Comment sécuriser la levée des colzas dans le contexte de sécheresse ?


TNC le 06/08/2026 à 14:32
Semisdecolza

Malgré les difficultés rencontrées cet été, Michael Geloen se veut rassurant : « rien n’est joué encore. Dans la stratégie du colza robuste, l’objectif reste d’obtenir une culture levée autour du 1er septembre, ce qui laisse encore une marge de manœuvre ». (© TNC)

Les conditions très sèches compliquent fortement les préparations de sol avant les semis de colza. Michael Geloen de Terres Inovia propose de faire un bilan des différentes situations rencontrées et des points d'attention à avoir.

« Habituellement, on insiste beaucoup sur la restauration de la porosité du sol en profondeur. Cette année, c’est plus difficile vu les conditions très sèches. Il faut surtout être vigilant quant à la qualité du lit de semences afin de sécuriser la levée des futurs colzas », insiste Michael Geloen, ingénieur de développement Terres Inovia.

« L’enjeu est d’éviter les grosses mottes, qui limitent le contact sol-graines et peuvent nuire à l’efficacité des herbicides. Quelques petites mottes restent acceptables, elles pourront se désagréger lors du retour de conditions plus humides. L’objectif est également d’assurer une surface nivelée pour garantir une régularité de semis, notamment en termes de profondeur. »

L’expert souligne aussi la nécessité d’assurer « une bonne répartition des résidus de culture. On voit beaucoup de criquets traîner dans la plaine, qui pourraient dévorer le colza dès qu’il commence à émerger. Et puis, ces résidus peuvent en même temps créer une gêne au moment du semis ».

Des situations très contrastées

Lors d’un tour de plaine dans le nord-est de la France, Michael Geolen observe des situations très contrastées. Certaines parcelles sont « prêtes à semer, on attend juste des prévisions de précipitations pour se lancer. » C’est le cas notamment « d’une parcelle labourée après les pluies du mois de juillet : la structuration est bonne sur l’horizon travaillé, on a des débris en fond de labour, mais ils ne devraient pas gêner l’enracinement du colza. Un passage de vibroculteur et un de rouleaux ont été réalisés à la suite ». 

« Vient ensuite une autre parcelle, travaillée au déchaumeur puis à la dent (14 cm de profondeur). On remarque que les zones entre les dents (30 cm d’écartement) ne sont quasiment pas travaillées. On peut se demander si on laisse comme ça ou s’il faut retravailler le sol ? Mais on voit tout de même des mottes qui gardent de la porosité avec des galeries de vers de terre. » Compte-tenu du contexte de l’année, l’expert Terres Inovia recommande plutôt de conserver l’état actuel du sol, afin de « préserver la porosité existante. Dans ces situations, le semoir monograine équipé de chasse-mottes ou le semis à la dent peuvent constituer des solutions adaptées ».

Les observations sont également positives dans une parcelle plus limoneuse, « qui a reçu un passage de déchaumeur et un autre profond de dents (15-20 cm). Malgré la présence de quelques mottes, la structure permet un enracinement satisfaisant jusqu’à 20 cm de profondeur qui garantit un bon contact sol-graine ».

Même constat dans « une parcelle en petites terres ayant reçu deux passages de disques après les pluies du mois de juillet et un passage de rouleaux. En termes de structure, le travail est satisfaisant, le passage de rouleaux a permis de conserver un peu de fraîcheur,malgré tout, en profondeur. Même si on observe de la paille, l’état de surface n’est pas trop mal, les mottes sont bien émiettées et le sol bien nivelé ».

« Rien n’est joué encore »

Les situations les plus délicates concernent les parcelles présentant de grosses mottes en surface. « Dans ce cas, il faudra attendre 20-30 mm de pluie avant d’envisager une reprise de travail du sol afin d’obtenir un lit de semences correct. »

Pour les parcelles argileuses, qui n’ont pas encore été travaillées, Michael Geloen déconseille un travail profond. « On n’aura pas les conditions pour y aller et le temps pour le faire. » Il recommande plutôt un travail superficiel à la dent ou au disque (7-8 cm) afin d’avoir un émiettement suffisant, de bien répartir les résidus et d’obtenir un lit de semences non pénalisant pour le colza.

Malgré les difficultés rencontrées cet été, Michael Geloen se veut rassurant : « rRen n’est joué encore. Dans la stratégie du colza robuste, l’objectif reste d’obtenir une culture levée autour du 1er septembre, ce qui laisse encore une marge de manœuvre. »

Et de préciser : « Si vous avez la chance d’avoir pris un peu d’eau et que vous souhaitez retravailler le sol, n’oubliez pas le passage de rouleaux ensuite pour garder la fraîcheur. »