Malgré la sécheresse, les vaches allaitantes ne prennent pas encore le chemin des abattoirs


TNC le 24/09/2026 à 05:11
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Le cheptel allaitant s'est maintenu cet été, avec un ralentissement de la décapitalisation. A l'inverse, le cheptel français de vaches laitières a poursuivi sa baisse. (© TNC)

Dans les Tendances du 21 septembre 2026, l’Institut de l’élevage fait état d’un ralentissement de la décapitalisation bovine sur le segment des vaches allaitantes, alors que les abattages de réformes laitières vont bon train en raison du contexte fourrager. Reste à voir quels seront les arbitrages des éleveurs à l’automne, à l’heure du retour au bâtiment.

Malgré la sécheresse et l’inquiétude des éleveurs, les vaches allaitantes ne prennent pas, pour l’heure, le chemin des abattoirs. Entre le 20 juillet et le 11 septembre (semaines 30 à 37), les abattages de vaches allaitantes sont en retrait de 8,8 % d’après l’indicateur hebdomadaire Normabev.

À tel point que le cheptel reproducteur allaitant progresse. « + 0,4 % : c’est la modeste hausse sur un an du nombre de vaches allaitantes en France au 1er août 2026 », mettent en exergue les Tendances viande de l’Institut de l’élevage du mois de septembre. S’il est encore trop tôt pour y voir une tendance de fond, les chiffres montrent que la sécheresse ne s’est pas traduite par une accélération immédiate des abattages de vaches allaitantes.

La situation est d’autant plus paradoxale que le secteur laitier poursuit sa décapitalisation, avec une progression des entrées abattoir de 7 % sur la même période. Alors, tendance de fond, ou hasard du calendrier ?

Des arbitrages chez les laitiers

La décapitalisation sur le cheptel laitier s’est poursuivie durant l’été 2026. (© Tendances lait et viande – Idele)

Les deux productions n’ont traditionnellement pas la même temporalité. Les éleveurs laitiers effectuent un suivi plus régulier des réformes grâce à une surveillance des performances en salle de traite. La baisse du prix du lait, couplée à la rareté des fourrages, invite peut-être les éleveurs à réajuster leur cheptel : « en juillet 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 439 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de juillet 2025 (- 51 €) », rappellent les Tendances Lait.

Le phénomène est européen. Partout, le cours des réformes laitières baisse « du fait d’abattages plus importants dans l’UE et d’une demande bridée par les vagues de chaleur ». En dix semaines, le cours de la vache O a perdu autour de 50 centimes, pour s’établir autour de 5,87 €/kg carcasse sur la semaine du 7 septembre (semaine 37).

Cette hausse des abattages peut traduire un sentiment d’anticipation. Interrogé par le média Allemand SWR, le directeur d’abattoir Matthias Minister s’attend à un retournement de situation : « les animaux abattus aujourd’hui manqueront à l’avenir », prédit-il, avant d’augurer un retournement des prix, et une plus faible disponibilité des réformes laitières à l’approche des fêtes Noël.

Le maintien du cheptel allaitant à l’épreuve de l’automne

Malgré une légère progression sur les mois de juillet et août, le cheptel national demeure inférieur aux niveaux enregistrés en 2024. (© Tendances lait et viande – Idele)

Les éleveurs allaitants prennent généralement leurs décisions à l’entrée de l’hiver, lors du retour au bâtiment. Le maintien du cheptel laisse entendre que les éleveurs préfèrent actuellement puiser dans leur stock, plutôt que de vendre les vaches. La question de la décapitalisation semble a minima transférée à l’automne.

Car l’herbe n’est pas plus verte pour les éleveurs de bovins viande que pour les laitiers. « Au 10 septembre 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes est inférieure de 39 % à celle observée à la même date de la période de référence 1989-2018 », estime le service statistique du Ministère de l’agriculture dans sa note de conjoncture sur le suivi des prairies. D’après un sondage Web-agri, un tiers des éleveurs estime ne pas avoir récolté suffisamment de fourrage pour passer l’hiver sans effectuer a minima des ajustements, et le contexte géopolitique induit une pression sur les cours de l’énergie qui ruissellera fatalement sur les coûts de production.

La différence réside peut-être dans le maintien des cours des gros bovins. Vendre aujourd’hui, c’est réduire sa capacité à mettre des broutards en marché en 2027. Après un été particulièrement chaotique pour l’export de maigre, le prix du broutard reprend des couleurs grâce à la demande italienne et espagnole stimulée par la rentrée. Du côté des gros bovins, les cotations se maintiennent. ​​​​​​« Après avoir perdu entre 15 et 20 centimes au cœur de l’été, les cotations des vaches de type viande ont repris du poil de la bête à l’approche de la rentrée, regagnant 10 à 16 centimes selon les conformations entre fin juillet et début septembre », poursuivent les Tendances.

Le maintien des vaches en place s’explique peut-être aussi par l’ampleur de la décapitalisation déjà engagée. En dix ans, le cheptel allaitant a déjà perdu 17 % de ses effectifs.

Reste donc à savoir si cette résistance à la réforme traduit un véritable maintien du cheptel ou simplement un décalage dans le temps de la décapitalisation. Les abattages des prochaines semaines, à l’entrée dans l’hiver, seront particulièrement scrutés. Mais force est de constater que les aléas climatiques de cet été n’ont pas un impact immédiat sur la disponibilité en abattoir de vaches typées viande.