« Il y a énormément d’agriculteurs qui n’ont plus rien à perdre », prévient JA
TNC le 31/08/2026 à 18:02
Après un été catastrophique pour l’agriculture, Jeunes Agriculteurs propose son plan d’action à court, moyen et long terme pour l’adaptation des fermes au changement climatique. Le syndicat demande notamment une contribution générale sur l’impôt pour financer l’adaptation des fermes au changement climatique, et reste suspendu aux annonces de la ministre, prévues jeudi, pour éviter une possible vague de cessation d’activité chez les jeunes installés.
Si l’heure n’est pas encore au bilan de la sécheresse, elle est en tout cas à l’action pour Jeunes agriculteurs qui a élaboré une série de propositions pour permettre aux exploitations agricoles de s’adapter durablement au changement climatique.
Parmi elles, une mesure phare : mettre en place une contribution généralisée sur l’impôt pour faire face aux effets de la canicule et indemniser les pertes, explique Jocelyn Dubost, président du syndicat depuis juin dernier. « On est conscients de la situation financière de la France, donc on essaye d’apporter des solutions de financement », précise Loïc Scalabrino, secrétaire général de JA. Les fonds permettraient d’accompagner les investissements structurants pour adapter l’activité agricole au changement climatique (bâtiment d’élevage, matériel d’irrigation…). Après la sécheresse de 1976, une mesure similaire avait été adoptée.
JA formule également plusieurs demandes concernant la Pac, notamment « faire confiance aux agriculteurs », à savoir permettre d’agir en fonction du climat, avant que les dérogations ne soient prises, par exemple pour faucher les jachères, ou adapter le chargement des animaux. La justification se ferait a posteriori, sans pertes des avances Pac. Le syndicat demande également la suspension des contrôles. Du côté de la gestion des risques, aujourd’hui inadaptée à la situation, notamment sur les prairies, JA demande la mise en place d’un fonds mutuel où seraient pris en compte les risques climatiques, sanitaires et économiques.
Accentuer le soutien aux jeunes
Par ailleurs, si les aléas climatiques ont touché l’ensemble des fermes, des productions et du territoire, ils fragilisent particulièrement les nouveaux agriculteurs, rappelle le syndicat. Sur les 30 000 à 35 000 exploitations identifiées comme menacées par le ministère de l’Agriculture, « il y aura une grosse partie de jeunes », explique Loïc Scalabrino. Il faut « adapter leur installation au changement climatique », insiste Jocelyn Dubost, qui évoque pour cela le relèvement du plafond de l’épargne de précaution à 80 000 €, et son exonération fiscale jusqu’à 100 % lorsqu’elle est réintégrée suite à un évènement climatique. En parallèle, JA demande des prêts à taux zéro de la part de l’État pour les agriculteurs installés depuis moins de cinq ans.
Le syndicat souhaite également le gel des fermages sur la campagne, mais aussi la révision du mode de calcul de l’indice qui, pour mémoire, progresse cette année de plus de 3 %, alors que les trésoreries sont particulièrement malmenées. En parallèle, JA demande aussi des dégrèvements de TFNB, une prise en charge cotisations MSA, ainsi qu’une politique de gestion de l’eau efficace.
10 % du budget Pac dédié au renouvellement des générations
Le syndicat entend mettre en avant ses propositions à plus long terme au cours des rendez-vous de la rentrée, en premier lieu à Terres de Jim, fête agricole organisée tous les ans par JA et qui se tiendra du 11 au 13 septembre à Metz-Magny. En présence de la ministre de l’Agriculture, mais également du Commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, l’accent sera mis sur la future politique agricole commune en cours de négociation.
« Aujourd’hui, on a une nécessité vitale de trouver une solution sur le budget », insiste Jocelyn Dubost, alors qu’une baisse de 13 % est pour le moment d’actualité. « Dans un contexte où la pression et les risques augmentent sur monde agricole, on ne comprendrait pas une baisse du budget de la Pac », ajoute le président de JA qui demande également la sanctuarisation de 10 % du budget pour le renouvellement des générations agricoles.
« La suite des évènements dépendra des annonces »
Enfin, à très court terme, JA attend beaucoup des annonces de la ministre de l’Agriculture, prévues le 3 septembre. Il s’agit, précise Loïc Scalabrino, d’obtenir « du concret et du rapide ». « Aujourd’hui, il y a besoin de ces aides, on ne veut pas énorme pourcentage d’agriculteurs en cession d’activité », alors que les départs à la retraite s’accélèrent, explique-t-il. « Si on n’a pas plan ambitieux à court terme, on va droit vers une catastrophe agricole. La suite des événements dépendra des annonces, car il y a énormément d’agriculteurs qui n’ont plus rien à perdre » poursuit-il. Le syndicat sera donc particulièrement attentif aux propositions d’Annie Genevard, mais également au budget du gouvernement et au plan de sauvetage annoncé par Sébastien Lecornu pour la fin de l’année. Une rencontre entre JA et le Premier ministre est par ailleurs prévue dans deux semaines.