Rendements incertains et conflit en mer Noire soutiennent les cours des céréales


AFP le 19/08/2026 à 17:45
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Drapeaux russe et ukrainien sur fond de munitions de guerre (© boschman, AdobeStock)

Sur les marchés américain comme européen, les cours des céréales ont poursuivi leur hausse cette semaine, tirés par des perspectives de rendements agricoles incertains et la suspension des livraisons de la mer Noire du fait du conflit Russie-Ukraine.

A Chicago, le maïs a terminé mardi à 4,63 dollars le boisseau après avoir atteint 4,68 en séance, un sommet depuis trois mois.

Même mouvement pour le blé (6,60 dollars le boisseau mardi) et le soja (11,99 dollars), au plus haut depuis trois semaines.

A l’origine de la progression, la publication de prévisions du ministère américain de l’Agriculture (USDA), qui anticipe une offre plus tendue que prévu en blé et maïs en particulier aux Etats-Unis, tout en relevant les impacts météorologiques subis par des pays concurrents.

S’ajoutent à cela les premiers constats du traditionnel « tour des plaines » américaines, organisé chaque année par la revue agricole Crop Farmer, qui font état de rendements possiblement inférieurs à ceux de 2025.

Des dégâts sont à craindre notamment sur le maïs et le soja du fait de pluies surabondantes en certaines zones des Soybean belt et Corn Belt, poussant les opérateurs à l’achat.

« Les premiers jours de ces « tours de plaines » ont mis en lumière une sécheresse dans l’ouest du parcours, tandis que l’est souffre d’un trop plein d’eau », souligne Michael Zuzolo, analyste au Global Commodity Analytics and Consulting.

L’expert regrette cependant que ce parcours oublie « des Etats clés comme le Kansas ».

Conflit entre la Russie et l’Ukraine

« Les tours ont traversé pour le moment les Etats les plus durement touchés », relève M. Zuzolo, qui s’ « attend à ce que les chiffres commencent à s’améliorer » dans les prochains jours.

L’économiste Arlan Suderman appelle lui aussi à « ne pas tirer de conclusions trop hâtives tant que l’on n’a pas une vision complète de l’état de la culture » américaine.

Autre grand sujet d’incertitude, le conflit entre la Russie, 2e exportateur mondial de blé, et l’Ukraine, 4e, qui multiplient les attaques en mer Noire depuis le début de l’été.

Cette guerre « limite toujours davantage les flux de matières premières en provenance de cette région clé », rappelle l’expert de la plateforme StoneX.

L’Ukraine n’a ainsi expédié que 247 kilotonnes (kt) de blé dans les deux premières semaines d’août, contre 706 kt en juillet et 915 kt un an auparavant, selon le cabinet Inter-Courtage.

Cette situation tendue soutient depuis quelques semaines les cours du blé sur Euronext, qui affichait 225 euros la tonne mercredi (contre 220 il y a une semaine).

Mais elle pousse aussi les importateurs à l’attentisme, et les grosses affaires se font rares. Même si « la Jordanie a acheté, sans doute du blé roumain », et même si un appel d’offres est attendu incessamment du Pakistan, note Damien Vercambre, d’Inter-Courtage.

Sécheresse et canicules inédites

Ces incertitudes de marché interviennent au moment où les cultures de l’Europe de l’Ouest subissent les impacts d’une sécheresse et de canicules inédites.

La Fédération des agriculteurs allemands a annoncé mardi un recul de 7 % sur un an de sa production toutes céréales confondues. La France elle aussi a produit – 4,3% de blé, et anticipe pour le maïs une récolte à – 35%, soit le plus bas niveau depuis au moins 1980.

Le secteur céréalier en Europe de l’Ouest, et particulièrement dans ces deux pays, n’est peut-être pas au bout de ses peines avec de fortes interrogations sur le colza, la sécheresse des sols rendant incertains les semis, habituellement réalisés à partir de la mi-août.

Or les cours du colza sont aujourd’hui élevés, notamment sur le marché à terme pour la récolte 2027, portés par la demande pour les agrocarburants et les huiles.

« Malgré des prix hauts, économiquement très attractifs, les conditions de canicule rencontrées durant tout l’été ont engendré des sols secs et donc difficiles à travailler pour les agriculteurs », explique Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France.

Dans ces toutes prochaines semaines « il faudrait qu’il pleuve un peu pour assouplir le sol », poursuit-il. « On scrute avec intérêt les annonces météo. A une semaine, 15 jours, il y a un peu de pluie mais ce n’est pas encore suffisant pour rassurer tout le monde ».