peu la même tendance au niveau européen : un certain nombre de grands systèmes indoor, comme Urban Farmers à Rotterdam, se sont cassés la figure parce qu’ils sont allés sur des systèmes beaucoup trop coûteux par rapport au pouvoir d’achat des gens. On a la même chose aux Etats-Unis, où des gigafactories alimentaires ont décliné parce que ça ne correspondait pas -et ça correspondra de moins en moins- au pouvoir d’achat. »