Il vend ses meilleures génisses aux enchères pour installer un jeune


TNC le 22/05/2026 à 05:17
MaximeRioetDenisMichelot

En juillet 2026, Maxime Rio reprendra les charolaises de Denis Michelot (© TNC)

Pour installer un jeune éleveur, Denis Michelot organise une transmission atypique de son troupeau charolais. Au programme : prix ajusté et vente aux enchères de quelques animaux pour compenser.

Comment transmettre un troupeau de haute valeur génétique ? D’un côté, Denis Michelot. Installé en 1992 au sein d’un Gaec familial, il a patiemment développé le cheptel de son père, passant de 20 vaches allaitantes dans le ventre mou de la race, à 70 têtes reconnues dans le monde de la génétique charolaise. De l’autre, Maxime Rio. Fils d’éleveur laitier, passionné de bovin viande… mais confronté à la flambée du prix des animaux.

Au commencement, il n’était question que de terres. « En 2023, j’ai profité d’une journée d’ensilage pour présenter à Maxime et son père mon projet de cession », se souvient Denis. Sans enfants intéressés par la ferme, il pensait son cheptel charolais voué au démantèlement. Ce qu’il ignorait, c’est que Maxime, lui, pensait aux vaches. « Je vois l’avenir avec de l’élevage », lance le jeune de 23 ans. « Ça a du sens. La valorisation de l’herbe, les engrais… J’ai l’intuition qu’il faut aller dans cette voie. »

Problème : avec la hausse du prix de la viande, transmettre un cheptel de 70 vaches allaitantes et toute la suite, qui plus est hors cadre familial, s’avère délicat. « Lorsqu’on s’est quittés, Maxime voulait reprendre toutes les vaches. Trois mois plus tard, il n’envisageait que le rachat de 30 têtes », résume Denis. Le volume financier à mobiliser inquiétait le jeune repreneur.

Une vente aux enchères pour « se refaire la cerise »

L’éleveur a donc réfléchi à une stratégie avec Eilpys et Synétic pour rendre la transmission supportable. Sa solution ? L’organisation d’une vente aux enchères des 44 plus belles génisses et de 5 lots d’embryons pour compenser la vente du troupeau au prix de la viande. « C’est l’option que j’ai trouvée pour me refaire la cerise », sourit Denis.

Concrètement, Maxime reprendra à l’été le troupeau de vaches allaitantes de Denis, ainsi que les moins bonnes génisses. En transmettant son cheptel sans prendre en compte la valeur de la génétique en place sur la ferme, l’éleveur estime un manque à gagner compris entre 300 et 500 € par animal. Selon les résultats de la vente aux enchères, cette perte sera compensée par la vente des génisses à haut potentiel génétique.

De son côté, Maxime s’installera avec moins d’animaux pour le renouvellement, mais bénéficiera du niveau génétique des vaches en place : « cela me permettra de trouver un rythme de croisière plus rapidement que si j’avais dû tailler dans le nombre de vaches », estime le jeune.

La vente se déroulera le 18 juin, dans la stabulation de Denis à Arzal dans le Morbihan. « Ça sera également l’occasion de faire un peu de pub pour le futur cheptel de Maxime. La vente de reproducteurs, c’est aussi un peu de com’ », complète Denis.

Trois décennies de sélection à valoriser

Trente ans de sélection génétique, ça n’est pas rien. Avec une pointe de nostalgie, Denis se souvient d’Isidore, le premier taureau qu’il a acheté avec son père à la fin des années 90. « Nous étions allés chez un sélectionneur. J’ai vu les animaux qu’il avait, le prix aussi… et ça m’a donné envie de faire la même chose. » Isidore n’avait rien d’un taureau exceptionnel, mais il a permis à l’éleveur de s’initier à la sélection.

Les débuts ont été chaotiques. « Pour me lancer dans la génétique, je suis allé acheter des animaux dans le bassin. » Peu après, ces vaches ont été déclarées positives à l’IBR. « Je les ai gardées un temps avant de m’en séparer. Je ne pouvais pas laisser les veaux avec les mères… » L’éleveur s’est ensuite essayé à la pose d’embryons. Les résultats ont été décevants. « Je n’ai eu qu’un veau sur plusieurs poses. Il était très bon, mais la technique coûte cher », poursuit Denis.

Pour son installation, Maxime tenait à faire perdurer la polyculture-élevage. (© Terre-net Média)

C’est le passage à l’insémination artificielle qui lui a véritablement permis d’améliorer le niveau génétique de son troupeau. En inséminant systématiquement ses génisses avec des taureaux de station, il s’est constitué un troupeau au vêlage facile par la force des choses, groupé sur les mois d’automne.

J’ai gagné 7 points d’Ivmat en 20 ans, et 7,3 points d’Isevr

En 20 ans, le niveau génétique du troupeau a considérablement progressé. En 2005, l’Ivmat moyen se situait à 100,5 : « j’étais deux points plus haut que la moyenne de la race ». En 2024, il atteignait les 107,5. Même constat pour l’Isevr, passé de 99,7 en 2005 à 107 en 2025. « Ce sont dix petits points d’index par rapport à la moyenne de la race, mais c’est ce qui fait toute la différence. On ne s’en rend pas forcément compte au quotidien car l’évolution est très linéaire mais si l’on regarde derrière, on voit le travail accompli. »

Surtout, les poids de carcasse ont progressé. « Quand mes parents ont acheté les vaches, on sortait des animaux de 340 kg de carcasse. Aujourd’hui, on tourne autour des 500 kg ».

L’arrivée du génotypage, au début des années 2010, a ensuite permis à l’éleveur de présenter des animaux en station. Garou fut le premier taureau à représenter la ferme au catalogue Innoval. Sur la dernière décennie, 9 taureaux d’IA sont sortis de l’exploitation. Autre distinction : l’obtention du sabot d’argent en 2012 et 2025. « Il est sur ma table de chevet », sourit Denis.

Prendre le large après l’élevage

Mais malgré les trophées, Denis estime avoir fait le tour du métier. Du haut de ses 58 ans, sans enfants intéressés par l’exploitation, l’arrêt de l’élevage ne lui fait pas peur. « C’est quelque chose que j’ai anticipé de longue date, et je suis heureux de transmettre à un passionné d’élevage. »

Les projets ne manquent pas. L’heureux grand-père souhaite consacrer du temps à ses petits enfants, et pense même prendre le large. « J’ai acheté un bateau à moteur », confesse l’éleveur. « J’ai commencé le bateau l’an dernier et je m’y plais bien ». « Les sécheresses à répétition, les incertitudes des marchés… Je ne sais pas si cela s’amplifie, ou si c’est moi qui le supporte moins bien, mais je suis heureux d’arrêter et de profiter ».

De son côté, Maxime regarde l’avenir. S’il appréhende un peu la première saison de vêlages, il apprécie l’opportunité à l’installation dont il a bénéficié. « Il y a peut-être de l’incertitude comme le dit Denis, mais quand on est jeune, si l’on se pose trop de questions, on ne fait rien. »