Eurolysine : le groupe Avril et l’Etat réinjectent 70 millions d’euros


AFP le 05/06/2026 à 14:55

Le groupe agroalimentaire Avril et l'Etat, co-actionnaires d'Eurolysine, dernier fabricant européen de lysine, acide aminé essentiel pour l'élevage, ont annoncé vendredi une recapitalisation de 70 millions d'euros pour l'entreprise, malmenée par la concurrence chinoise.

Avril va mettre environ « 40 millions d’euros et l’État met 30 millions d’euros dans cette augmentation de capital », a déclaré le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin sur le site d’Eurolysine à Amiens.

Il s’agit plus précisément de 38,5 millions d’euros d’apport pour Avril, et 31,5 millions pour l’Etat, a précisé le groupe.

Une répartition qui permet de maintenir inchangées les parts d’Avril (55 %) et de l’Etat via Bpifrance (45 %) au capital d’Eurolysine.

Ce nouvel apport vise à « assurer la continuité d’activité », le temps de « poursuivre la mobilisation, en France et en Europe, pour mettre un terme aux pratiques anticoncurrentielles de la Chine et assurer ainsi le retour à la compétitivité de l’entreprise », ont souligné l’Etat et Avril dans un communiqué commun.

M. Martin a dit espérer des réponses dans les « six mois » concernant l’enquête en cours de la Commission européenne, qui pourrait aboutir à des barrières douanières supplémentaires de Bruxelles pour contrer les pratiques de concurrence jugées déloyales de la Chine.

« On va mettre la pression pour qu’on soit bien sur le bon niveau d’intervention des droits de douane », a-t-il assuré, soulignant qu’il s’agit d’empêcher l’absorption des droits de douane européens par la baisse continue des prix chinois.

« Nous avons besoin que la Commission européenne (…) se mobilise rapidement », a insisté Arnaud Rousseau, PDG du groupe Avril et président du syndicat agricole FNSEA, qui espère « dès 2027 » un marché « loyal » sur les acides aminés.

Reprise en 2024 par le groupe Avril avec le soutien de l’Etat via Bpifrance, Eurolysine, 360 salariés, a récemment alerté sur les risques pesant sur son activité et ses emplois en raison de ses difficultés financières.

Selon sa direction, le site industriel d’environ 40 hectares est « performant » et « tourne à plein régime », mais il fait face à « une concurrence déloyale de la part de la Chine ».

Une centaine de salariés avaient manifesté en mai devant l’usine d’Amiens, pour réclamer à la Commission européenne de prendre de nouvelles mesures rapidement, après un précédent renforcement des droits antidumping sur la lysine chinoise en 2025 à la suite d’une première plainte d’Eurolysine.

La recapitalisation « est un soulagement temporaire » car « si l’Europe ne fait rien, tôt au tard, on reviendra au même problème », a commenté vendredi Samir Benyahya, délégué syndical CFDT d’Eurolysine, appelant à des « droits de douane de minimum 80 % ».

Plusieurs élus locaux, dont le président LR de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand et le député de la Somme François Ruffin, ont également appelé, dans un courrier adressé à la Commission européenne et au gouvernement, à l’instauration de « droits de douane provisoires » de 80 %, le temps de l’enquête.

« C’est une boîte qui en vaut la peine. Et elle est importante pour l’Etat, et elle est importante aussi pour la souveraineté », a souligné M. Bertrand vendredi à Amiens, saluant « l’union sacrée » autour d’Eurolysine.