« Se confronter à toutes les décisions à prendre pour s’installer en élevage »
TNC le 27/05/2026 à 11:49
Des futurs installés en BPREA du Campus Agronova ont interrogé des jeunes éleveurs sur leur parcours et leur installation, dans le cadre du projet Casdar Renouer : cheminement de la réflexion, accès à la ferme, financement, résultats économiques, charge de travail… Des échanges qui les ont surpris, dans le bon et le mauvais sens.
« La détermination, la positivité, la force mentale et la résilience des jeunes éleveurs » ont frappé les futurs installés en élevage, en BPREA, qui ont mené ces enquêtes. « Cette sérénité » les a étonnés, de même que leur façon très « franche », transparente, de raconter leur installation, leur parcours pour y arriver, avec ses réussites et ses difficultés. Si plusieurs ont été surpris par la rapidité de certaines installations en élevage, d’autres ne pensaient pas que le volet administratif était si contraignant et chronophage, notamment pour l’obtention de l’autorisation d’exploiter, et s’étalerait autant dans la durée.
Les projets peuvent évoluer fortement et tardivement
L’accès à la DJA (dotation jeune agriculteur), sa validation et son versement ressortent comme plus complexes qu’anticipé. « Accéder à la terre si l’on n’en hérite pas et sécuriser le foncier, trouver des financements et obtenir l’aval des banques », constituent des obstacles connus mais plus impactants qu’ils n’en avaient conscience. Ils n’imaginaient pas non plus que les projets pouvaient parfois fortement évoluer, avec des changements importants y compris à un stade avancé.
Ni que « de futurs associés pouvaient se retirer au dernier moment ». Par ailleurs, être une femme est encore apparu comme un frein, surtout lorsqu’elle est seule sur sa ferme. Des propos et comportements sexistes ont même été rapportés. Les étudiants en BPREA mentionnent, à l’inverse, des choses leur ayant semblé plus faciles qu’ils ne le prévoyaient. Par exemple, le plan de professionnalisation personnalisé (PPP), obligatoire dans le parcours à l’installation,ou commercialiser ses produits en direct quand c’est l’option choisie par les jeunes installés en élevage.
L’intérêt du collectif : association, entraide…
Ils font part de leur étonnement vis-à-vis de systèmes avec « peu de surfaces et d’investissements qui parviennent à dégager un chiffre d’affaires tout à fait honorable ». « Commencer petit et se développer progressivement » peut être une bonne stratégie. Ce qu’ils retiennent de ces rencontres : l’intérêt du collectif. S’installer en société à plusieurs paraît en effet plus simple. Mais la bonne entente et la communication entre associés sont essentielles, comme la répartition équitable des tâches. « Faire appel aux autres, via l’entraide entre autres, peut aussi aider », en particulier quand on ne vient pas du milieu agricole, ajoutent-ils.
Savoir dire « stop ».
De même, ils soulignent l’importance des dispositifs d’accompagnement quels qu’ils soient : chambre d’agriculture, Adear, réseaux syndicaux… Ils mettent également en avant un point de vigilance à avoir en tête : la séparation entre la vie pro et perso. « Il faut savoir dire « stop », faire des pauses, veiller au bien-être au travail et à l’ergonomie des équipements », détaillent-ils. Ils citent ensuite quelques « trous dans la raquette » : un manque de compétences et de formation pour « dimensionner et chiffrer » l’outil de production, mais aussi au niveau technique et pratique sur la gestion du troupeau, sa santé, l’insémination, etc.
Revenu, temps de travail : importantes remises en cause
Parmi les conseils que les porteurs de projet tirent des échanges avec les éleveurs déjà installés : « prendre le temps de bien le préparer et d’expérimenter ce qu’on a envie de mettre en place. » C’est nécessaire pour pouvoir le « défendre » auprès des diverses instances. Il faut, en outre, « être réactif » et « anticiper » les différentes étapes et démarches.
Prendre le temps d’expérimenter.
Et surtout « ne pas trop s’endetter » ! Quoi qu’il en soit, dans les moments difficiles, il ne faut « pas perdre espoir ». « Ces discussions avec des pairs ont permis aux apprenants de se confronter à la réalité, aux décisions à prendre face quand on s’installe, et de réfléchir à leur propre projet en se comparant », constate Élodie Olivier, enseignante en stratégie d’entreprise au Campus Agronova, qui a encadré ce travail.
« J’ai pu voir des remises en question chez des stagiaires vis-à-vis des possibilités de rémunération : « On peut gagner sa vie en agriculture… ». De même qu’en matière de temps de travail en découvrant des situations où il y a une bonne qualité de vie et du temps libre, via des organisations efficaces, et où l’ergonomie est prise en compte. Un moyen de leur faire comprendre qu’ils doivent s’interroger sur leurs attentes dans ce domaine. »