« Les éleveurs pas assez formés pour gérer leur entreprise »


TNC le 23/06/2026 à 12:27
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38 % des polyculteurs-éleveurs choisissent des formations techniques, 17 % seulement sur la gestion et le pilotage d'une exploitation agricole. (© Stéphane Leitenberger/Adobe Stock)

« Nous ne sommes pas assez accompagnés pour piloter nos fermes en autonomie », estime Géraldine Marichal, jeune éleveuse, réagissant aux résultats d’une étude d’Ipsos pour l’Acta sur les nouveaux installés en agriculture. Pourtant, « savoir analyser la production et surtout la rentabilité de son exploitation est de plus en plus primordial ».

Quand ils s’informent, les jeunes agriculteurs privilégient la technique, d’après l’étude sur les jeunes installés réalisée par Ipsos pour l’Acta dans le cadre des 70 ans du réseau d’instituts techniques, et sont très exigeants sur la qualité de cette information professionnelle. C’est la même chose côté formation continue, « importante à très importante » pour 92 % des répondants (307 en tout, dont l’installation remonte à moins de cinq ans). Signalons, au passage, que 65 % en ont déjà suivi une, sachant que 34 % n’ont aucune formation initiale agricole.

Priorité donc au perfectionnement technique, sur la conduite d’élevage et le bien-être animal pour 38 % des polyculteur-éleveurs. La gestion économique et le pilotage de l’exploitation ne semblent intéresser que 17 % d’entre eux. Géraldine Marichal, jeune éleveuse qui s’est installée à 38 ans avec son mari en Seine-et-Marne, n’est pas de cet avis : « J’adore aller en formation, j’aime la technique mais je juge d’autres aspects de l’entrepreneuriat tout aussi essentiels ».

La gestion d’entreprise, la stratégie, l’organisation du travail, les ressources humaines, le management, la gestion des conflits…, liste la jeune femme qui déclare s’être formée seule à son métier d’éleveuse avec d’autres producteurs, et en lisant des magazines spécialisés et des études scientifiques. « Travailler en famille, en couple, n’est pas facile. Il faut des objectifs communs et surtout préserver les liens familiaux, un sujet encore tabou mais qui génère beaucoup de tensions dans les fermes », insiste-t-elle.

« Souvent seul face à son fichier excel »

Or des formations sur ces thèmes, il n’y en a pas pléthore, estime-t-elle : « on est souvent seul face à son fichier excel. » Jean-David Chevalier, polyculteur-éleveur bovin laitier en Côte-d’Or depuis 2023, suit tous les ans plusieurs formations aussi bien techniques qu’économiques ou de gestion/stratégie d’entreprise. Il considère également cette dernière thématique comme « le parent pauvre ».

Il prend l’exemple du management. « S’ils avaient des salariés ou travaillaient dans le privé, certains de nos aînés seraient aux prud’hommes, lance-t-il pour attirer l’attention sur les progrès encore à faire dans ce domaine en agriculture. Parce que ce sont leurs enfants ou des proches, ils se permettent parfois de dire des choses qui ne se disent pas ou différemment. »

« Si un associé a quitté le Gaec avant mon installation, c’est principalement à cause des relations humaines », ajoute-t-il. Jean-David reconnaît être plus ouvert sur ces sujets-là parce qu’il a été salarié en dehors de l’exploitation familiale. Son ancienne profession a aussi aidé Géraldine, banquière pendant 10 ans auprès d’une clientèle agricole.

« Être autonome sur ses chiffres »

Car, selon elle, « les agriculteurs ne sont pas bien accompagnés pour gérer une entreprise, en autonomie », insiste-t-elle. Des services sont certes proposés mais « il est crucial d’être autonome sur ses chiffres, sur l’analyse de sa production et de sa rentabilité pour voir s’il faut développer l’atelier ou autre chose ». Jean-David a lui aussi pour objectif de gagner en autonomie dans la prise de décision, auprès de gens qui lui montrent comment.

Étudier différents scénarios pour s’adapter aux aléas.

Il s’est d’abord tourné vers les réseaux sociaux, puis vers des groupes physiques de producteurs, l’accompagnement qu’il peut solliciter autour de sa ferme ne correspondant pas à ses attentes : « il faut dorénavant étudier différents scénarios pour s’adapter aux aléas climatiques, économiques, politiques. » Avant d’opter pour le conseil indépendant.

« Les anciennes générations n’étaient pas prêtes à payer pour cela. Moi si, pour avoir des personnes compétentes pour me former et me conseiller. » Comme un agriculteur sur deux d’après l’enquête citée précédemment. « Un conseiller indépendant n’a à vendre que du conseil. Sur Instagram et Facebook en fin de compte, beaucoup ont des trucs à commercialiser. Moi, je veux de la neutralité », poursuit le jeune exploitant.