La betterave sous pression jusqu’au dernier jour
TNC le 01/09/2026 à 06:43
À quelques semaines des premiers arrachages, le potentiel de la betterave sucrière 2026 apparaît sous pression. Le déficit hydrique exceptionnellement marqué dans les principales régions de production a pénalisé le développement des racines et du feuillage. Mais derrière ce constat national, les situations diffèrent sensiblement d’un bassin à l’autre. L’ITB fait état d’une pression sanitaire parfois importante, notamment de teignes, de rhizopus et de jaunisse, tandis que la cercosporiose reprend avec le retour des pluies.
Le manque d’eau reste le principal point commun entre les différents bassins. Dans son dernier tour de plaine, l’Institut technique de la betterave (ITB) souligne des déficits hydriques particulièrement élevés dans les zones de production. À l’exception du Pas-de-Calais, tous les départements suivis affichent leur niveau de déficit le plus important des 15 dernières années.
La Picardie figure parmi les secteurs les plus touchés. Le déficit hydrique y dépasse même celui enregistré en 2022. Dans les autres régions betteravières, les niveaux observés dépassent ceux de 2018, autre année de référence en matière de sécheresse.
À la mi-août, le poids racinaire se situait ainsi sous la moyenne des cinq dernières années… et le développement foliaire y était jugé « nettement en retrait » par l’ITB. L’institut estime que la succession des épisodes caniculaires et la sécheresse durable pourraient entraîner une baisse conséquente de la production nationale. Mais cette moyenne nationale masque des différences importantes entre régions.
En Picardie, les betteraves ont manqué d’eau
Dans les plaines picardes, le déficit hydrique a pesé lourdement sur le développement des plantes. Le niveau atteint dépasse celui de 2022, alors que les betteraves abordent désormais leur dernière phase de croissance.
La situation sanitaire évolue également avec le changement de météo. Après une période très sèche ayant limité le développement de certaines maladies foliaires, le retour des précipitations favorise la reprise de la cercosporiose.
Dans les Hauts-de-France, le réseau ITB compte ainsi 33 % des parcelles au premier seuil d’intervention (T1), 55 % au deuxième (T2) et 7 % au troisième (T3). La maladie intervient alors que la plante doit encore conserver son feuillage pour continuer d’alimenter la croissance de la racine. La situation reste toutefois très hétérogène et nécessite donc une observation à la parcelle.
En Normandie, sur les 16 parcelles observées, toutes présentent des symptômes, avec 1 à 32 % de feuilles touchées. La pression est plus marquée en Seine-Maritime, où 40 % des parcelles ont atteint le seuil T2, contre 10 % dans l’Eure. Le seuil T2 est atteint pour l’oïdium dans ce département.
En Champagne, la pression sanitaire s’ajoute au stress hydrique
En Champagne, le stress hydrique continue d’affecter la couverture foliaire, qui varie de 50 à 100 %, mais le problème ne se limite pas au manque d’eau. Le réseau de surveillance de l’ITB fait état d’une forte présence de plusieurs bioagresseurs.
La jaunisse est observée dans 19 des 20 parcelles suivies. Le rhizopus est présent dans 83 % du réseau, avec dans certaines parcelles une part importante des plantes touchées. La pression des teignes est également élevée puisque 88 % des parcelles dépassent le seuil de risque.
La pression sanitaire peut ainsi amplifier les conséquences du stress climatique. La teigne et le charançon peuvent notamment créer des portes d’entrée favorables aux pourritures racinaires, tandis que les fortes températures et le manque d’eau favorisent le développement du rhizopus.
En Centre-Val de Loire, la jaunisse très présente
Plus au sud, le Centre-Val de Loire présente lui aussi une situation contrastée. La jaunisse est détectée dans 11 des 12 parcelles suivies par l’ITB. La surface moyenne touchée reste toutefois limitée, à environ 4 %.
Les teignes constituent en revanche une préoccupation beaucoup plus large : 89 % des 18 sites suivis dépassent le seuil de risque. Le rhizopus est également signalé dans quatre parcelles sur treize.
Là encore, la situation varie donc fortement d’une parcelle à l’autre. Le niveau de contamination ne permet pas, à lui seul, de tirer une conclusion sur le rendement régional, mais il confirme la fragilité de certaines parcelles à l’approche de la récolte.
En Île-de-France, le déficit hydrique se voit dans les parcelles
En Île-de-France, c’est d’abord le développement végétatif qui interpelle. Près de la moitié des parcelles suivies présentent une couverture du sol inférieure ou égale à 60 %.
Les teignes constituent le principal point de vigilance actuel. Le deuxième vol est intense toutes les parcelles suivies sont au-dessus du seuil indicatif de risque.
Le rhizopus est également très présent dans les observations. Le stress hydrique ne joue donc pas uniquement sur le potentiel de rendement. Il peut aussi fragiliser les plantes face aux attaques et aux maladies de fin de cycle.
Le rendement encore à préciser
À ce stade, l’ITB ne chiffre pas encore dans son tour de plaine la baisse de rendement à attendre au niveau national. Le signal envoyé par l’institut est néanmoins clair : poids racinaire en retrait, feuillage moins développé et pression sanitaire parfois forte constituent autant de handicaps à l’approche des arrachages.
La situation reste toutefois évolutive. Les précipitations de fin août et les conditions météorologiques de septembre seront déterminantes pour les dernières semaines de croissance.