Du croisement Angus sur vache laitière pour une viande finie à l’herbe


TNC le 17/07/2026 à 05:36
croisement-angus

Les croisés Angus x Holstein ou Normande présentent les mêmes performances. Le croisement Jersiais x Angus est un peu plus léger (50 à 60 kg de moins). Ici on est sur des animaux de 14 mois. (© TNC)

Quatre ans après son lancement, l’expérimentation Tripl’Scotch de l’Inrae livre des résultats prometteurs sur le croisement Angus en troupeaux laitiers pour produire des animaux finis à l’herbe. Entre valorisation économique, qualité de viande et conduite économe, ce modèle interroge les stratégies de production face aux enjeux de souveraineté alimentaire.

En 2022, Web-agri partageait une série de reportages au domaine Inrae du Pin dans l’Orne sur l’expérimentation Tripl’XL portant sur la conduite d’un grand troupeau au pâturage avec vêlages groupés de printemps de 3 races laitières (Holstein, Normande et Jersiaise). En avait découlé un autre essai s’intéressant au croisement Angus sur race laitière. Baptisée Tripl’Scotch, cette expérimentation démarrait après les 6 semaines d’IA avec des taureaux Angus venant prendre la relève. Le but : élever ces animaux croisés pour les finir à l’herbe. Quatre ans plus tard, l’ingénieur de recherche Luc Delaby dresse le bilan.

Les croisés Angus x Holstein ou Normande présentent les mêmes performances. Le croisement Jersiais x Angus est un peu plus léger (50 à 60 kg de moins). Ici on est sur des animaux de 14 mois. (© Terre-net Média)

Semence sexée et croisement viande pour exploiter tout le potentiel

« On ne parle pas de sous-produit, mais bien de coproduits vu les prix de la viande… On sort des animaux qui s’avèrent très intéressants pour le marché. C’est notamment possible grâce à cette belle technologie qu’est la semence sexée car on libère des vaches pour produire de la viande. Les éleveurs ont tout intérêt à l’utiliser sur leurs meilleures vaches ou en début de saison de reproduction. Ils peuvent ensuite passer sur du croisement avec des races précoces comme l’Angus ou la Hereford leur permettant de produire une viande de qualité à court terme. » En effet, tous les animaux de l’expérimentation Tripl’Scotch ont été abattus à 2 ans en ayant consommé que 350-400 kg de concentrés sur toute leur vie car ils sont finis à l’herbe ou à l’ensilage d’herbe.

« On va au bout de la production de viande permise par ces animaux, poursuit Luc Delaby. L’un des paradoxes de notre filière veaux de boucherie c’est qu’on est sur des animaux qui n’expriment pas l’intégralité de leur capacité à produire de la viande. Or, on parle aujourd’hui de souveraineté alimentaire donc voilà un bel exemple des choses possibles grâce à la semence sexée et au croisement Angus permettant de produire de la viande facilement. »

Une conduite à l’herbe pour 300 kg de carcasse

Garder ces animaux croisés deux ans demande tout de même un peu de ressource mais si celle-ci n’est pas limitante, ça peut être payant. « On a une valorisation garantie par le cahier des charges Herbo Pacte de Charal. Elle était au prix plancher à 3,20 €/kg de carcasse, mais on a finalement été rémunéré les 2 années précédentes autour de 5,50 €/kg et même 7,30 €/kg carcasse cette année ! Des animaux qu’on espérait vendre 1000-1200 € en 2022 ont été vendus cette année 2200 € pour un rendement carcasse moyen de 50 %. »

Les animaux ont consommé quasiment que de l’herbe durant toute leur vie. La seule part de concentré a été distribuée en phase de sevrage. (© Inrae)

Ces animaux nés au printemps sont élevés avec les génisses de renouvellement en bâtiment. Les mâles sont castrés à 5 mois, puis mâles et femelles passent l’hiver en stabulation nourris à l’enrubannage. Ils démarrent leur saison de pâturage en mars sur des parcelles éloignées du site laitier jusque fin novembre où ils sont finis avec un ensilage d’herbe de très bonne qualité. « Ils ne reçoivent du concentré que sur la période sevrage à 5 mois, ce qui représente 350 à 400 kg par animal », commente Luc Delaby.

Un rendement viande intéressant

L’Inrae a fait naître chaque année une quarantaine d’animaux croisés Angus, « sans aucun souci de vêlage, même sur Jersiaises », précise Luc pour qui l’essai a été une vraie réussite. « Ces animaux partent à l’abattoir à 23-24 mois et on est sur 600 kg de poids vif de moyenne (Holstein et Normand autour de 620 kg et Jersiais 540 kg). En rendement, on est à 50 % en Normand, 49 % en Holstein et 48 % en Jersiais. »

Les croisés Angus x Jersiais sont un peu moins lourds, parfois à la limite de passer dans la cahier des charges imposé par Charal. (© Inrae)

La composition des carcasses a été évaluée à partir de la 6e côte et un jury de dégustation a évalué cette viande qui a été très bien classée en termes de couleur, tendreté et jutosité.

Croisement Angus Holstein/Normand Jersiais
Muscle 67 % 65 %
Os 15 % 16 %
Gras 18 % 19 %
L’Inrae a évalué la qualité des viandes produites : un jury de dégustation indépendant a très bien classé cette viande, en termes de couleur, tendreté et jutosité. (© Inrae)