Comment mesurer l’ampleur de son déficit fourrager ?
TNC le 20/07/2026 à 05:26
Comment vais-je faire pour passer l’hiver ? Nombreux sont les éleveurs à se gratter la tête devant leurs parcelles. Mais plutôt que de céder à la panique, mieux vaut poser les chiffres sur le papier. La plupart des organismes techniques proposent de réaliser un bilan fourrager afin d’évaluer les leviers à mettre en place.
Face au manque de fourrage, l’essentiel est de faire les comptes. « La première chose est de réaliser un état de son stock fourrager à date. Il faut cuber ses silos, comptabiliser ses balles de foin, enrubannage et paille », propose le service fourrage de la Chambre d’agriculture de Normandie.
Estimer ses rendements en fourrage d’automne
Vient ensuite le temps d’estimer les rendements des récoltes à venir. Pour ce faire, on retiendra plusieurs hypothèses de rendement, avec une hypothèse haute, à la faveur du retour des pluies, et une hypothèse basse en cas de poursuite de l’épisode de sécheresse.
Pour avoir une approche un peu plus précise, il est possible d’effectuer des pesées de matière fraîche sur maïs, que l’on convertira en matière sèche. La méthode des comptages de grains matures, quelques semaines après la floraison permet également d’estimer son rendement en maïs fourrage. La comparaison des résultats des deux approches permet d’affiner ses prévisions.
L’année reste marquée par les cas atypiques. Sur des maïs ensilés avant floraison, ou avec des grains immatures, les méthodes classiques d’estimation de rendement perdent en précision. La mesure directe de la biomasse sur pied convertie en matière sèche reste la solution la plus fiable. Mais dans ces situations critiques, la récolte sera précoce et tranchera les tergiversations sur le rendement.
Le bilan des stocks et les estimations de fourrage récoltés sont à mettre en relation avec les besoins de l’exploitation.
Les résultats permettront alors d’estimer le déficit fourrager. Le service fourrage de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire identifie deux cas de figure :
– Le stock fourrager couvre 80 % des besoins du troupeau :
Dans ce cas, « la ventilation des différents fourrages selon leur qualité et l’ajustement des effectifs peuvent permettre d’éviter l’achat de fourrage », estiment les conseillers fourrage. Car au-delà du prix, les achats sont généralement difficiles à mettre en place dans un contexte de pénurie. « Avant de se lancer dans ces achats, calculez leur prix d’intérêt en lien avec leur valeur alimentaire et les autres solutions possibles », insistent les conseillers Seenorest dans un article dédié aux conséquences de la sécheresse.
La paille peut apparaître comme une variable d’ajustement. Distribuée aux génisses, elle permet de préserver les meilleurs fourrages pour les vaches. Mais la paille a le défaut d’être pauvre en énergie. Associer des coproduits permet alors d’améliorer la valeur alimentaire de la ration. « L’intérêt de ces produits dépendra du prix et du type de substitution réalisée. Le prix plafond de ces produits peut être évalué en reconstituant les valeurs alimentaires d’un mélange Blé + Tourteau de soja ou Blé + Tourteau de Colza. Même si le prix de certains produits de remplacement est supérieur au prix d’équivalence d’un mélange blé/soja, ils peuvent être intéressants s’ils sécurisent la ration sur l’aspect métabolique (exemple : luzerne déshydratée) », poursuit Seenorest.
On peut enfin s’interroger sur la pertinence du maintien de tous les bovins actuels. « Certains animaux (taurillons, bœufs, vaches de réforme…) peuvent peut-être être vendus prématurément pour économiser des stocks. Ce sont surtout les derniers mois de finition qui coûtent cher en nourriture par rapport au gain de poids potentiel ».
– Le stock fourrager couvre moins de 80 % des besoins.
Dans cette situation, « l’achat de fourrages ou d’aliments de substitution sera le plus souvent indispensable, sous peine d’être pris au dépourvu à la sortie de l’hiver 2026/2027 ou avant », précise la Chambre d’agriculture.
Mais il reste possible d’agir, en anticipant une culture fourragère d’été ou d’automne, si les conditions pluviométriques le permettent afin d’assurer la levée. « Il faut être opportuniste », résume Seenorest.
Dans ce cas, plusieurs options sont possibles selon les objectifs de l’agriculteur. Si l’on souhaite avoir ses parcelles libres pour les semis d’automne, mieux vaut viser des cultures avec un cycle de 70-80 jours jusqu’à la récolte. On pourra alors obtenir 2 à 4 tMS. Pour ce faire, la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire propose trois options
– Un méteil d’été : Avoine brésilienne 12 kg, Trèfle incarnat 8 kg, Trèfle squarossum 4 kg et Vesce si possible velue de printemps 10 kg/ha
– Un RGI/Trèfle : RGI alternatif 8kg, Trèfle alexandrie 10 kg, Trèfle Incarnat 10 kg
– Un colza fourrager ou un chou fourrager : Colza 4-5 kg/Chou 3-4 kg (ensilage possible mais très humide)
Enfin, le RGI-Trèfle peut être une solution pour les éleveurs souhaitant implanter une culture de printemps après leurs dérobées.
Si les opportunités pour les semis de dérobées ne se présentent pas, ou que le déficit fourrager est fort, Seenorest propose de passer certaines vaches en ration sèche, ou semi-sèche. « Le surcoût de ces rations, même temporaire, doit être mis en relation avec la marge laitière dégagée habituellement pour analyser leur intérêt. Au-delà de l’aspect économique vraisemblablement très pénalisant, ce sera peut-être la seule voie possible pour éviter une décapitalisation du cheptel souche si la mise en place de culture fourragère estivale ou automnale est compliquée ou infructueuse ».