Gérer des risques multiples, principal défi des jeunes éleveurs
TNC le 01/07/2026 à 08:36
« Nous subissons des risques de plus en plus divers et nombreux, face auxquels il n’y a aucun revenu garanti », constate Jean-David Chevalier, installé depuis trois ans. C’est pourquoi « nous devons apprendre à les gérer », enchaîne Géraldine Marichal, jeune éleveuse elle aussi.
L’exposition aux risques est un défi majeur pour la nouvelle génération d’agriculteurs, qu’ils soient climatiques – la canicule brutale et précoce fin mai et son impact sur les animaux en est encore l’illustration –, géopolitiques – la guerre en Ukraine, la flambée du coût des matières premières en quelques semaines et son impact sur la trésorerie et la rentabilité des exploitations, remettant en cause les prévisionnels, a frappé les esprits – et sanitaires, avec des épizooties qui se multiplient : FCO, DNC, etc.
Géraldine Marichal, jeune éleveuse en Seine-et-Marne, et Jean-David Chevalier, polyculteur-éleveur bovin laitier, récemment installé en Bourgogne-Franche-Comté, en sont convaincus. « Nous subissons ces risques face auxquels il y a zéro revenu garanti. Or il en faut un minimum pour faire évoluer nos fermes en conséquence, tester et adopter de nouvelles pratiques, avec le plus de sérénité possible », alerte-t-il. « Les instituts techniques doivent nous aider à être plus robustes, et la formation nous apprendre à gérer ces risques », ajoute la jeune agricultrice.
Les jeunes agriculteurs trois fois plus nombreux en bio comparé à la moyenne nationale
En corrélation avec les défis auxquels sont confrontés les jeunes agriculteurs, les modes de production qu’ils choisissent. Ils cultivent une SAU plus importante que leurs aînés – 92 ha en moyenne – mais sont plus nombreux à valoriser leurs produits sous un label qualité et/ou à diversifier leur activité (transformation, vente directe, accueil à la ferme), révèle une étude d’Ipsos pour l’Acta sur les nouveaux installésen agriculture depuis moins de cinq ans (307 répondants), réalisée dans le cadre des 70 ans de ce réseau d’instituts techniques.
47 % optent en effet pour la labellisation et 36 % la diversification. Un tiers (36 % exactement) pratique l’agriculture biologique, soit trois fois plus que la moyenne nationale, et 30 % l’agriculture raisonnée, un pourcentage grimpant à 52 % chez ceux qui ont des parents ou de la famille dans l’agriculture, ainsi qu’une formation et des expériences dans ce secteur, qui sont, malgré tout, 30 % à rester en conventionnel.
« La diversification ne doit pas être l’arbre cachant la forêt c’est-à-dire un manque de revenu »
Géraldine, elle, a fait le choix de « déléguer la commercialisation » en optant pour les circuits longs, parce que la vente directe est très chronophage et lourde au niveau réglementaire. « Ce qui est complexe à valoriser, souligne-t-elle. Cette charge de travail n’est pas non plus toujours compatible avec la production et ses impératifs à traiter à l’instant t et pas avant ni après. » Et il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt.
Autrement dit : qui masque le manque de rémunération. C’est ce qui « embête » la jeune femme dans la démarche. La valeur ajoutée devrait rémunérer le temps de travail consacré à la diversification ; le temps de production, lui, devrait l’être déjà correctement. Chaque atelier doit être rentable en soi. On nous conseille de nous diversifier pour un meilleur revenu, mais la question de base est pourquoi nos productions ne sont pas mieux payées. »
Trois fois plus optimistes que leurs aînés
Malgré les risques et les défis identifiés, 32 % de la jeune génération est optimiste quant à l’avenir de l’agriculture et de son métier, 31 % ni optimiste ni pessimiste et 36 % pessimiste. Les agriculteurs en place depuis plus longtemps ne sont que 10 % à être optimistes et 71 % sont pessimistes. Pourtant, le contexte économique, politique et géopolitique préoccupe 39 % des jeunes producteurs. Pour 39 % également, l’augmentation des coûts et des charges est une inquiétude majeure.
Ces craintes sont nettement moins marquées dans l’ensemble de la population agricole – 28 et 20 % respectivement – le manque de rentabilité prenant le dessus (35 %). Vient ensuite la volatilité des prix de vente (15 %). Ces raisons se classent en troisième et quatrième positions chez les jeunes installés, à des pourcentages bien plus faibles que le contexte et la hausse des coûts et des charges (23 et 15 % respectivement contre 39 %). Les normes, contrôles, restrictions sont peu mentionnés par les uns et les autres (10 %).
L’agroécologie, l’innovation la plus prometteuse
À noter : l’agroécologie est perçue comme l’innovation la plus prometteuse pour les années à venir (48 %), suivie de la maîtrise des modes de conduite culturale et d’élevage (31 %), le progrès génétique (23 %), de l’agroéquipement (22 %), la robotique (20 %), le numérique et l’IA (15 %). 44 % sont d’ailleurs prêts à expérimenter de nouvelles techniques. « La place de l’agroécologie montre que la durabilité de l’élevage est une préoccupation de bon sens des jeunes exploitants », observe Émeric Pillet, directeur général de l’Idele.
« Celle, plus en retrait, de la robotique peut s’expliquer par le développement rapide et le taux de pénétration des robots, de traite en particulier puisque 30 % des éleveurs en sont équipés actuellement », poursuit-il, préconisant, pour chaque innovation « d’étudier sa pertinence technique (elle doit avoir une plus-value, apporter quelque chose à l’éleveur, l’exploitation), le rapport coût/bénéfices (son retour sur investissement, sa rentabilité), l’accompagnement et la formation disponibles pour l’utiliser. »