Avec les crises, repenser le modèle agricole des zones intermédiaires


TNC le 17/09/2026 à 15:00
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Dans les zones intermédiaires, les rendements en blé tendre sont sensiblement inférieurs à la moyenne nationale. (© Adobe Stock_ahavelaar)

La crise agricole, consécutive à un été de canicules et de sécheresse, accentue mécaniquement les difficultés des zones intermédiaires. Caractérisés par un potentiel de production plus faible, une spécialisation dans les cultures céréalières, et des sols argilo-calcaires et peu profonds, ces territoires illustrent les limites du modèle agricole français et rendent nécessaire une réflexion sur leur résilience, et leur robustesse.

Les zones intermédiaires souffrent depuis plusieurs années d’une vulnérabilité structurelle importante. Les contraintes pédo-climatiques y sont fortes -sols pierreux, faible profondeur sur des substrats calcaires-, qui n’ont pas empêché leur spécialisation en céréales, encouragée par les prix garantis puis les aides à l’hectare. Le recul de l’élevage a limité les possibilités d’apports en fertilisation organique, tandis que l’agrandissement des exploitations « a contraint les agriculteurs à s’équiper en matériel coûteux » et « à augmenter l’usage de produits de fertilisation et de traitement des cultures », rappelle Magali Catteau, chargée d’études économiques aux chambres d’agriculture, dans Analyses et Perspectives de septembre.

Ces évolutions ont eu pour conséquence une « dépendance croissante aux facteurs de production externes » et donc, aux aléas. Les différents chocs -climatiques, économiques, géopolitiques- de l’année écoulée ne font que renforcer l’urgence de réfléchir à un modèle de production plus résilient et plus solide, en commençant par ces territoires.

Des diversifications à différents niveaux

Afin de « réduire la sensibilité de l’exploitation aux aléas », les solutions potentielles doivent donc viser à renforcer la robustesse du territoire, souligne l’auteur. L’un des premiers leviers est celui de la diversification des systèmes de cultures, notamment via l’introduction de légumineuses. À condition, cependant, que les filières et débouchés soient suffisamment solides.

La réintroduction de l’élevage constitue également une perspective, peut-être grâce à la création d’ateliers d’élevage communs à plusieurs exploitations céréalières qui permet de mutualiser les investissements et le travail. Là encore, la question des débouchés est un facteur limitant, en particulier dans la filière bovine elle aussi fragilisée. En revanche, l’aviculture « pourrait être une alternative appropriée », indique Magali Catteau. Les investissements sont en effet plus vite rentabilisés, et la consommation de viande de volaille progresse.

Enfin, la diversification des activités permet d’équilibrer les revenus de l’exploitation, soit par la production d’énergie, soit par une pluriactivité qui peut passer par l’accueil à la ferme ou le tourisme. Cette voie pose néanmoins question quant à l’évolution du métier d’agriculteur.

Des politiques publiques à renforcer

Pour accompagner les zones intermédiaires, plusieurs aides spécifiques existent : deux MAEC dans la Pac 2023-2027 sont adaptées à ces territoires, avec certaines contraintes. Elles bénéficient également cette année d’une aide exceptionnelle. Néanmoins, des aides territoriales sont nécessaires pour soutenir les investissements collectifs, la structuration des filières d’élevage, la faible densité d’industries agroalimentaires, ou encore le renouvellement des générations.

L’ambition affichée de renforcer la souveraineté alimentaire « pourrait sans doute participer à renforcer la robustesse des systèmes agricoles en valorisant davantage les ressources territoriales et les complémentarités entre productions et les dynamiques locales », conclut Magali Catteau.