Sur la ferme de Keukeleire en Belgique, le portique met fin à la corvée du bâchage de silo
TNC le 28/08/2026 à 05:10
À Deinze, en Belgique, la ferme de Keukeleire a installé un portique télécommandé pour poser et retirer la bâche de ses silos de 84 mètres de long. Un dispositif pensé pour limiter la manutention sur ces ouvrages de 6 700 m³ et faciliter le travail au quotidien.
84 mètres de long, 20 mètres de large et 4 mètres de haut : les dimensions des deux silos de la ferme de Keukeleire donnent la mesure de l’exploitation. À Deinze, à quelques kilomètres de Gand, Remi et sa compagne Manon élèvent 250 vaches laitières dans un bâtiment sorti de terre en 2022. Mais avec 13 000 m3 de stockage disponibles, les silos ne sont pas réservés à un seul troupeau. Il permet également d’affourager les 150 vaches laitières de Christof, le père de Remi et de sa sœur Micheline, installés quelques kilomètres plus loin. Entre les deux fermes, la mélangeuse fait la navette : une organisation optimisée jusqu’au stockage, pour ne rien perdre d’une ressource « trop précieuse pour être gaspillée », explique le jeune agriculteur.
À terme, la mélangeuse arrêtera peut-être ses allers-retours dans les rues de Deinze. « Le bâtiment compte 250 vaches sur une aire paillée avec des copeaux de bois. Mais il a été conçu pour pouvoir évoluer », détaille Micheline. En installant des logettes, les éleveurs pourront monter jusqu’à 500 vaches laitières. L’espace nécessaire pour accueillir jusqu’à huit robots de traite a également été anticipé, « mais ça n’est pas pour tout de suite », sourit la jeune femme.
400 vaches laitières pour 200 ha de fourrage
« Avec mon père, nous avons 400 vaches laitières pour 200 ha de culture. C’est un petit peu l’inverse de ce qu’on observe en France », poursuit Remi. Avec plus de vaches que d’hectares, le fourrage est une ressource qu’il faut « sans cesse sécuriser ». Et cette année plus encore avec la sécheresse. La ration, composée de maïs et d’herbe, est majoritairement produite sur les exploitations. Le reste est acheté en fonction des besoins et des opportunités. L’an dernier, par exemple, ils ont acheté une cinquantaine d’hectares de maïs sur pied.
Dans ce contexte, le stockage n’est pas qu’un élément logistique. Il est au cœur de la stratégie d’élevage. « On ne peut pas se permettre de pertes sur le fourrage, ici chaque kilo coûte. »
Une bâche lestée à l’eau sur le silo
Si bien que pour la construction du silo, rien n’a été laissé au hasard. La première des contraintes était de trouver un système de bâchage qui permette de recouvrir de grandes surfaces sans demander trop d’efforts. « Nous sommes dans une zone assez venteuse. Ça a toujours été compliqué de recouvrir les silos. Alors avec une structure de 20 m de large… C’était quasiment impossible avec des bâches traditionnelles », explique Micheline. « Dès lors qu’on dépasse les 12 m de large, il faut commencer à envisager d’autres options », abonde Ann Vinckier, commerciale chez CBS Beton, qui a réalisé l’installation.

