Les prairies paillasson vont repartir, mais il faudra patienter


TNC le 01/09/2026 à 05:14
VachesprairiesLeitenberger

Malgré le sec, ces prairies peuvent repartir, à condition de laisser le temps à l’herbe de reconstituer ses réserves avant une première fauche ou un premier pâturage. (© Stéphane Leitenberger/Adobe Stock)

Fondateur d’Opti’Pâture dans l’Est de la France, Thomas Mauger invite les éleveurs à ne pas sous-estimer la capacité de leurs prairies à repartir après la sécheresse. Pour le conseiller, ce n’est pas tant la qualité de la repousse qui pose question que les marges de manœuvre des éleveurs pour gérer cette période, avec des stocks réduits dans l’attente du retour des pluies.

Des paillassons à perte de vue. Jaunes, secs, cassants : sous le soleil, les herbages semblent à l’agonie. Pourtant, sous terre, les racines attendent la pluie. Pour Thomas Mauger, conseiller chez Opti’Pâture, « en terre, tout n’est pas mort ». Son diagnostic est même rassurant : « je pense que la quasi-totalité des prairies vont repartir », augure l’expert.

« Des parcelles grillées comme ça, on en a déjà vu. Je n’ai pas l’impression que ça soit pire que d’habitude. Mais en général, ça ne démarre pas au 30 juin, et ça s’arrête fin août », poursuit le conseiller.

Si les prairies ont pris des airs de désert, elles ne sont pas nécessairement condamnées. Face au manque d’eau, la plante entre en dormance. Sa croissance s’arrête, ses feuilles entrent en sénescence, et la plante mobilise ses réserves pour maintenir sa vie racinaire. Sa survie dépend alors de la qualité du tissu racinaire et des réserves du sol : profondeur, taux de matière organique… Mais la dormance n’est pas infinie. Si la sécheresse est particulièrement longue, les réserves s’épuisent et les pieds meurent. « Nous verrons bien ce que ça donne à la repousse, mais j’ai rarement vu plus de 10 à 15 % de pertes de pieds à l’hectare », précise Thomas Mauger. Le sursemis viendra ensuite au secours des parcelles les plus éprouvées. « On trouvera sûrement plus de pertes à l’Ouest, sur des parcelles dont la flore prairiale est moins coutumière du sec ».

Ne pas précipiter le premier pâturage

Tout l’enjeu est de gérer la parcelle pour profiter au mieux de la reprise de la végétation. Et mieux vaut ne pas se précipiter ! « Le danger, c’est de remettre les animaux trop vite au pâturage », alerte le conseiller. « Tant que la plante est en dormance, on peut faucher ce que l’on veut. On travaille sur une partie qui est dévitalisée. C’est lorsque l’herbe repart qu’il faut être vigilant ». La plante mobilise ses réserves pour créer de nouvelles feuilles. Si les animaux pâturent immédiatement cette repousse, ils ôtent la partie aérienne du ray-grass avant même qu’il ait pu constituer de nouvelles réserves essentielles à la repousse. La prairie risque alors de s’épuiser. Attention également à tout hersage ou travail du sol, qui viendrait perturber un tissu racinaire déjà éprouvé.

Côté composition, Thomas Mauger n’est pas non plus négatif. « La flore prairiale devrait être riche en trèfle, pour ceux qui en ont dans les parcelles ». Car la légumineuse aime la lumière. « En général, il est pénalisé par le ray-grass qui lui fait de l’ombre. Mais cette année, il est servi. Si son tissu racinaire est toujours bien attaché, lorsque l’humidité reviendra, il pourra exprimer son potentiel ».

Des stocks sous tension

Plus que l’état des parcelles, c’est l’état des stocks qui inquiète le conseiller. Car sans fourrage d’avance, difficile de laisser aux prairies le temps de reprendre vigueur. « Je comprends que ça puisse être frustrant pour l’éleveur qui doit affourager », concède Thomas Mauger. « Le vrai sujet est d’avoir suffisamment de stock à distribuer pour ne pas donner le coup de grâce à ses parcelles par un pâturage trop précoce ».

Cette année, la sécheresse est d’ampleur. Rares sont les régions épargnées. « D’habitude, il y a toujours une région de France pour compenser. Là tout est grillé, et pas seulement en France ». D’autant que les éleveurs français sont souvent démunis lorsqu’il s’agit d’acheter du fourrage. « Nous avons des systèmes qui recherchent l’autonomie. Nous n’avons pas l’habitude d’acheter du fourrage alors que les Suisses, les Hollandais ou même les Allemands n’ont pas peur d’acheter au prix fort ». Reste ensuite à faire ses calculs.

« Je suis moins inquiet pour la qualité des prairies, que pour la pluviométrie des semaines à venir », poursuit le conseiller. « Dans l’Est, on imaginait qu’avec de la pluie au 15 août on pourrait faire un regain à l’automne. L’eau n’est jamais arrivée ». La reprise de la végétation sera longue. « Vu l’état des parcelles, à moins de 60 mm, on ne risque pas de voir grand-chose bouger. 10 mm, suivis de 50 mm par la suite : c’est l’idéal », résume le conseiller. La première pluie prépare le sol, pour bien faire pénétrer l’eau en profondeur. Mais même avec cette configuration optimale, il faut attendre avant de sortir les vaches : compter un mois entre la reprise des pluies et le premier tour de pâturage, sous peine de pénaliser la pousse sur l’arrière-saison. « Toutes les prairies n’ayant pas vu d’eau au 31 août ne devraient pas être pâturées avant le mois d’octobre ».

D’autant que tout n’est pas perdu pour la fin de campagne. « Il reste encore trois mois et demi d’exploitation, on peut encore faire des super couverts s’il pleut ». Septembre sera décisif. « S’il est sec, je vois mal ce qu’on pourra faire ».