Et si les fermes produisaient aussi leur propre hydrogène ?


TNC le 19/08/2026 à 05:43
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Produire de l'hydrogène à la demande pour alimenter sa machine en direct sans avoir à stocker le gaz semble être une piste en vue d'accroître l'autonomie énergétique des fermes. (© Adobe Stock/Corona Borealis)

Produire de l'électricité à la ferme est devenu une réalité pour de nombreuses exploitations. La prochaine étape sera-t-elle de fabriquer aussi leur propre hydrogène ? Plusieurs entreprises misent sur une production « à la demande » pour ouvrir une nouvelle voie vers l'autonomie énergétique. Une piste prometteuse, mais encore loin d'avoir démontré sa viabilité économique.

Photovoltaïque, méthanisation, batteries… Depuis une dizaine d’années, les exploitations agricoles multiplient les investissements pour gagner en autonomie énergétique. Dans un contexte marqué par la volatilité des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et les interrogations sur la sécurité des approvisionnements, industriels et énergéticiens explorent désormais une nouvelle piste : fabriquer un combustible directement là où il sera consommé.

Une nouvelle étape pourrait bientôt s’ajouter à cette stratégie : produire de l’hydrogène directement à la ferme. Plusieurs entreprises travaillent en effet sur des systèmes capables de le fabriquer quand il est nécessaire, sans stockage préalable. L’approche pourrait intéresser, à terme, les fermes isolées ou celles cherchant à limiter leur dépendance énergétique.

C’est notamment le pari de la société Kinetic7 Technologies. L’entreprise australienne, installée à Abu Dhabi, développe un système capable de produire de l’hydrogène « à la demande » grâce à un électrolyseur alimenté en eau et en électricité. Le gaz est consommé immédiatement, sans être stocké sous pression.

À première vue, le concept peut surprendre. Pourtant, son principe repose sur une technologie maîtrisée depuis longtemps : l’électrolyse. La technologie sépare les molécules d’eau en hydrogène et en oxygène grâce à du courant électrique. L’hydrogène ainsi obtenu est immédiatement utilisé par un équipement compatible, évitant son stockage en bouteille ou en réservoir.

Et si l’autonomie énergétique passait aussi par l’hydrogène ?

Sur le papier, l’idée est séduisante. Elle limite les contraintes liées au transport du gaz, réduit les besoins de stockage et pourrait même être alimentée par une installation photovoltaïque, offrant ainsi une certaine autonomie sur les sites éloignés des réseaux.

Kinetic7 destine d’abord cette technologie aux cuisines professionnelles, aux hôtels ou aux sites isolés. À plus long terme, l’entreprise évoque également une version résidentielle destinée aux habitations non raccordées au gaz.

Produire localement de l’hydrogène par électrolyse de l’eau permettrait à certaines fermes bénéficiant d’une installation photovoltaïque de mieux valoriser l’électricité ainsi produite. (© Adobe Stock/Mike Mareen)

Même si les exploitations agricoles ne sont pas directement visées aujourd’hui, le concept mérite l’attention. De nombreuses fermes disposent déjà d’une production photovoltaïque et cherchent à valoriser au mieux cette électricité, notamment lorsque la consommation est faible ou que les prix de revente baissent.

Produire localement un combustible pourrait intéresser certaines exploitations pour alimenter l’atelier, le laboratoire de transformation, pourquoi pas le gîte rural… Dans les zones les plus reculées, la solution pourrait également limiter la dépendance aux livraisons de propane ou de fioul. À plus long terme, certains imaginent même des applications pour des procédés nécessitant de la chaleur, voire pour certains séchoirs de faible capacité.

Une idée séduisante… sur le papier

Ces perspectives ne doivent toutefois pas masquer les limites actuelles de la technologie. Produire de l’hydrogène nécessite un apport d’électricité. Chaque conversion d’énergie entraîne des pertes : l’électricité sert d’abord à fabriquer l’hydrogène, avant que celui-ci ne soit transformé en chaleur. Contrairement aux projets de stations hydrogène destinées aux véhicules routiers, l’objectif n’est pas ici de produire, transporter et distribuer le gaz, mais bien de le fabriquer et de le consommer sur place.

Kinetic7 ne fournit aucune donnée chiffrée pour vérifier que son affirme que son système produit de l’hydrogène à moindre coût que celui du gaz naturel. (© Adobe Stock/Daniele Mezzadri)

Autre inconnue majeure : le coût. Le communiqué de Kinetic7 affirme que son système permettrait de produire de l’hydrogène à un coût inférieur à celui du gaz naturel, sans fournir de données chiffrées ni de comparaison indépendante. À ce stade, il est donc impossible de vérifier cette affirmation. La sécurité, la réglementation, la maintenance des équipements ou encore leur durée de vie restent également des questions ouvertes.

L’hydrogène trouvera-t-il d’abord sa place dans les bâtiments ?

Au-delà du cas particulier de Kinetic7, cette annonce illustre une évolution plus large. Après avoir cherché à produire leur propre électricité, les exploitations agricoles pourraient désormais s’intéresser à la production locale de différents vecteurs énergétiques, qu’il s’agisse de biométhane, d’hydrogène ou d’autres carburants alternatifs.

Le développement du photovoltaïques et de la méthanisation montre déjà que l’autonomie énergétique devient un véritable levier économique dans les fermes. L’hydrogène à la demande s’inscrit dans cette réflexion.

Il ne remplacera sans doute pas demain les cuves de fioul ou de gaz dans les exploitations. En revanche, cela témoigne d’une évolution de fond : après avoir appris à produire leur propre électricité, les agriculteurs pourraient demain chercher à fabriquer une partie de leurs autres besoins énergétiques. La question n’est peut-être plus de savoir si cette évolution aura lieu, mais quelle technologie finira réellement par s’imposer dans les fermes.