Si bien que les éleveurs ont misé sur une bâche lestée à l’eau, déposée sur le tas d’ensilage par le biais d’un portique télécommandé. L’objectif : supprimer au maximum la manutention, aussi bien au moment de la pose que de la dépose de la bâche.
Concrètement, des tuyaux sont soudés au-dessus de la bâche. « C’était important pour nous d’avoir le système de lestage au-dessus de la bâche d’étanchéité, car cela permet de mettre d’éventuelles rustines, ou de refaire des soudures sur le circuit d’eau au besoin pour l’entretien », précise Remi.
Une fois remplie d’eau salée, la bâche de 5 tonnes se gonfle de 60 m3 d’eau. Le silo dispose ainsi d’un lestage total de 65 tonnes. L’eau salée permet d’éviter le gel l’hiver. « En général, nous retirons une partie de l’eau avant les premières gelées. À cette période, les silos ont déjà commencé à fermenter et ça n’est pas grave de supprimer du poids en son dessus ». Un système d’évacuation est conçu pour éliminer l’eau de lestage à mesure de l’avancement du front d’attaque. « Il y a juste une vanne à tourner », résume l’éleveur.
Un portique pour enrouler et dérouler la bâche
Mais c’est le portique qui fait la particularité de l’installation. C’est lui qui installe la bâche à l’occasion de la confection du tas, et qui la retire à mesure de l’avancement du front d’attaque. « Pour fermer le silo, nous n’avons besoin que de trois personnes », apprécient les éleveurs. Deux personnes vérifient que la bâche et le lestage épousent bien les murs latéraux, pendant qu’une troisième personne gère le déroulage de la bâche avec le portique télécommandé.

« Pour faire la ration, j’avance environ de 50 cm tous les trois jours. C’est quelque chose que je peux faire depuis le tracteur ». Pas besoin de raccordement électrique, le portique fonctionne avec un panneau solaire intégré.
Ce type d’installation est à penser dès la conception des silos. « C’est une technologie qu’il est difficile d’adapter sur des structures existantes », détaille Ann Vinckier. L’ensilage ne doit pas dépasser des murs pour ne pas gêner la course du portique, et surtout, un passage doit être prévu de part et d’autre du silo pour installer la structure. Sur la ferme, un couloir de 1,5 m de large sépare les deux silos pour assurer le passage du portique. Des murs en L constituent la cloison. « Il faut faire attention à avoir des jonctions bien étanches entre les blocs pour avoir la cloison la plus nette possible. Cela permet d’assurer une bonne étanchéité une fois la bâche déroulée ».
Les murs de 4 m de haut permettent d’assurer un tassement optimal de la matière. « Au début de la campagne, ou voit le tas croître petit à petit. Mais les murs hauts nous permettent vraiment de bien tasser », explique l’éleveur. « Plus on a de matière, plus on sait tasser. Et passé un certain stade, on ajoute du fourrage sans vraiment augmenter en hauteur car le silo se compacte ».

Des lignes de drainage pour récupérer les jus
Côté terrassement, les éleveurs ont opté pour un sol en asphalte (bitume). « Il y a d’abord 30 à 40 cm de casson pour assurer la stabilité de l’installation », explique Ann Vinckier. Au-dessus sont installées des lignes de drainage, afin d’assurer l’évacuation des eaux de pluie et des jus de silos. « Le fond du silo est réalisé avec une légère pente vers le centre du silo pour recueillir les jus ». Le tout est recouvert de 8 cm d’asphalte de grand gabarit, puis d’une couche de finition de 4 cm. Plus onéreux que le béton, le macadam apparaît plus adapté aux silos agricoles. « L’asphalte supporte mieux l’acidité des jus de silos que le béton, et c’est quelque chose que l’on peut réparer facilement en cas de besoin. C’est un matériau qui vieillira mieux et qui permet d’utiliser rapidement le silo sans problème de temps de séchage ».
Un chantier à un million d’euros
Au total, la confection des deux silos aura coûté autour d’un million d’euros. « Sur ce genre de chantier, l’investissement est dégressif. Le premier silo représente un peu plus des deux tiers du montant. Le portique peut ensuite être réutilisé sur un second, voire un troisième silo. L’essentiel est de penser son installation en amont pour pouvoir installer le dispositif, ou faire évoluer son stockage », poursuit la commerciale.
Au-delà de la capacité de stockage, l’investissement répond à une autre logique : gagner en efficacité à chaque étape. Bâcher sans manutention, ouvrir le silo seul depuis la cabine du tracteur, limiter les pertes et pouvoir faire évoluer le stockage à l’avenir : chaque choix a été pensé pour optimiser le travail autour du fourrage. Car pour les éleveurs, sécuriser leur stock fourrager revient d’une certaine manière à sécuriser leur exploitation.