Les ventes du commerce équitable bondissent en France, à plus de 3 milliards d’euros en 2025
AFP le 25/06/2026 à 12:15
Originaires de pays tropicaux et de France de plus en plus, les produits labellisés commerce équitable ont vu leurs ventes bondir en 2025, indique jeudi le bilan annuel du secteur, qui se veut une solution aux crises climatique et agricole.
Cafés, chips, yaourts ou lait… les ventes en France sous cette bannière qui garantit un revenu décent aux cultivateurs ont crû de 23 % sur un an, à 3,27 milliards d’euros, dans un marché alimentaire globalement atone, selon le collectif Commerce équitable France.
Avec 600 marques et 13 500 références (contre 3 500 en 2014), le commerce équitable est « un des rares relais de croissance de l’agroalimentaire français », même s’il représente seulement 2,3 % du marché, souligne l’association, qui réunit les huit labels concernés (Fairtrade Max Havelaar, Fair for life, Agri-Ethique…).
Les produits d’origine France portent depuis 2024 la croissance du commerce équitable, dont ils représentent désormais plus de la moitié des ventes.
Viennoiseries, épicerie salée, viande, oeufs, produits laitiers, boissons… leur production implique 13 000 agriculteurs.
Les produits tropicaux, filière historique de ce label né dans les années 1980 avec le café mexicain, composent l’autre moitié. Le café reste le premier d’entre eux (34,4 % des ventes), devant le chocolat (22 %), deux denrées dont les prix ont bondi. Il y aussi les bananes, le sucre, le thé…
En 2025, pour la première fois, plus de la moitié des ventes du commerce équitable ont été réalisées en grandes et moyennes surfaces.
« Modèle d’avenir »
Facteur d’essor, certains labels « se structurent de plus en plus » pour approcher les transformateurs, qui eux-mêmes développent des gammes labellisées, afin de les mettre en contact avec des cultivateurs, explique à l’AFP Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France.
La progression des ventes ces dernières années a rassuré les distributeurs comme l’industrie agroalimentaire. Le commerce équitable ne fait plus peur, dit-elle. Et le label offre une garantie en termes de droits humains, de revenu décent, de transition écologique, « un argument puissant » pour l’image des distributeurs comme des transformateurs.
Le label répond en effet à des principes précis inscrits depuis 2014 dans la loi française : agriculteurs et transformateurs passent des contrats d’au moins trois ans, sur la base d’un prix plancher. Les cultivateurs doivent s’organiser en collectifs, avec des modes de production respectueux de l’environnement.
« On ne se conçoit pas comme un segment de niche mais comme un modèle économique d’avenir », insiste Julie Stoll.
Ce régime « offre des solutions » aux agriculteurs confrontés au Sud comme au Nord à des problèmes « de revenus, de renouvellement des générations, d’adaptation au réchauffement climatique », souligne-t-elle. « Le partage de la valeur au sein des filières et le prix rémunérateur sont des facteurs d’attractivité » qui encouragent les jeunes à s’installer comme agriculteurs.
Face au réchauffement climatique, qui affecte durement par exemple caféiers et cacaoyers, des investissements peuvent ainsi être trouvés pour soutenir la nécessaire adaptation des modes de production.
La canicule qui écrase la France cette semaine « est le moment de rappeler que notre alimentation, c’est presque un quart des émissions de gaz à effet de serre. Mais les agriculteurs sont aussi les victimes du réchauffement climatique, et de potentiels pourvoyeurs de solutions », ajoute la responsable.
Selon une étude du centre de réflexion Shift Project, « 87 % des agriculteurs sont d’accord pour investir dans la transition écologique à la condition qu’ils aient une assurance économique », souligne Mme Stoll, pour qui le commerce équitable leur apporte précisément cette sécurité financière ainsi qu’un cadre collectif.
Ce type de labellisation est répandu également ailleurs en Europe, en Allemagne notamment.
La France en revanche est pionnière sur l’émergence d’une filière de production nationale de produits équitables, soutenue par l’existence d’une loi. L’Espagne vient de lui emboîter le pas, avec l’adoption d’une définition officielle du commerce équitable inscrite il y a quelques semaines dans une loi sur l’économie sociale et solidaire.